Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sur le vif - Page 391

  • Laisser aller l'oeuvre de vie

     

    Sur le vif - Vendredi 04.09.20 - 09.20h

     

    Depuis un demi-siècle, je me passionne pour la poésie allemande, pour la musique allemande, et pour l'Histoire politique allemande.

    Adolescent, je me trouvais bien tortueux. Je m'en voulais de me compliquer la vie. Je me disais : "Tu vas partir dans tous les sens, choisis ! Garde la poésie et la musique, laisse l'Histoire politique. Ou le contraire".

    Je n'ai rien choisi, jamais. J'ai tout laissé germer. J'ai laissé œuvrer l'ébullition brouillonne. Il faut dire qu'à l'époque, ceux qui s'occupaient d'Histoire n'avaient pas du tout le même profil, le même rapport au savoir, aux textes, que les passionnés de littérature. Ne parlons pas de la musique. Je faisais partie des littéraires. Nous prenions de haut le positivisme des historiens.

    J'ai vieilli. Et aujourd'hui, tout doucement, sans que cela fût un effet de ma décision, il me semble qu'une forme d'unité entre ces trois domaines, dans ma perception totale des réalités germaniques depuis 1522, commence à poindre. Ces fameux liens invisibles, qui m'obsèdent tant, que je recherche tant, commencent, ici ou là, à s'établir. Je donnerai de nombreux exemples, dans les mois qui viennent. Autour du Sturm und Drang. Autour de Hölderlin. Autour de Beethoven. Autour de Richard Wagner. Autour de Richard Strauss. Autour du Romantisme littéraire et musical. Autour du Lied. Autour de Paul Celan. Autour de Brecht. Autour de Heiner Müller. Autour de la littérature en DDR. Autour de la difficile question autrichienne. Autour de Martin Luther. Autour de Günter Grass. Autour de Thomas Mann. Pour ne prendre que quelques domaines.

    Une passion intellectuelle doit parfois se méfier du volontarisme. Il y a un moment où il faut laisser, au fond de soi, s'opérer les fusions, se dessiner le chemin de vie de ce qui, un jour, après lente maturation, vous apparaîtra cérébralement comme un thème qui s'impose. Ne rien précipiter. Laisser aller l’œuvre de vie.

     

    Pascal Décaillet

  • Le Conseil d'Etat a-t-il peur ?

     

     

    Sur le vif - Jeudi 03.09.20 - 14.47h

     

    L'autorisation d'une "manif pour le climat", alors que le quidam est bombardé de directives sur les masques, les annonces dans les bistrots, les quarantaines, les distances, est, de la part des autorités genevoises, tout simplement hallucinante.

    D'où vient cette peur, à Genève, de dire NON, simplement NON, à certaines manifestations ? L'atavisme démesuré du 9 novembre 1932 ? Un événement qui date de 88 ans !

    Peur de passer pour des censeurs ? Peur de se faire mal voir de la gauche rugissante ?

    Quand il s'agit d'emmerder l'honnête citoyen avec des directives parfois délirantes, ou l'honnête contribuable en surtaxant les classes moyennes, ou l'honnête automobiliste en lui pourrissant la vie au maximum, style ces temps Quai Wilson, vous n'avez pourtant pas peur, Mesdames et Messieurs les Conseillers d'Etat.

     

    Pascal Décaillet

  • Sur les oratoires perdus de nos montagnes

     
     
    Sur le vif - Jeudi 03.09.20 - 09.40h
     

    Ceux qui se réclament à longueur d'année des Lumières méritent une réponse. Non la réponse de l'Ombre à la Lumière. Mais une réponse républicaine et démocratique. Pour leur dire, justement, que ni la République, ni la démocratie ne leur appartiennent. Pas plus qu'elles n'appartiennent à quiconque.

    Les Lumières. Certains n'ont plus que ce mot à la bouche. Ils s'en gargarisent. De cet important mouvement de pensée qui, au milieu du 18ème, par l'action conjuguée des philosophes, des écrivains, des sciences, des éditeurs, de l'industrie et des métiers, eut pour ambition d'éclairer le monde, on dirait qu'ils font une religion.

    Ils ne jurent que par les Lumières. Ils en ont parfaitement le droit. Mais cela mérite réponse. Pas la réponse de l'Ombre. Mais la réponse de ceux qui, peut-être, évitant la capitale au mot "Lumières", préféreront les énergies, plus modestes et plus intimes, des petites lumières du monde, passage de Lune ou sourire d'une Madone, au coin d'un oratoire, quelque part en montagne.

    Car il arrive que leurs Lumières soient blafardes. A l'égal de ces néons d'hôpitaux, pâles, aveuglants. A tout vouloir illuminer, on en finit par banaliser la beauté du monde. Sa part de mystère, de musique. On aplatit les récits. On aseptise la langue.

    Ils en ont le droit. Comme ils ont eu celui d'installer l'Être suprême : on a pu apprécier sa longévité. Ils en ont le droit, et nous avons celui de leur répondre. Nul connaisseur de la littérature, de l'Histoire des idées au 18ème siècle, ne songerait une seconde à sous-estimer l'importance des Lumières en France, de l'Aufklärung en Allemagne. Ni leur vertu de préparation intellectuelle aux formidables événements de la fin du siècle, la Révolution française.

    Mais de là, chez certains aujourd'hui, à nous faire des Lumières une totalité d'adhésion, une universelle matrice ! Comme si ce mouvement constituait, dans l'Histoire humaine, la seule référence qui fût vraiment éclairante, là il faut gentiment leur répondre NON.

    Pas le NON de l'Ombre à la Lumière. Mais le NON de la chantante pluralité du monde, le NON de la diversité de l'univers, le NON des innombrables énergies locales, particulières, le NON des Mystères de la religion grecque antique, le NON des cultes familiaux des Étrusques, le NON des monastères coptes des premiers temps chrétiens, le NON de l'infinie richesse de la pensée juive, le NON de la tradition du soufisme, le NON de tout ce qui, sur la Terre, donne à entendre une autre petite voix que la seule démonstration cérébrale de la Raison.

    Si les Lumières deviennent à ce point une totalité référentielle qu'elles se transformeraient, à leur tour, en religion, incarnant l'absolu qu'au 18ème elles dénonçaient dans le pouvoir, par exemple, du Roi Louis XV, alors il nous faudra, nous, dénoncer en elles la prétention à l'éclairage universel. Nous retournerons à nos passages de Lune. Et aux sourires, si maternels, si bienveillants, si accueillants dans l'éveil du monde, de nos Madones. Sur les oratoires perdus de nos montagnes.

     

    Pascal Décaillet