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Commentaires GHI - Page 207

  • La meute, ça n'est pas du journalisme !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.12.17

     

    Après quelques semaines dans le rôle du gibier de chasse à courre, Yannick Buttet a donc choisi de démissionner. On l’eût fait à moins. Acculé de toutes parts, jeté en pâture aux hurlements, livré à l’hallali, le conseiller national valaisan a fini par donner à ses persécuteurs ce qu’ils cherchaient à obtenir : sa démission du Parlement fédéral. A peine, d’ailleurs, l’annonçait-il, que les corps de chasse autoproclamés se mettaient déjà à exiger son départ de la Présidence de la Commune de Collombey-Muraz, prouvant ainsi leur dessein d’aller jusqu’au bout dans la destruction d’un homme. Cette hargne, face à une proie, ne relève en aucune manière des missions du journalisme, mais de l’esprit de meute le plus féroce, le plus haïssable, le plus contraire à la définition de l’intérêt public. La profession, assurément, ne sort pas gagnante de ce lamentable épisode de fin d’automne.

     

    Car il y a eu meute, et singulière jouissance à en être. Dans l’affaire de Sierre, qui relève strictement de la vie privée, il y a une plainte. Fort bien. On devait attendre qu’elle fût instruite, donnât lieu à un procès, une condamnation, et même patienter jusqu’à ce que cette dernière fût définitive, une fois épuisés les échelons de recours de notre Etat de droit. Dans le volet bernois, nulle plainte, du moins à notre connaissance. En lieu et place, des rumeurs. Des « témoignages anonymes ». Peut-être fondés. Et puis, peut-être pas. Qu’en savons-nous ? Et puis, quoi ! Ces choses-là, si elles sont dénoncées, relèvent de la justice, seule habilitée à enquêter, démêler le vrai du faux, un jour juger, et peut-être condamner. Ce travail est celui des juges. Il ne saurait être, sous prétexte « d’investigation » (mandatée par quelle légitimité ?), celui des médias. Et c’est exactement là, dans le confluent de ces impostures, que commence l’esprit de meute.

     

    Dans cette affaire, quelques journalistes, fonctionnant de facto en une sorte de pool (où chacun cite l’autre, amplifiant une affaire par eux-mêmes créée), ont voulu la peau d’un homme. Il y aurait beaucoup à dire sur les véritables motivations de ces chasseurs acharnés : les unes sont internes à la politique valaisanne, les autres sont faites de concessions à l’esprit du temps, notamment une idéologie de guerre entre les sexes, nourrie par quelques extrémistes. Au final, tous les ingrédients d’une conjuration contre un élu, au demeurant remarquable, du peuple suisse. Bien sûr, l’homme avait commis des fautes. Pour Sierre, peut-être une faute contre la loi, nous verrons. Pour Berne, des « fautes morales », autant dire qu’elles laissent la place à des galaxies de subjectivité, tant qu’un juge, sur la base d’une plainte, n’a pas statué. La meute, c’est jouer sur l’opinion avant le droit, privilégier la rumeur sur l’information, tabler sur le « témoignage anonyme », indigne de la transparence républicaine. Dans cette affaire, il y a deux perdants : Yannick Buttet, mais aussi le journalisme en Suisse romande.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La vie privée, ça existe, bordel !


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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.12.17

     

    Je dois être un homme d’une autre époque. Pour moi, les mots « vie privée » ont un sens. Et la séparation, drastique, entre existence intime, justement, et action publique. Ainsi, les politiques, les élus : autant je suis favorable à un exercice critique intransigeant de leurs actes, dans l’exercice de leurs fonctions, autant leur vie privée m’est indifférente. Je vais plus loin, et suis conscient d’être minoritaire sur ce plan : il m’est assez égal de savoir que tel ou tel aurait « fauté » sur le plan de la morale (définie par qui ?), ou des convenances, s’il s’avère excellent dans l’exercice de son mandat. Ouvrons les livres d’Histoire, les biographies des grands hommes : pouvez-vous m’en citer un seul dont la vie privée fût parfaite ? Quelle importance ? On ne le juge pas à cette aune-là, tout simplement.

     

    Je dis que je dois être d’une autre époque, parce qu’aujourd’hui, sans doute sous influence américaine, nos médias ne font plus la moindre différence entre vie privée et vie publique. Sous prétexte « d’exemplarité » (dans quelle Constitution, quelle Charte fondamentale, quelle loi, ce concept est-il inscrit ?) des élus, il faudrait que ces derniers soient parfaits. Des anges. Sans la moindre aspérité. Oui, cela nous vient des Etats-Unis, d’un certain puritanisme qui, de longue date, à vrai dire dès les premiers colons, sévit Outre-Atlantique. Et cela nous a été importé ces dernières années. Homme d’un ancien temps, je conteste absolument l’opportunité de cette importation. Je continuerai, jusqu’au bout, à juger les hommes et les femmes politiques en fonction de leurs résultats, non de ce qu’ils sont sur le plan privé.

     

    Cette volonté de résistance à l’esprit du temps m’a amené à ne pas accabler Mark Muller, pas plus que Valérie Garbani, ni Yannick Buttet. Bien sûr, s’il y a plainte pénale, que cette dernière est reçue, instruite, donne lieu à un procès, et qu’il y a un jour condamnation, l’élu devra se retirer : non parce qu’il aurait enfreint la morale, mais la loi. Eh oui, la loi, la codification qui nous est commune, que nous devons tous respecter. Mais à mes yeux, tant qu’il n’y a pas condamnation, la personne peut rester. Je me sais minoritaire à penser cela, mais l’exprime néanmoins.

     

    Et puis, il y a les réseaux sociaux. Le poids, de plus en plus insupportable, de la délation. Pour un rien, on dénonce. On jette l’anathème. On confond l’information avec la rumeur. On salit. Jusque dans la presse, on donne crédit à des accusation anonymes. On va jusqu’à sanctifier la catégorie « victime », sans que la justice, seule habilitée à statuer, n’ait été saisie, sans qu’une affaire ait simplement été instruite, sans qu’il y ait eu procès, encore moins condamnation. Alors, on juge, à l’emporte-pièce. En fonction de la morale ambiante, celle du moment. Sous la pression de groupes, lobbys ou corporatismes qui font régner une véritable terreur, et vouent à la damnation ceux qui ne vont pas dans leur sens. Je suis peut-être un homme d’une autre époque, mais cette dérive-là, je la rejette, de toutes mes forces.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • La meute

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.12.17

     

    L’une des fonctions essentielles du journalisme, c’est de faire apparaître, au mieux de ce qu’on peut, quelques parcelles de vérité. Contre quoi ? Mais contre le mensonge, pardi ! Ou, tout au moins, la dissimulation, l’omission, les petites cachotteries, pratiquées par le pouvoir.

     

    Le pouvoir politique, seulement ? Non : tous les pouvoirs du monde ! Dès qu’une personne commence à en disposer, elle est naturellement amenée à en abuser. Et à dissimuler ces abus, sous le tapis. Face à cela, dire les choses, telles qu’elles sont, est salutaire. C’est l’une des missions de la presse.

     

    Mais cela, en aucun cas, ne justifie l’esprit de meute. L’acharnement. Le piétinement d’un élu, pour des motifs externes à son action politique, pour le faire craquer. C’est, hélas, exactement ce qui se produit dans l’affaire Buttet.

     

    Du côté de certains médias, dits de « service public », il y a eu un moment où on a cessé d’informer, pour pratiquer la chasse. En sonnant l’hallali. Contre un élu, on a lancé la meute. Une fois lâchée, plus possible de l’arrêter. Elle se nourrit de ses propres hurlements. Tant qu’elle n’a pas sa proie, elle est incontrôlable.

     

    Avec le recul, en analysant cette affaire, on établira la façon dont elle aura été montée en épingle. Scénarisée. Comme une partie de chasse, oui. Je ne suis pas sûr que cette conception du journalisme rende service à ses auteurs. Dans une période, si j’ai bien compris, où on s’apprête à leur demander des comptes sur leur pratique du métier.

     

    Pascal Décaillet