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La Suisse doit se protéger. Elle en a le devoir.

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Sur le vif - Dimanche 15.11.15 - 16.27h

 

Vendredi soir à Paris, une nouvelle étape a été franchie : on ne cible plus une profession, un acte (caricaturiste), une communauté (juive), non, on commet des meurtres de masse, là où se presse naturellement la foule : une salle de spectacle, un match de football. Le signal est clair : on monte d’un degré dans l’ampleur de l’attaque, et d’ailleurs le nombre de morts est multiplié par dix, par rapport aux attentats de janvier. Alors, terrorisme ou « actes de guerre » ? Franchement, peu importe la nomenclature. Ce qui compte, c’est l’élévation d’un degré dans la conception des attentats, les moyens mis en œuvre, la logistique, la coordination, les transmissions. Le France a affaire à une série d’attaques stratégiquement pensées, avec des buts très clairs. Paniquer la population n’est pas le moindre d’entre eux.

 

Seulement voilà. Il se trouve que la France est un grand pays, et une grande nation. Dans les moments difficiles, ceux où le corps du pays se retrouve meurtri, déchiré, nos voisins ont maintes fois montré, dans l’Histoire, qu’ils savaient faire front. Il y eut, vendredi soir, 129 morts. Il y en eut, entre 1914 et 1918, une moyenne de mille par jour pendant quatre ans, plusieurs milliers lors de pics d’horreur, comme l’offensive sanglante et finalement inutile de Nivelle, au Chemin des Dames. Il y eut la Seconde Guerre mondiale, six semaines d’absolu cauchemar entre le 10 mai et le 22 juin 1040, puis quatre années d’Occupation, les fusillés, les déportés, puis l’Epuration, puis deux guerres coloniales, l’Indochine et l’Algérie. Lors de ce dernier conflit, sur la fin, au moment des attentats de l’OAS, la peur, la mort, étaient partout. Oui, nos amis français savent que signifie la souffrance, le sang, le sacrifice. Et font preuve, depuis vendredi soir, comme en janvier dernier, d’une remarquable tenue dans l’adversité.

 

Et la Suisse ? Sommes-nous exposés ? Nous ne sommes certes pas impliqués, comme la France, dans l’affaire syrienne. Mais notre type de société, fondé sur un Etat de droit, le respect mutuel, la cohabitation des différentes communautés et religions, est, dans les grandes lignes, le même que celui de la France. Rien ne nous garantit que nous ne pourrions pas, nous aussi, un jour, devenir des cibles. Face à cette éventualité, il appartient à nos pouvoirs publics d’entreprendre toutes choses pour réduire le risque au maximum. Pierre Maudet, hier dans notre émission spéciale, a tenu un discours compétent et responsable. Oui, « l’image de l’ennemi » (comme on me le disait toujours, naguère, dans mes 500 jours d’armée) a totalement changé. Oui, les efforts d’adaptation de toutes nos forces de sécurité, coordonnées, doivent s’adapter, plus vite encore, mieux encore, à cette nouvelle adversité. Non, la guerre de demain ne viendra pas d’une invasion de régiments de chars sur le Plateau, par l’entrée nord-est de Saint-Gall. Oui, elle surviendra autrement, de façon perverse, imprévisible, sporadique, comme seule une guérilla peut en avoir le secret.

 

A cela s’ajoute le risque d’un ennemi de l’intérieur. Même si nous ne sommes ni dans les banlieues françaises, ni dans le communautarisme belge ou anglo-saxon. Face à ces menaces, il est très clair que les autorités suisses doivent disposer des moyens de leur action. La loi sur le renseignement, acceptée par le Parlement mais attaquée en référendum, constitue le socle minimum de ces moyens. Si les « services » d’un pays ne peuvent même pas procéder par écoutes téléphoniques lorsqu’il y a soupçon d’actes terroristes, alors autant fermer la boutique tout de suite. J’ai connu l’affaire des fiches, je l’ai vécue au début de mes années comme correspondant au Palais fédéral, je veux bien qu’elle ait constitué un traumatisme pour certains, mais là, la loi sur le renseignement n’a strictement rien à voir, elle doit impérativement être acceptée en votation.

 

Reste la frontière. La revoilà ! Cette frontière que des rêveurs, des mondialistes, des utopistes globalisants ont tout fait pour abolir, voilà qu’elle resurgit naturellement, s’impose comme élément de protection de notre communauté nationale. Oui, il faut rétablir et renforcer les contrôles aux frontières, il faut le faire avec la plus grande rigueur. C’est l’un des éléments essentiels de notre dispositif de sécurité. Tout cela, il va falloir l’entreprendre sur une longue durée. Les dangers qui nous guettent ne vont pas s’évaporer par miracle à l’issue des douze jours d’état d’urgence de M. Hollande. Ils pèsent sur nous pour des mois, des années, que sais-je ? En termes de sécurité nationale, nous devons nous montrer fermes, unis, déterminés. Dans nos appréciations des événements, regardons les faits, le terrain tel qu’il est, n’écoutons pas trop les paroles.

 

Pascal Décaillet

 

 

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