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Sur le vif - Page 752

  • Mon échelle, mes valeurs

     

    Sur le vif - Vendredi 21.04.17 - 15.58h

     

    D'un bout à l'autre de cette campagne où tout aura été entrepris pour avoir sa peau, François Fillon m'a impressionné. Non par son idéologie (j'ai déjà dit maintes fois mon opposition à son libéralisme économique), mais par son caractère. Contre vents et marées, cet homme a tenu. Je ne l'oublierai pas. J'aime tellement cette solitude de ceux qui se battent, vous ne pouvez imaginer à quel point ça me touche, ce que ça va chercher au fond de moi.

     

    Il y a quelques mois encore, ma considération pour François Fillon était limitée. Il avait été cinq ans le Premier ministre de Nicolas Sarkozy, ce qui ne constitue pas, à mes yeux, la carte de visite la plus éblouissante.

     

    Et puis, il y a eu cette campagne. Toutes ces "affaires", comme par hasard montées contre lui, et lui seul. Autour de lui, toute l’écœurante immensité de la trahison, ce qu'a également dû vivre Benoît Hamon, autre candidat que je respecte pour son cran et sa résistance.

     

    Malgré l'extrême violence de ces vents contraires, François Fillon a tenu. Rien que pour cela, je l'admire. Parce que chez moi, l'échelle des valeurs fait de loin primer le caractère sur l'idéologie. Hier encore, au débat, je l'ai trouvé excellent. Ce matin encore, dans sa déclaration.

     

    Alors voilà, je ne suis pas Français, je n'aurai donc pas à me prononcer dans cette campagne. Mais je tenais à dire, à deux jours du verdict du premier tour, mon admiration pour la ténacité de François Fillon. Ainsi que pour celle de Benoît Hamon, qui lui est pourtant diamétralement opposé, sur le plan des idées. Hamon, un homme que tous, ou presque, ont lamentablement trahi. Un homme seul. Un homme qui sait qu'il risque, dimanche soir, une cuisante défaite pour son camp, sans doute l'une des pires depuis la prise du parti par Mitterrand à Epinay en juin 1971. Il risque le rejet, le grincement des rires, la noirceur humide des rodomontades. Mais jusqu'au bout, il se sera battu. Je lui dis bravo. Il y a, chez cet homme austère et peu taillé pour les effets tribunitiens, une rigueur mendésiste qui ne m'a pas échappé.

     

    Les hommes, les femmes, les événements, les périmètres d'idéologie, sachons les lire et les décrypter à l'aune de l'Histoire, dans la patience de la diachronie, et non dans la seule émotion, la seule émulsion du moment. Bref, lisons Michelet, Tocqueville et Marc Bloch. Et continuons d'aimer la France.

     

     

     

    Pascal Décaillet

     

  • Imprévisible ? J'espère bien !

     

    Sur le vif - Jeudi 13.04.17 - 08.52h

     

    La présidentielle française est imprévisible ? Mais tant mieux, pardi !

     

    Depuis quand une élection devrait-elle être prévisible ? Pour faire plaisir aux sortants ? Aux sondeurs ? Aux médias ? Aux humoristes et dessinateurs au service du pouvoir ? Aux courtisans de l'ordre établi ?

     

    Le principe de toute élection est de remettre les compteurs à zéro. Même temps de parole, même considération pour tous. Même attention pour les propos de M. Lassalle (qu'au passage, j'apprécie beaucoup) que pour ceux des "favoris".

     

    Sinon, autant reproduire le système, comme on se passait les charges avec la robe, sous l'Ancien Régime.

     

    Beaucoup de journalistes, de commentateurs, en sont encore à l'Ancien Régime. Ils continuent de parler "d'extrêmes" pour Mme Le Pen ou M. Mélenchon, ils continuent de nous imposer la géométrie du convenable.

     

    Mais au final, le 23 avril et le 7 mai, c'est le peuple français qui tranchera. La nouvelle géométrie, c'est lui qui la dessinera. La nouvelle donne, c'est lui qui la sortira.

     

    Sa décision, il la prendra en fonction du tellurisme de l'instinct, l'intimité de chaque conscience citoyenne, et certainement pas en cherchant à faire plaisir aux nostalgiques d'Ancien Régime, qui nous brandissent le "prévisible", ou le convenable, comme d'autres nous imposaient leurs privilèges, la régale et la gabelle.

     

    Pascal Décaillet

     

  • France, souviens-toi de tes paysans !

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    Sur le vif - Mercredi 12.04.17 - 14.52h
     
     
    Quel que soit le futur Président, ou la future Présidente, s'il n'établit pas comme priorité absolue la renaissance de l'agriculture, son mandat sera un échec.
     
     
    La paysannerie française vit ses années les plus douloureuses depuis celles, autour de 1787, 1788, qui ont immédiatement précédé la Révolution. Lire Michelet ! L'ouverture des frontières, la mondialisation lui ont été fatales. Il faut tout reprendre à zéro. Il faut un nouveau Sully pour réinventer une ambition agricole. Sully, ministre d'Henri IV, ce souverain d'exception qui avait réussi à réconcilier un pays en lambeaux.
     
     
    Aucun d'entre nous n'a la moindre idée de la souffrance du monde paysan, en France, aujourd'hui. Et nous, Suisses, pourrions d'ailleurs commencer par nous pencher sur la nôtre, même si nous n'en sommes, Dieu merci, pas encore au niveau de dévastation morale de certaines campagnes françaises.
     
     
    Les candidats dits "principaux" de la présidentielle n'ont que peu parlé d'agriculture. Comme si la compétition suprême n'était qu'une joute urbaine, un derby de villes, confluant vers la finale. Comme si la campagne devait se résoudre à demeurer muette sur l'autre campagne, la vraie, celle des champs et des villages reculés.
     
     
    La France est une grande nation agricole, il suffit de la traverser ou de la survoler pour s'en rendre compte. Mais depuis des décennies, en tout cas depuis le début des années 1990, lorsqu'on a signé Maastricht et qu'on n'a plus juré que par l'Europe, la campagne française est délaissée. On se fout des paysans, on les laisse se suicider, c'est indigne du fronton de la République.
     
     
    Que le que soit le futur Président, ou la future Présidente, il devra réinventer une grande ambition paysanne pour la France.
     
     
    Pascal Décaillet