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  • Oubliez l'Europe, regardez l'Allemagne !

     

    Sur le vif - Mardi 02.06.20 - 06.34h

     

    Ma passion puissante pour l'Histoire de l'Allemagne et celle de la France, en profondeur depuis au moins 45 ans, m'amène à considérer comme très périphérique la question dite "européenne". Le mot même, "Europe", n'évoque pas grand-chose pour moi.

    Il évoque certes un continent. Dont j'ai visité presque tous les pays, certains (Allemagne, France, Italie) à d'innombrables reprises. On pourrait évoquer la fiction même que constitue l'étiquetage de la planète en cinq continents, mais bon, allons-y pour le continent européen. Je suis monté au Cap Nord, avec ma famille, l'été 1968, j'ai ressenti puissamment l'épine dorsale de l'Europe physique.

    Mais il n'y a pas, il n'y a jamais eu d'Europe politique. L'Empire carolingien, puis le Saint-Empire Romain-Germanique, ne constituent en fait que des jeux d'alliances fluctuants, fragiles, entre familles royales, liens d'intérêts économiques et financiers, en certaines parties de l'Europe.

    Le conglomérat appelé aujourd'hui "Union européenne" n'a aucune dimension politique. Il n'a ni défense commune, ni affaires étrangères, deux éléments qui constituent la puissance de souveraineté d'une communauté humaine. Dans la crise sanitaire que nous venons de traverser, l'UE s'est liquéfiée, elle a disparu, seules les nations ont agi. Chaque nation séparément, pour elle-même. Le concept de préférence nationale s'est naturellement imposé, sans provoquer le moindre débat. L'Europe, aux abonnés absents.

    Mieux : le jeu très ancien de triangulation entre trois pôles dominants (France, Allemagne, Angleterre) n'a cessé d'opérer, tout au long de l'Histoire de l'Europe communautaire. Réconciliation franco-allemande les premières années, tentative de greffe britannique en 1972, puis inexorable montée de l'Allemagne, suite à la chute du Mur, dès l'Acte unique. Déjà dans les Guerres balkaniques des années 1990, l'Allemagne se remet à jouer sa carte nationale. C'en est fini du nain politique de l'après-guerre.

    Nous sommes en juin 2020. L'Europe politique n'existe pas. Elle n'a jamais existé. L'Allemagne est plus puissante que jamais. Son économie demeure d'une vitalité exceptionnelle. Ses capacités stratégiques, dans l'indifférence générale, ne cessent de se renforcer. L'implantation de ses entreprises à l'Est de l'Europe se renforce.

    Face à cette Allemagne, la France est larguée. C'est un événement considérable : la construction de 1957, puis la Réconciliation (Versöhnung) de Gaulle - Adenauer, se fondaient, comme une Cathédrale, sur deux piliers de force égale. Aujourd'hui, c'est fini : l'Allemagne est loin devant. La France, une nouvelle fois, a perdu la guerre. La puissance française en Europe est morte en juin 1940, le 22 pour être précis. Dans une forêt de l'Oise.

    Nous sommes en juin 2020, il n'y a pas d'Europe. La vérité, c'est qu'il n'y en a jamais eu. Tout au plus une fiction, un paravent. La réalité demeure celle, tenace et ancrée, des intérêts nationaux. Et celle de l'inexorable montée en puissance de l'Allemagne. Ce chemin a commencé pendant la Guerre de Sept Ans (1756-1763), sous l'immense Roi de Prusse Frédéric II. Et depuis, il n'a jamais cessé. Le 8 mai 1945, dans ce parcours, n'est qu'une défaite d'étape.

    Le 8 mai 1945, pour l'Allemagne, est infiniment moins important que le 22 juin 1940, pour la France. Les livres d'Histoire ne le disent pas. Pas encore.

     

    Pascal Décaillet

  • Les extases du cyclo-diacre

     

    Sur le vif - Lundi 01.06.20 - 15.58h

     

    Gardons-nous, frères et soeurs, de confondre le cyclo-diacre avec le cycliste, tout court.

    Le cycliste est l'usager d'un moyen de transport. Pour se mouvoir, il a choisi le vélo, comme d'autres ont opté pour la voiture, le scooter, la trottinette ou le téléphérique.

    Le cyclo-diacre, c'est le cycliste militant. Il s'est converti un jour, il en a été transfiguré. Le feu ! Alors, de son corps d'avant, devenu cendre et braise, a émergé l'être nouveau. Par le vélo, il a trouvé la paix. Il a trouvé la voie (cyclable). Il a trouvé la vérité.

    Le cyclo-diacre n'est pas un égoïste. La sublimation de sa métamorphose, il veut la partager. Avec tous. Alors, tel le chrétien des premiers siècles, il se fait prosélyte. S'il faut aller vers le martyre, allons-y tous ensemble, en pédalant.

    Métamorphosé. De cloporte, il est devenu colporteur. Partout, il répand la bonne nouvelle. Il récite. Il encense. Il nous invite à la liturgie des temps nouveaux. Il nous éduque aux mots de son latin d'église : mobilité douce, transfert modal. Tout sceptique, qui ne serait pas immédiatement illuminé par la Grâce de ces vocables, sera rayé du cercle des élus.

    Le cyclo-diacre est tombé amoureux de son moyen de locomotion. Tel l'Empereur Caligula, épris de son cheval, il adule ce qui le transporte, il veut en faire la totalité, l'universel, la clef du monde et celle des songes, le vent du soir qui nous ramène au Paradis perdu.

    Longue vie au cyclo-diacre. Un coeur, une âme, deux roues, la vie qui chante, la vie qui crisse, la vie qui s'emballe. La vie qui va.

     

    Pascal Décaillet

  • La morsure infectée des Gueux

     

    Sur le vif - Lundi 01.06.20 - 08.00h

     

    J'ai condamné ici la décoiffante conversion de nombreux libéraux à la dette, en toute hâte, au plus fort de la crise sanitaire. Ont-ils pris peur ? Ont-ils vu poindre, avec quelque frayeur, un effondrement de l'ordre social ? Ont-ils eu le vieux réflexe de la bourgeoisie suisse face à la possibilité d'un Novembre 1918 ? Encore que la perspective d'une grève générale eût paru fort singulière en une période où... tout le monde était au repos forcé !

    Je ne parle pas ici de la gauche. Ni de la droite souverainiste. Mais de la droite libérale ! Celle qui, dans les Cantons et sous la Coupole fédérale, gardait le Temple de l'orthodoxie financière. Frein à l'endettement, refus des déficits, coupes dans les dépenses. Et là, en quelques jours, juin 40 ! Tout se retourne, tout s'effondre ! La fin d'un discours, la fin d'un monde. Soudain, c'est Keynes, le New Deal, la relance de l'économie par les investissements, sans qu'on sache d'ailleurs lesquels !

    Alors, quoi ? On n'était anti-dette que par posture, par beau temps ? On lâche des dizaines de milliards aux Gueux par peur de la morsure infectée ? On craint l'ordre social secoué, la vase retournée, la tourbe répandue ?

    Pour ma part, moi qui ne suis pas libéral, je demeure viscéralement opposé à tout déficit, et tout endettement. On dépense l'argent si on l'a. Pas d'emprunt. Pas de lien avec les usuriers. S'il le faut, on vit plus simplement. On travaille pour gagner sa vie, tant qu'on le peut. On va chercher du travail là où il y en a. On ne sollicite les aides qu'en cas d'extrême nécessité. On arrête de tout attendre de l'Etat, comme des oisillons, le bec ouvert. Et ce dernier ne doit être fort que dans ses fonctions vitales ou régaliennes. Pas comme distributeur de milliards à la première crise.

     

    Pascal Décaillet