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Du jargon ? En voici des wagons !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.02.21

 

Vous voulez du jargon ? Je vous en fourgue ici des tonnes. Du jargon des sciences sociales, du jargon climatique, du jargon féministe. Oh, il y en a bien sûr ailleurs, dans la médecine, la finance, la philosophie, la marine à voile, la théologie. Mais je veux vous faire plaisir, je vous apporte du neuf, de l’actualité, du contemporain. Je n’invente aucun mot : je les puise dans les journaux ou sur les ondes, sur les sites, dans tout espace offert à la parole publique. Des vocables bien réels, d’ailleurs vous les reconnaîtrez. Des mots, comme il en jaillit à longueur de journées, dans des émissions qui se veulent de haut niveau intellectuel, persuadées que l’alignement de ces néologismes augmentera le crédit de leurs chaînes.

 

Il y a d’abord les sciences sociales. Fourmillement de « chercheurs », dans nos Facultés de Suisse romande, Genève et Lausanne en sont particulièrement prodigues. De puissants savants, surgis tout doit de la médecine au temps de Molière : ils vous parlent, vous ne comprenez rien. C’est votre faute, bien sûr, vous êtes un plouc, vous ne méritez pas ces perles jetées aux pourceaux. Vous souffrez, on vous dit votre mal en latin, on vous honore de tous ces ablatifs absolus, on vous élève, et en plus vous auriez le culot de maugréer, parce que vous peinez à comprendre ! On vous dit qu’il faut déconstruire vos stéréotypes, inverser vos injonctions de genres, vous avez le front de trouver ça abstrait, non mais allô, pour qui vous prenez-vous ?

 

J’en viens à mes frères et sœurs, les climatistes. Vous savez quelle tendresse je leur voue, ils l’ont méritée. Tenez, avez-vous fait votre bilan carbone, par exemple ? Entre deux transferts modaux, ou reports de charges, au milieu du paradis circulatoire de M. Dal Busco, avez-vous procédé à votre autocritique sur votre rapport à la transition énergétique, à l’économie circulaire, ou au Protocole de Kyoto ? Ce langage si doux, si suave, verlainien dans sa légèreté, êtes-vous bien certain de le maîtriser ? Vous voulez des cours de rattrapage ?

 

Le dessert, c’est le langage étrange et merveilleux du féminisme. Il est à la clarté ce que le smog de Londres est au ciel de Provence. On commencera par vous balancer du patriarcat, ça va encore. On secouera l’encensoir avec quelques théories du genre, cisgenre, transgenre, on s’élèvera jusqu’aux chapiteaux avec une pincée de féminisme intersectionnel. Vous pensez géométrie, vous sortez vos compas ? Vous avez tout faux ! Ces concepts-là, mon pauvre ami, ne se couchent pas sur du papier. Ils se balancent dans l’air, ils tambourinent dans nos cervelets, et puis très vite, ailés comme les filles de l’air, ils s’évaporent.

 

Sciences sociales, climat, féminisme. Je n’ai cité que trois exemples. Mais enfin, vous reconnaîtrez qu’ils ont conquis quelque pesante présence, dans notre univers sonore. Il nous reste le choix : nous plier, comme des disciples en obédience. Ou alors, plus simple, plus radical, mais jouissif comme la prime morsure dans le fruit originel : éteindre la radio.

 

Pascal Décaillet

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