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Liberté - Page 722

  • Bienvenue à la religion du climat !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.05.19

     

    En ce printemps où le réchauffement tarde à nous écraser de ses rayons caniculaires, la classe politique, quasiment unanime, n’a plus que trois mots à la bouche : le climat, le climat, et encore le climat. A croire que l’Histoire s’est arrêtée. Elle aurait laissé le tragique au vestiaire, se serait elle-même éclipsée, ainsi que la politique, les rapports sociaux, l’économie, la lutte des classes, les syndicats, le patronat. Tout cela, évaporé ! Il n’y aurait plus ni mémoire ni projection, ni guerres, ni ennemis, ni dominants, ni dominés, ni oppression, ni liberté : il n’y aurait plus que « l’urgence climatique ». Reconnaître son absolue priorité ne relèverait plus d’un choix politique. Mais d’un dogme théologique. La religion du climat est née. Avec son clergé, ses sermons, ses autocritiques, ses confessions, ses grands-messes du samedi, ses enfants de chœur, ses péchés, ses processions de rédemption, son chemin d’Apocalypse, son Salut, ses damnés. A l’école du jugement, il n’y aurait plus que le Dernier.

     

    Tenez, les processions du samedi. Sanctifiés, les jeunes qui défilent « pour le climat ». Encouragés par les autorités. « Ils sont l’avenir, ils nous montrent le chemin » : ce ne sont plus des ados des écoles, non, ce sont des anges et des archanges, des séraphins, leurs trompettes sont musiques du futur, ils nous ouvrent la voie du Salut, les portes du Paradis. Ils sèchent les cours ? Mais comme ils ont raison, les chérubins, c’est pour la bonne cause ! Surtout, pas de sanctions ! Pas de remarques ! Pas d’oppositions ! Rien qui, de la part des adultes, des parents ou des maîtres, pourrait laisser poindre le grief de paraître ringard, d’un autre temps, insensible à la théologie de « l’urgence climatique ».

     

    Les partis politiques ? Tous convertis au discours des Verts. En Suisse, nous avons aujourd’hui les Verts, dont la sainte doctrine constitue le chemin de foi défini et délimité. Mais nous avons aussi les radicaux Verts, les libéraux Verts, les PDC Verts. Il n’y a guère que l’UDC et une partie courageuse de la gauche radicale (celle, d’un autre temps, qui s’accroche encore à la justice sociale, et autres mignardises ringardes), pour oser encore émettre quelques doutes sur l’impérieuse nécessité de la Croisade climatique. Reprendre la Jérusalem céleste, la libérer de l’infidélité polluée, assainir les cieux, préparer la voie des anges. Alors oui, le PLR devient Vert, le PDC n’en peut plus de verdir, les partis du gentil centre-droit se sont convertis, ils ne jurent plus que par le climat, les radicaux en ont oublié l’industrie et le Gothard, la démocratie chrétienne a rangé la Doctrine sociale de Léon XIII sous la poussière des étagères, il n’y a plus que le climat, le climat, et encore le climat.

     

    Dès lors, la politique est mise entre parenthèses. De même, la confrontation rationnelle des arguments. Au frigo ! Et nous, les citoyennes et citoyens, pour qui tombèrent Bastilles et privilèges, redevenus fidèles ou infidèles, obéissants ou hérétiques, sauvés ou damnés. Vive le progrès !

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • Le CEVA : aller-simple pour l'Eden

     

    Sur le vif - Mardi 07.05.19 - 12.34h

     

    La manière dont le 12.30h RSR, à l'instant, nous chante les bienfaits de l'entrée en vigueur du CEVA, en décembre prochain, relève davantage de la béatitude canonique que du minimum d'esprit critique.

     

    À entendre ce copié-collé du discours officiel, on a l'impression que tout ne sera qu'ordre et beauté, retour à l'Âge d'or, aller-simple pour l’Éden. Parole (biblique) est même offerte à un officiel, qui nous laisse entendre que grâce au CEVA, la circulation dans Genève ressemblera toute l'année à celle du mois d'août. Ils nous prennent pour des cons ?

     

    Et les surcoûts ? Et les coûts réels, au final ? Et le manque de travail pour les entreprises genevoises ? Et les vérités trompeuses de la classe politique ? Et le mépris total du citoyen-contribuable, juste considéré comme cochon de payeur, pour lequel on "oublie" le minimum le plus décent d'infrastructures sanitaires, dans les gares ?

     

    À la RSR, rien de cela. Juste une sage duplication de la carte postale. Tenir ce discours, c'est se mettre dans le sillage des partis dominants, ceux qui portent la responsabilité de la réalisation du CEVA. Donc, tenir la robe de traîne du pouvoir.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • 19 mai : les leçons d'une complexité

     

    Sur le vif - Mardi 07.05.19 - 08.26h

     

    À longueur d'année, j'organise des débats sur les sujets les plus complexes de la vie politique suisse. Toujours, mon souci premier est celui de la clarté : exposer les enjeux en termes simples, compréhensibles par le plus grand nombre. Bannir les mots compliqués, à commencer par le jargon juridique. Parler aux citoyennes et citoyens de ce qui les concerne, dans leur vie quotidienne. Cela s'appelle vulgariser, entendez rendre populaire.

     

    Par ailleurs, vous connaissez mon attachement à la démocratie directe. Que le peuple genevois soit appelé à se prononcer sur onze sujets, que ces derniers soient complexes, cela ne me pose pas problème en soi. Le complexe est fait pour être ramené à l'essentiel du sens, les équations sont faites pour être simplifiées, c'est mon métier que de m'attaquer à cela, comme le font aussi mes consœurs et confrères. Je dirais même que plus c'est difficile, plus c'est excitant. Comme avant d'attaquer une version latine, ou grecque, ou un thème allemand. J'adorais cela, littéralement.

     

    Mais dans le cas du 19 mai, j'enrage. Non que le peuple se prononce, c'est justement là mon credo politique absolu ! Et vous savez que je milite justement pour une extension de la démocratie directe, pour les générations à venir. Mais qu'il se prononce sur la base d'une odieuse complexité, balancée comme une patate chaude par les parlementaires, avant de s'en laver les mains.

     

    Sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), nous votons sur deux projets parfaitement contradictoires, que le Parlement, incapable de trancher, a acceptés l'un et l'autre ! Du coup, la démocratie directe, qui doit justement être le lieu de la clarification, devient hélas celui du report de la complexité à grande échelle.

     

    Le problème de ce paquet du 19 mai provient du fait que la plupart des sujets viennent d'en haut : le Parlement n'arrive pas à se décider, chaque camp perdant attaque chaque camp gagnant par référendum, et la pluie de ces missiles alternés se reporte sur les citoyens.

     

    La grandeur de la démocratie directe, c'est lorsque les sujets, comme dans le cas des initiatives, surgissent d'en bas. Des textes conçus par le peuple, et pour le peuple. Directement programmés pour une campagne populaire, à l'échelle du suffrage universel. Dans ces cas-là, l'impérieuse nécessité de la clarté s'impose. Les initiatives, on les défend ou on les combat, mais au moins on les comprend ! Tandis que là, avec cette pluie de complexité tombée de l'Olympe parlementaire...

     

    La grande leçon de ce galimatias, c'est que le Parlement est de moins en moins capable, à Genève, de produire clarté et simplicité. N'arrivant à trancher, il reporte sur le suffrage universel, par un double référendum d'une rare perversité, le soin de la décision. Cette gesticulation ne grandit pas le législatif genevois, et c'est un euphémisme.

     

    Fort bien. Citoyennes et citoyens, décidons. Nous sommes là pour ça. Et à l'avenir, sachons nous en souvenir. En faisant de plus en plus, par le droit d'initiative, la politique nous-mêmes. En laissant les corps intermédiaires patauger dans la gluante complexité du monde. On voudra bien leur confier la conciergerie des lois, en attendant la ratification suprême par le suffrage universel. Et on leur concédera la bagarre sur les virgules.

     

    Pascal Décaillet