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Liberté - Page 639

  • Cyril Aellen, vigile de la saine gestion

     

    Sur le vif - Jeudi 21.11.19 - 13.47h

     

    Suite au départ de Cyril Aellen, ne restent bientôt plus que des dépensiers, à une ou deux exceptions près, en Commission des Finances. Il y a lieu, pour l'Etat et surtout pour les contribuables, déjà pressés comme des citrons à Genève, de s'en inquiéter. Le député PLR quitte cette Commission, mais Dieu merci demeure au Grand Conseil.

    Partisan absolu de la rigueur, opposé à tout déficit et à toute dette, dans tout budget, quel qu'il soit (personnel, familial, d'entreprise ou d'Etat), détestant l'idée d'être redevable aux usuriers et aux spéculateurs, je tiens, comme citoyen, à remercier vivement Cyril Aellen de son travail au sein de cette Commission.

    Il y fut un vigile de la saine gestion. Puissent ses collègues s'inspirer de son exemple. Et toujours se souvenir que l'argent dépensé est celui des contribuables, donc principalement généré par le travail des gens honnêtes et laborieux, ceux qui constituent la majorité - hélas trop souvent silencieuse - de Genève et surtout de la Suisse.

    Ces gens-là, qui se lèvent le matin pour aller bosser, entretiennent leurs familles, donnent des mois de salaire ou de revenu à l'Etat, n'ont de leçon, dans notre République, à recevoir de personne. Ni de la gauche, ni de la droite de casino.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Trump, trois ans après : amorce d'un bilan

     

    Sur le vif - Mercredi 20.11.19 - 12.56h

     

    J'avais été l'un des rares, en 2016, à déclarer publiquement que l'élection de Trump me semblait préférable à celle de Mme Clinton. Non que je fusse un fan de l'homme, mais son programme me semblait nettement meilleur, pour son pays et pour le monde, que celui de sa rivale.

    Défendant Trump, je ne roulais pas pour un style, mais pour une philosophie politique : protectionnisme, souci de la cohésion sociale intérieure, contrôle des flux migratoires, volontarisme d'Etat pour relancer l'économie et moderniser les infrastructures. Face à l'extérieur, isolationnisme, retour aux relations bilatérales entre Etats, rejet d'une toile multilatérale qui m'apparaît, depuis toujours, comme totalement vaine.

    Je n'éprouve pour Trump, l'homme Trump, ni sympathie, ni antipathie. On l'avait accusé, pendant la campagne, d'être vulgaire, c'est peut-être vrai, je dis juste que cela m'est indifférent : chez moi, les thèmes priment sur les hommes et les femmes, c'est son programme qui m'intéressait.

    A l'inverse, tout ce que représentait Mme Clinton m'inspirait le rejet. Appartenance à un clan démocrate, proche des faucons et des milieux bellicistes, interventionniste à souhait, toujours prêt à faire rouler la machine guerrière en brandissant au monde le Livre de la Morale. Je n'ai cessé de dire, en 2016, qu'avec Mme Clinton, ce serait la guerre. Avais-je raison ? Impossible de le savoir, puisqu'elle ne fut pas élue : on ne refait pas l'Histoire.

    Mais en parlant de guerre, une chose est sûre : Trump, tout matamore soit-il dans ses postures, ne l'a, aux trois quarts de son (premier ?) mandat, pas faite. Des opérations-marketing, comme envoyer un commando tuer le chef de l'Etat islamique, à l'instar d'Obama / Ben Laden. Des menaces, face à la Corée du Nord. Des prises de position catastrophiques (je n'ai cessé, en trois ans, de les souligner) concernant le Proche-Orient : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, aval donné aux colonies installées depuis 1967, isolement de l'Iran, etc.

    Des coups de gueule, des phrases malencontreuses, tout ce qu'on voudra. Mais une vraie guerre frontale, pour l'heure, non. Comparez cela, je vous prie, aux interminables bombardements menés, un peu partout, pendant les huit années de l'ère Obama. Ma crainte, en 2016, était que Mme Clinton, si elle venait à être élue, ne parvînt qu'à empirer, à cause de ses liens avec l'oligarchie militaro-industrielle américaine, ce bellicisme permanent dont les démocrates ont la spécialité.

    Je ne dis évidemment pas que Trump est parfait, et suis le premier à condamner ses déclarations sur la politique étrangère, lorsque je les juge intempestives. Je ne doute pas qu'il soit vulgaire, mal élevé, peu compatible avec les salons dorés de la Côte Est. Mais j'estime, aux trois quarts de son (premier ?) mandat, que bien des aspects de sa politique, notamment en économie intérieure et en protectionnisme, sont dignes d'intérêt, et seront retenus comme tels par l'Histoire.

    J'ignore absolument s'il sera réélu en novembre 2020. Je doute fort qu'il soit destitué. J'invite tout observateur politique à le juger sur les effets de sa politique, en tenant compte de l'économie à l'interne du pays, et non sur son côté Tartarin. Encore moins, comme cela fut fait juste avant son élection par la chroniqueuse d'un journal de révérence, sur la couleur de ses cheveux.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La Suisse, entre fragilité et rage de survie

     

    Commentaire publié dans GHI - 20.11.19

     

    C’est un petit miracle que la Suisse. Notre pays n’est pas, comme l’affirme le titre d’un ouvrage de Denis de Rougemont, « L’Histoire d’un peuple heureux ». Non, notre Histoire fut complexe, tortueuse, difficile, nous eûmes encore, par exemple, un conflit sur fond religieux en 1847, le Sonderbund. Et puis, nous eûmes les Guerres de Religion, les grands combats du dix-neuvième siècle, la lutte des classes, la Grève générale de novembre 1918. Les déchirements de l’Europe furent les nôtres. Notre prospérité n’advint vraiment qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec les grandes lois sociales, principalement l’arrivée de l’AVS, en 1948. Notre pays, comme les autres, a souffert. Comme les autres, il a vécu des divisions. S’il est, aujourd’hui, un peuple à peu près « heureux », c’est qu’il a, parfois dans la douleur, réussi à conjurer ses divisions. L’une des clefs de sa réussite, c’est la prise en compte de la fragilité, le respect des uns et des autres, à commencer par celui des équilibres.

     

    La Suisse de 1848, qui émerge au milieu d’une Europe en pleine crise, et se met en place quelques mois après la guerre civile du Sonderbund, construit sa modernité sur le pari des équilibres. Entre cantons protestants, vainqueurs, et cantons catholiques, vaincus (même si les conservateurs devront attendre 1891 pour parvenir au Conseil fédéral). Entre les villes et les campagnes. Entre la plaine et la montagne. 171 ans plus tard, nous Suisses devons constamment avoir à l’esprit cette nécessité de laisser vivre toutes les parties du pays, sans jamais en humilier aucune. Equilibres, aussi, aujourd’hui, entre les générations, entre riches et pauvres, entre consommateurs du numérique et grands oubliés des techniques modernes. Vous me direz que toute société humaine ne survivra qu’au prix d’un souci constant de sa cohésion sociale. Oui, mais en Suisse, pays où les ferments de dispersion sont d’autant plus nocifs qu’ils sont tus, parce que tabous, nous devons y veiller plus que tous les autres.

     

    La première votation à laquelle j’eus l’honneur de participer fut pour dire oui, du fond du cœur, à la création d’un nouveau Canton du Jura. J’avais même, moi qui déteste la rue, distribué des tracts pro-Jura, au Molard ! C’était en septembre 1978, j’avais juste vingt ans, je ressentais l’injustice, le décalage, qu’avaient dû vivre mes compatriotes de cette région de Suisse, à cause de décisions prises en 1815. Je n’éprouvais nulle animosité envers le Canton de Berne, mais il y avait quelque chose à corriger, une justice à restituer, un geste d’amitié confédérale à faire. Le nouveau Canton fut créé, j’en fus infiniment heureux, je n’entrevoyais là ni la victoire des catholiques, ni celle des francophones, mais simplement celle des équilibres fédéraux. Jamais je n’oublierai ce premier vote de ma vie. Je voudrais, au fond de moi, que chaque scrutin ressemble à celui-là. Où chaque fois, en glissant un bulletin dans l’urne, se jouerait non seulement l’enjeu posé, mais en éternel filigrane, le destin même du pays, entre fragilité et rage de survie.

     

    Pascal Décaillet