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Liberté - Page 207

  • Classes moyennes : moins d'impôts, vite !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.05.23

     

    La victoire de la droite, aux élections cantonales genevoises, doit déployer ses premiers effets sans tarder, de façon nette et cinglante. Elle doit le faire sur les terrains qui comptent vraiment, ceux qui touchent la vie des gens : fiscalité, finances, économie, éducation, santé, mobilité, pouvoir d’achat. Si le nouveau pouvoir, aux manettes pour cinq ans, ne donne pas très vite de premiers signaux, suivis d’effets tangibles, alors viendront poindre, dans les profondeurs citoyennes, les premiers doutes, l’amorce d’un nouveau discrédit du politique, l’idée qu’il ne sert à rien de voter. Bref, la méfiance, mère de tous les tourments. A la vérité, les vainqueurs des élections n’ont pas droit à l’erreur. Et le premier chantier à empoigner doit être le plus sensible : la fiscalité des classes moyennes.

     

    A Genève, 36% des gens ne payent pas d’impôts. Mais, dès le seuil de revenu atteint pour être astreint, tout va très vite : l’impôt est progressif, et il l’est tellement que certains hésitent à travailler davantage, voire à travailler tout court, par peur de la pieuvre fiscale. Ce système est profondément injuste. D’abord, il n’est absolument pas normal que plus d’un tiers de la population ne contribue pas au bien général. Ensuite, toute l’action publique des cinq prochaines années doit concentrer toutes ses énergies sur les classes moyennes. Ceux qui se lèvent le matin, vont bosser, parfois dur, entretiennent leur famille, ne reçoivent pas un seul centime de subvention, n’en peuvent plus de payer. Et ne peuvent pas mettre un seul sou de côté à la fin du mois.

     

    Ces gens-là, classes moyennes inférieures mais aussi supérieures, doivent payer moins d’impôts. Parce que leur régime, entre les assistés et ceux qui ont une marge vraiment confortable, est vraiment injuste, et même révoltant. Ils sont les éternels dindons de la farce. Ils ne sont pas contre l’Etat, loin de là, et le souhaitent même fort dans ses tâches régaliennes. Mais ils ne veulent pas entendre parler d’un Etat tentaculaire, cette machine à Tinguely, ces rouages à fonctionnaires, à chefs de service, à secrétariats généraux, avec des adjoints par phalanges byzantines. Non, ils veulent moins de fonctionnaires, plus efficaces, au service de la population, et non de la machine. Atteindre cet objectif doit être, chronologiquement, l’enjeu majeur de la législature. Celui sur lequel la nouvelle majorité sera jugée.

     

    Les classes moyennes, à Genève, doivent au plus vite se remettre à respirer. Non seulement elles doivent bénéficier d’une baisse fiscale linéaire, qui profiterait à tous les contribuables, mais en plus il faut des aides ciblées pour elles. Un salarié moyen, ou un indépendant, doit commencer à voir la couleur de l’argent qu’il gagne, sur le fruit de son travail. Avoir un boulot doit faire envie, et non inciter les postulants à de savants calculs pour voir si tous leurs gains supplémentaires ne vont pas être engloutis par la pompe fiscale de l’Etat. Celles et ceux qui sont responsables de nos finances seront jugés sur ce chantier-là. Et non sur la bienveillance de leurs seuls sourires.

     

    Pascal Décaillet

  • L'Autre droite

     
    Sur le vif - Mardi 09.05.23 - 15.29h
     
     
    La gauche a perdu complètement le contact avec les classes populaires. Elle achève de le perdre, tout aussi totalement, avec les classes moyennes. Les unes et les autres votent de plus en plus à droite, et pas vers la droite libérale, casseuse d'Etat, à genoux depuis trente ans devant le Marché.
     
    Non, les classes populaires, mais aussi les classes moyennes (qui, n'en déplaise à la gauche, existent), évoluent vers une autre droite, qui aujourd'hui se retrouve à bien des égards au PLR, mais surtout à l'UDC, voire (pour Genève) dans une partie importante du MCG.
     
    La gauche adorerait que cette "autre droite" ne rêve que faisceaux flamboyants, de noires phalanges, de République estourbie par des factieux, une sorte de 6 février 34.
     
    Une fois de plus, la gauche a tort. Cette "autre droite" est au milieu du monde. Au milieu de nous. Nulle crypte pour se réunir, nulle cagoule, nul dessein de pronunciamiento pour abattre la République. Mais des idées, précises, inventives, pleines de vie, pour la réinventer. De l'intérieur.
     
    Amour du pays, de la Patrie. Infini souci de cohésion sociale. Pas de génuflexion devant les puissants, ni d'arrogance face aux humbles. Préférence nationale, ou cantonale, pour l'accès à l'emploi. Régulation drastique des flux migratoires. Valorisation des toutes petites entreprises, des PME. Attachement à l'Etat pour ses fonctions régaliennes, mais sans inflation tentaculaire. Passion pour l’École, la transmission, la culture, la langue. Vous pouvez partager ou non ces quelques principes, mais reconnaissez au moins qu'on y est assez loin du putsch, de la Chambre renversée, de Brumaire.
     
    On est dans la République, avec simplement des valeurs autres que celle de la gauche. Et autres que celles des ultra-libéraux. On est dans une droite qui veut vivre, et faire vivre autour d'elle, stimuler, partager la connaissance, les émotions artistiques, le bonheur de la langue, la recherche historique.
     
    Seulement voilà. La gauche considère que la République, c'est la gauche, et elle seule. Et les ultra-libéraux n'ont jamais porté le moindre intérêt à la République : prisonniers de leur course au profit, ont-ils seulement entendu parler de cet extraordinaire projet commun qui s'appelle l'Etat ?
     
    Ce que la gauche veut nous faire passer pour des factieux, c'est un nombre grandissant de citoyennes et citoyens libres, adultes, vaccinés. Qui en ont juste marre de la gauche et ses leçons de morale. Et n'ont pas, pour autant, embrassé la cause du Veau d'or.
     
    C'est si difficile à comprendre ?
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • La vie, simple et sublime

     
    Sur le vif - Lundi 08.05.23 - 16.44h
     
     
    Le 12 septembre 1998, en direct de la Place fédérale, au milieu d'une foule immense, j'ai animé, pendant plusieurs heures, debout et en mouvement à travers la masse des gens, l'une des émissions les plus délirantes de ma vie.
     
    La radio debout, dehors, en mouvement. Micro sans fil dans la main droite. Montre radiocontrôlée dans la gauche. Casque sans fil, pour le retour de l'émission, pleins tubes dans mes oreilles. C'est tout, absolument tout. Aucune note. Juste des gens, autour de moi, la foule, des invités possibles, à l'arraché. Et la vie, oui simplement la vie. Loin du studio. Loin des structures, la vie, là où elle bat. La radio, c'est la vie.
     
    C'était le jour exact du 150ème anniversaire de la Suisse fédérale. Ce jour-là, la Diète fédérale avait accepté la nouvelle Constitution, moins d'un an après le Sonderbund. La Suisse devenait un Etat fédéral. Les radicaux avaient gagné. Il fallait réconcilier le pays.
     
    Alors, 150 ans plus tard, au milieu de la foule, j'ai aligné les heures d'émissions, en interviewant quasiment tous les conseillers fédéraux vivants : ceux en fonction en 1998, et tous les anciens, venus pour l'occasion. Pour la dernière fois, je crois, j'ai eu l'honneur, par exemple, de m'entretenir avec Kurt Furgler (1971-1986).
     
    C'était une émission folle. Pendant des années, nous n'avons fait que des émissions folles. Au 12.30h, puis à Forum. Mon concept était simple : pas de studio, on sort, on va à la rencontre de la vie, on se greffe sur l'événement, là où il se produit. Cette formule, simple et dynamique, fut tant de fois gagnante, pendant tant d'années. D'ailleurs, deux semaines plus tard, fin septembre 98, j'étais sur l'Oder, littéralement sur le fleuve, à Francfort, l'autre Francfort, celle que j'aime, ex-DDR, la ville de Kleist, avec plein d'invités en direct, sur la frontière exacte germano-polonaise, à l'occasion des élections allemandes, la fin de Kohl, l'arrivée de Schröder.
     
    Alors oui, j'aime le 12 septembre 1848, et il ne me gênerait que cette date devienne fériée. Mais j'aime, encore plus, la radio, le direct, le rythme, le souffle, l'imprévu. J'aime l'Histoire en marche. J'aime coller à l'événement, sans le lâcher. Frissonner avec lui.
     
    La vie, au fond. Simple et sublime.
     
     
    Pascal Décaillet