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Liberté - Page 1635

  • Indépendance sous perfusion



    Édito Lausanne FM – Lundi 18.02.08 – 07.50h



    Les aigles noires sur fond rouge, les klaxons, les cris de joie, un peu partout en Europe. Et, derrière cette liesse ma foi bien respectable, beaucoup de questions.

    Question 1 : suffit-il de se déclarer indépendant pour être, véritablement, indépendant ? La réponse est évidemment non. Pour être indépendant, il faut en avoir la force, la volonté sacrificielle, la puissance de combat à hauteur de son ambition. Il faut disposer de ses propres moyens de sécurité, et non fournis sous perfusion par un géant protecteur. Les Etats-Unis d’Amérique, par exemple.

    Question 2 : y a-t-il un immense mérite à proclamer son indépendance d’un pays, la Serbie, mis à genoux économiquement, politiquement, militairement par les mêmes Etats-Unis d’Amérique, après la campagne de bombardements du printemps 1999 ? Un pays au ban de l’Europe, qui ne veut en connaître ni la philosophie, ni l’Histoire. Un pays qui n’a, aujourd’hui, tout simplement, pas les moyens (hormis les actes isolés, qui malheureusement ne manqueront pas, de desperados) de s’opposer à cette indépendance. Aujourd’hui, mais demain ? Il ne faut jamais, dans l’Histoire, tenir pour morte une fierté nationale humiliée.

    Question 3 : aujourd’hui, le Kosovo, et demain ? Le pays basque ? La Bretagne ? L’Ecosse ? En quoi les volontés sécessionnistes de régions britanniques, françaises, espagnoles seraient-elles identitairement moins respectables que celles des Albanais du Kosovo ? Réponse : elles le sont tout autant, mais les indépendantistes de ces régions-là ont, face à eux, des nations autrement plus puissantes, plus crédibles, pour garantir leur intégrité, que la fragile Serbie d’aujourd’hui. L’Espagne, sentant venir le précédent, s’oppose d’ailleurs déjà à la proclamation d’hier.

    Question 4 : le Kosovo sera-t-il vraiment indépendant, ou ne sera-t-il, de facto, qu’un protectorat de l’Union européenne, des Etats-Unis d’Amérique, ou de la communauté internationale, dans la rude complexité des Balkans ? À cette question, nul, aujourd’hui, n’a de réponse. Il appartiendra aux Kosovars eux-mêmes de forger leur Histoire. Cela, souvent, passe par le sacrifice davantage que par les mots. Les Israéliens, qui ont proclamé leur indépendance en 1948 et aussitôt soutenu une guerre, en savent quelque chose. Une indépendance sous perfusion d’une grande puissance, ça n’est pas l’indépendance, c’est dépendre dudit puissant.

    Ces quatre questions, toutes les chancelleries d’Europe se les posent. Et c’est pour cela qu’elles ne se précipitent pas, ce matin, à reconnaître le Kosovo indépendant. Sans compter qu’il existe une puissance mondiale qui s’y oppose, la Russie. Ce qui, à terme, n’est pas, non plus, le dernier argument à placer dans la balance. Autre fierté nationale meurtrie, quoiqu’en phase de réveil. A ne sous-estimer en aucun cas.

  • Le haut lieu de la démocratie



    Édito Lausanne FM – Vendredi 08.02.08 – 07.50h



    Le mois de mai 2005 serait-il à ce point éloigné dans le temps que Nicolas Sarkozy ait la mémoire aussi courte ? Mai 2005, le non très clair du peuple français à la Constitution européenne, un non arraché par le souverain contre tous les corps intermédiaires : la classe politique, et surtout l’immense majorité des journalistes, dont Christine Ockrent, avec son émission « France Europe Express », véritable livre d’enluminures du bonheur communautaire, avait été la quintessence dorée.

    C’était un non du suffrage universel. Je serais très heureux qu’on m’explique quelle autre instance, en démocratie, peut être encore plus légitime. Dès le soir de leur défaite, les mauvais perdants avaient eu le front d’expliquer que le peuple n’avait pas compris les enjeux, qu’il en avait fait un plébiscite anti-Chirac, qu’il n’avait agi que par réflexe de peur, que décidément la France n’était – comme ontologiquement – pas faite pour ce genre de consultation. Que Chirac aurait bien mieux fait de s’en tenir à la ratification parlementaire.

    Et c’est, exactement, ce que vient de faire son successeur. Nicolas Sarkozy vient, hier, de faire passer en catimini, sur la pointe des pieds, sans fanfare ni trompettes, devant le Parlement, la ratification du nouveau traité, celui de Lisbonne. Pas de campagne. Pas de bruit. Pas de fureur. Les parlementaires, surtout quand on dispose d’une majorité taillée à sa botte, c’est tellement plus pratique que le peuple. Tellement plus simple. Tellement moins boueux. Tellement plus propre, plus lissé, plus présentable. Moins salé, moins iodé, moins tellurique dans ses surprises possibles. C’est vrai, quelle arrogance, ce peuple qui se permet de répondre « non », quand on lui pose une question !

    Ainsi se construit, doucement mais sûrement, d’un président l’autre, la différence entre le bonapartisme et l’orléanisme, entre le vieil appel au souverain universel et le retour aux corps intermédiaires. C’est une vieille dialectique de l’Histoire française. On la trouve aussi bien dans Tocqueville que dans Michelet. Je ne suis pas sûr, face aux enjeux profonds de la question européenne, notamment son déficit démocratique, qu’à terme, éviter le peuple résolve grand chose. Le consulter, c’est sonore, c’est risqué, mais ça donne des bases et une légitimité beaucoup plus solides que l’obédience d’un Parlement aligné couvert derrière son président. Le haut lieu de la démocratie, son lieu suprême d’arbitrage, ça n’est pas le Parlement, c’est le suffrage universel. C’est le peuple.



  • Couchepin: les maux sous les maux



    Édito Lausanne FM – Jeudi 07.02.08 – 07.50h

    La langue de Pascal Couchepin a-t-elle fourché ? Ou a-t-il, volontairement, tenté un jeu de mots dont il aurait sous-estimé le mauvais goût ? La réponse, nous ne la saurons sans doute jamais. Mais l’évidence est là : pour la deuxième fois en quelques semaines, la parole du conseiller fédéral a émis un rapprochement entre une personnalité UDC et le monde totalitaire de la Seconde Guerre mondiale.

    Phonétiquement, musicalement, le jeu de syllabes du Président de la Confédération est assez, avouons-le, salé, croustillant : il a associé le penseur de l’UDC, le conseiller national Christoph Mörgeli, l’un des proches parmi les proches de Blocher, au sinistrissime docteur Mengele, le bourreau des camps de concentration. Son esprit – ou son inconscient – a malaxé les syllabes de ces deux mots, et ça a donné « le docteur Mörgele ».

    Pascal Couchepin n’était ni dans une soirée privée, ni dans un bistrot de Martigny, mais devant une commission parlementaire, la très sérieuse commission de la science du Conseil national. En présence d’un certain Oskar Freysinger, qui, on l’imagine, ne s’est pas privé de s’étouffer d’indignation.

    La phrase exacte est : « J’ai failli dire le docteur Mörgele, mais je pense bien sûr à Mengele ». Elle a été prononcée juste à un moment où Mörgeli, membre de la commission, était absent. Le « J’ai failli dire », bien sûr, accrédite la thèse du faux lapsus, puisque le glissement  est volontairement mis en scène par le locuteur. Dans tous les cas, Couchepin, qui a dû se rendre compte qu’il était allé un peu loin, a tenu, hier après-midi, à calmer les choses, se disant « désolé si quelqu’un s’est senti blessé à la suite de cette intervention qui ne visait personne aujourd’hui ». L’affaire, à vue  de nez, devrait en rester là.

    Demeure une question : soit Pascal Couchepin avait fait exprès, et le jeu de mots est particulièrement malvenu. Soit c’est vraiment un lapsus, le glissement d’un mot sous un autre, à la place de l’autre. Et alors, il est urgent de recommander au Président de la Confédération quelques petites séances de consultation. Mais au fait, ce genre de séance est-il encore remboursé par l’assurance-maladie ?