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Sur le vif - Page 772

  • Le monde, sans les socialistes

     

    Sur le vif - Samedi 03.12.16 - 15.26h

     

    Je l'ai dit maintes fois depuis des années, je ne comprends absolument pas pourquoi les socialistes suisses, ainsi que les syndicats, s'accrochent à ce point aux principes de mondialisation et de libre-circulation. Eux qui prétendent protéger les plus faibles, ne voient-ils pas que les premières victimes d'un monde sans frontières sont justement les plus précaires d'entre nous ?

     

    Les socialistes et les syndicats s'accrochent à une libre-circulation qu'ils n'ont acceptée, il y a une quinzaine d'années, qu'à la condition qu'on lui adjoigne des mesures d'accompagnement. Or, AUCUNE de ces mesures, promises par les libéraux et le patronat, n'a été mise en oeuvre. Je dis bien : AUCUNE.

     

    Les socialistes et les syndicats, comment font-ils pour ne pas voir qu'un minimum de régulation des flux migratoires (personne ne parle de fermer les frontières), et aussi un minimum de protectionnisme (urgent et vital dans le domaine agricole) sont les seuls garants d'une protection des plus démunis, chez nous ?

     

    Les socialistes et les syndicats, au nom du vieux mythe de l'Internationale, vont-ils continuer à vouloir embrasser toute la globalité planétaire du monde, cette illusion, alors que les communautés humaines, surgies des entrailles de la terre, ont un vital besoin d’horizons définis, de bornes, de délimitations, en un mot de frontières au sein desquelles puisse s'exercer la loi voulue par tous, celle du démos.

     

    Si les socialistes, en Suisse comme ailleurs, continuent dans ce déni, dans cette béatitude internationaliste, s'ils continuent à ignorer le principe de la nation, à mépriser les lieux de mémoire et la communauté des souffrances, les classes populaires les quitteront définitivement. Le monde continuera. Mais sans les socialistes.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Décrispe-toi, Bébert, respire un coup !

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    Sur le vif - Mardi 22.11.16 - 16.42h

     

    Vous aimez votre pays ? Son Histoire, son destin à travers les âges, sa complexité. Son système politique. Ses langues, ses cultures. La bouleversante beauté de ses paysages, que vous voulez entretenir. Son système social. Vous aimez tout cela ? Eh bien, c’est que vous avez un problème : vous souffrez de « crispation identitaire ». C’est grave, docteur ? Oh oui ! Ça vous empêche de vous fondre dans le moule mondialiste. On en fusillerait pour moins que ça.

     

    « Crispation identitaire ». Pas un jour sans qu’un journaliste de la SSR, un sociologue invité, un « expert », un politologue ne vous serve ces deux mots. Oser prononcer le mot « identité » vous attirera immédiatement les foudres. Il y a des mots, aujourd’hui, auxquels on n’a plus droit : le mot « identité » en fait partie. Vous avez beau le définir comme une construction, rappeler que avez lu l’admirable essai d’Anne-Marie Thiesse, « La création des identités nationales », rien n’y fait : on ne prononce pas le mot « identité ».

     

    La vérité, c’est que nous vivons sous le joug d’une bande de censeurs. Les mêmes qui, tout l’automne, ont caricaturé la candidature Trump pour encenser celle de Mme Clinton. Les mêmes qui nous promettaient déjà Juppé à l’Elysée. Les mêmes qui, se prenant pour Thomas Mann, nous brandissent à longueur d’année les années trente (lire GHI de demain, j’y reviens). Eh bien moi je vous dis que cette bande de censeurs, nous devons lui répondre comme il se doit : en les envoyant aux fraises.

     

    « Crispation identitaire », c’est, au sens propre, définir ceux qui sont attachés à leur pays sous un angle médical. « Vous ne pensez pas juste, c’est que vous avez un problème, Monsieur. Musculaire. Une crispation. Penser juste, comme nous, c’est être bien dans son corps, dans ses muscles, comme après un bon massage ». Il y aurait donc deux catégories : les corps sains, et les « crispés ». En fonction de l’orthodoxie de votre pensée sur le rapport que vous avez le mauvais goût d’entretenir avec votre communauté nationale.

     

    Vous savez ce qu’il faut leur dire, à ces Vadius et Trissotins de la bonne pensée ? Il faut, de toute la puissance expectorée de notre appareil pulmonaire, celui qui par miracle aurait encore échappé à la crispation généralisée, hurler le mot de Cambronne.

     

    Et puis, se remettre à défendre nos arguments. Un par un. Millimètre par millimètre. Sans rien lâcher. Jamais.

     

     

    Pascal Décaillet

     

  • Vivre avec la mémoire

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    Sur le vif - Dimanche 20.11.16 - 16.11h

     

    Je suis né treize ans après la Seconde Guerre mondiale, et me suis mis à en lire l’Histoire dès l’âge de sept ans et demi, grâce à une remarquable Encyclopédie en trois volumes qu’avait achetée mes parents, à sa sortie en1965. Remarquable, parce que soucieuse, vingt ans seulement après la fin du conflit, et alors que les vainqueurs, notamment Anglo-Saxons, tenaient encore seuls la plume de l’Histoire, de laisser émerger une appréciable pluralité de voix et de témoignages pour l’époque. Speer, en 1965, était encore en prison (il en sort en 1966), « Au Cœur du Troisième Reich » n’était pas encore sorti en librairie, ni surtout l’indispensable critique de ce texte par un historien munichois, quelques années plus tard. Mais enfin, ce triptyque n’était pas exempt de voix allemandes, notamment sur le récit du 20 juillet 1944, et cela, en ce temps-là, était méritoire.

     

    Pendant sept ans, jusqu’en 1972, la bibliothèque de mes parents n’étant pas extensible à souhait, ces trois gros volumes ont constitué ma seule Bible sur le sujet, ou presque. L’été 1972, je l’ai passé intégralement chez un ancien combattant du Front de l’Est, tout au nord de l’Allemagne. Dans sa VW coccinelle vert bouteille, nous avons parcouru près de cinq mille kilomètres, dormi chez d’autres anciens combattants de ses camarades, passé des nuits à évoquer des souvenirs, visité maintes fois le Mur de Fer, où nous avons même, par hasard, rencontré une fois Genscher, alors ministre fédéral de l’Intérieur de Willy Brandt. A 14 ans, je m’étais entretenu avec un ministre !

     

    Le soir, nous regardions les nouvelles de la DDR, et ma foi, je ne les trouvais pas si mal faites. Un jour, je m’exprimerai sur ce pays, l’Allemagne de l’Est, et mon lien avec lui. En fin d’après-midi, dans le jardin, nous tirions à la carabine : je puis me vanter d’avoir eu, dans cet exercice un peu particulier auquel j’ai très vite pris goût, un sacré professeur.

     

    Cet été 1972 a révolutionné ma lecture de la Seconde Guerre mondiale. Le front russe m’a été raconté d’un bout à l’autre, sous toutes les coutures, sans le moindre souci de ménagement de l’image de la Wehrmacht. Il m’a été raconté de façon clinique, par un acteur ayant participé à l’intégralité de cette guerre, du 22 juin 1941 au 8 mai 1945. Quand je suis rentré en Suisse, je ne pensais qu’à cela, mais n’en ai guère parlé autour de moi, pas plus d’ailleurs que d’autres événements de cet été si particulier. Je relis mon journal de l’époque, pour lequel j’avais obtenu un premier Prix, il relate tout, très sagement, avec illustrations, cartes postales, croquis, il y a même ma photo avec Genscher et l’autographe qu’il m’avait signé. Mais pas un mot de ces conversations nocturnes sur la Guerre à l’Est. Je les avais gardées pour moi.

     

    Dans les quarante années qui ont suivi, je me suis replongé beaucoup plus à fond, comme on sait, dans tout cela, multipliant les séjours en Allemagne, emmenant mes élèves d’allemand sur des lieux de mémoire, comme Dachau (juin 1983), rencontrant et interviewant maintes fois mon ami August von Kageneck (1922-2004), officier de Panzers sur l’ensemble de la Guerre à l’Est, fils de l’aide de camp personnel du Kaiser. Sa version à lui du front russe (évolutive, du reste, au cours de ses livres), je ne pouvais m’empêcher de la confronter avec celle de l’homme chez qui j’avais vécu en 1972.

     

    Et puis, des livres, par centaines. Des témoignages. 51 ans après mon premier contact avec la Seconde Guerre mondiale (l’Encyclopédie en trois volumes de mes parents), ma perception des événements n’est plus du tout la même. Ni pour moi, ni pour personne, d’ailleurs. Parce que l’Histoire évolue. L’historiographie avance, corrige, retouche, contredit, rétablit, nuance. Et c'est cela qui est totalement passionnant : ce cheminement de crabe (lire Günter Grass !) vers quelques fragments de vérité.

     

    Vivre avec l’Histoire, c’est vivre avec l’évolution subjective de sa propre mémoire. Pour l’enrichir, il ne faut surtout pas être l’homme d’un seul livre, mais celui de milliers de témoignages entrecoupés, confrontés. Laisser surgir l’Archive. J’aime passionnément tout cela, parce que les morts revivent. Option métaphysique qui, en soi, n’est pas pour me déplaire. Excellente soirée à tous.

     

    Pascal Décaillet