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Sur le vif - Page 561

  • L'Alinéa, où souffle l'esprit !

     

    Sur le vif - Jeudi 25.04.19 - 16.47h

     

    J'ai longtemps pensé que la meilleure librairie du Département des Bouches-du-Rhône était Actes Sud, de Françoise Nyssen, au bord du Rhône, dans Arles, "où sont les Alyscans".

     

    Je ne connaissais pas encore "L'Alinéa", à Martigues. Aussi proche du Miroir aux Oiseaux, et des canaux entre Étang de Berre et Méditerranée, qu'Actes Sud, en Arles, jouxte le large Rhône, non loin du terme.

     

    Ce qui m'a fasciné, dans "L'Alinéa", n'est pas tant la taille de la librairie que l'extraordinaire rigueur intellectuelle et éditoriale qui prévaut au choix des livres.

     

    En absolue priorité de cette observation, je pense au rayon Histoire contemporaine, toujours le premier à éveiller mon flair et mes appétits.

     

    Celui de cette librairie-là est d'exception : Histoire de France, depuis la Révolution notamment ; Histoire coloniale ; Histoire extraordinairement fouillée des mouvements anti-coloniaux, ceux d'Indochine et surtout ceux d'Algérie, entre 1830 et 1962. Histoire du FLN, dans toutes ses composantes diverses, et parfois rivales. Histoire du Proche-Orient, du Maghreb, de l'Afrique sub-saharienne, très grande sensibilité éditoriale au monde arabe, à la question palestinienne. Histoire du parti communiste français, de 1920 à nos jours. Histoire des mouvements anti-coloniaux en Métropole. Histoire de la Provence, avec une perspective autrement moins folklorique que celle des Santons ou des chantres régionalistes locaux.

     

    La librairie L'Alinéa, à Martigues, est l'un des lieux de France où souffle l'esprit. De toute mon âme, avide de lectures nouvelles et inédites, contrariant les interprétations précédentes, pour créer (par la dialectique) l'infinie richesse d'une pensée paradoxale, seul moyen de construire un rapport vivant à l'Histoire, je vous recommande cet endroit de vie, de silence et de plénitude.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Ô vous, mère perdue !

     

    Sur le vif - Jeudi 18.04.19 - 12.28h

     

    C'est fou, cette précipitation de tant de belles âmes, suite à l'incendie de Notre Dame, à préciser immédiatement que "cet édifice dépasse le catholicisme", "dépasse la chrétienté", "dépasse la question religieuse", etc.

     

    Non qu'ils aient tort. L'attachement à Notre-Dame frappe en effet par son côté universel, croyants ou non, chrétiens ou non, Français ou non. Il y a là quelque chose de puissant, de patrimonial au sens très affectif. Quelque chose d'irrationnel qui "dépasse" bel et bien la seule dévotion.

     

    Mais pourquoi s'empresser, systématiquement, de le préciser ? Nous savons bien qu'une merveille comme Notre-Dame transcende le seul catholicisme, tout comme le Mur des Lamentations transcende (à mes yeux, qui l'ont contemplé à trois reprises) le seul judaïsme, tout comme la Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas (que j'ai eu le privilège de visiter dans mon enfance) transcende le seul Islam. Tout cela, nous le savons.

     

    Mais la précipitation à spécifier. Comme si la "dimension catholique", ou plus largement la "dimension chrétienne" d'une Cathédrale se devait d'être immédiatement relativisée. Comme s'il fallait aussitôt la placer dans un contexte plus large, dans une géométrie plus englobante. En faire la pièce d'une Grande Horlogerie.

     

    Et puis ce mot, "dépasser". Comme s'il fallait, toutes affaires cessantes, prendre de vitesse le phénomène spirituel. Sans tenter, pour le moins, de le considérer dans sa valeur intrinsèque. Dire "Notre-Dame est chrétienne", mais aussitôt passer à autre chose. Surtout ne pas s'attarder sur la nature religieuse de l'édifice. Au mieux, on en tiendra compte pour en décrypter les signes patrimoniaux.

     

    C'est une vision. Je ne suis pas sûr, simplement, que ce fût celle des bâtisseurs. Ni celle des millions d'âmes qui, pendant des siècles, sont venues en ces lieux comme on vient à une mère perdue, et qu'on voudrait tant retrouver.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La pierre angulaire

     

    Sur le vif - Mardi 16.04.19 - 09.28h

     

    J'ignore ce qu'Emmanuel Macron avait prévu de dire à 20h. Mais une chose est certaine : ce qu'il a dit, quelques heures plus tard, devant Notre-Dame, a été exceptionnel de justesse, de sensibilité, de rassemblement. Ces quelques mots, moi qui suis un adversaire acharné de ses choix politiques, m'ont touché droit au cœur. En cette nuit de feu, il a assumé totalement la continuité millénaire de la France. Ça n'était pas Macron qui parlait, c'était le Président.

     

    C'est exactement pour cela, pour des moments d'une telle intensité, que la France a besoin d'un chef d’État très fort. Pour transcender les clivages. Incarner l'unité nationale. Relisez le Discours de Bayeux, prononcé par Charles de Gaulle au début de sa traversée du désert, le 16 juin 1946. Il y définit la nécessité d'un personnage central, qui soit pour l'édifice national une pierre angulaire.

     

    Pierre angulaire : deux mots, exactement, de bâtisseurs de Cathédrale.

     

    Pascal Décaillet