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Commentaires GHI - Page 229

  • Humanités

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.02.16

     

    L’étude du grec ancien n’est pas un luxe réservé aux enfants des bourgeois. Elle n’a pas à l’être. Pas plus qu’elle ne devrait être une sorte de joyau de préciosité intellectuelle, pas vraiment nécessaire, mais qui sentirait bon l’élite. Voir les choses comme cela, c’est ne rien comprendre à la vraie valeur des études classiques. Et c’est bien mal connaître l’Histoire de Genève.

     

    Car la langue et la civilisation grecques exercent sur nous le miracle d’une ascendance maternelle. Elles nous donnent vie, nous nourrissent. Tous ! Et pas seulement les hellénistes. A l’époque de l’humanisme et de la Réforme, au temps des grands imprimeurs, Genève a été, dans le monde, une plaque tournante de la diffusion des textes grecs. Des noms de rues, dans la Vieille Ville, nous rappellent l’apport inestimable de ces grands esprits.

     

    Plus tard, au moment de l’indépendance grecque, Genève a su montrer sa proximité avec ce pays en voie d’affranchissement. Plus tard encore, d’immenses professeurs, comme Olivier Reverdin, Jean Rudhardt, mais aussi André Hurst et aujourd’hui leurs successeurs, ont transmis à des générations le goût du grec, via l’École de Genève.

     

    Nous voulons dire ici notre solidarité avec ceux qui se mobilisent (parents, enseignants, élèves) pour sauver la peau du grec à Genève. Il ne s’agit pas – il ne doit pas s’agir – d’un luxe, mais d’une part inaltérable de l’identité intellectuelle, spirituelle, littéraire de Genève. Jouer avec cela, c’est tenter l’appauvrissement. Là où nous avons la chance d’être si riches. Par le cœur. Et par l’âme.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Divine surprise

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.01.16

     

    Le PLR qui lance un référendum, c’est comme si les patriciens de la rue des Granges se mettaient, furibards, à battre le pavé. Comme un parfum de cassoulet, surgi de l’office domestique, mêlé à la lavande des draps de soie, dans le buffet qui dort. C’est une nouvelle qui fait du bien. Allez, disons une «divine surprise », mais on va encore me traiter de maurrassien.

     

    Le PLR, à Genève, c’est par excellence le parti du gouvernement. Ils ne cessent, l’air grave, de nous parler des « institutions », comme si ces dernières se limitaient au Conseil d’Etat et au Grand Conseil. Comme si, justement, la démocratie directe n’en faisait pas partie. Et là, patatras, voilà que, sur une histoire de déduction de frais de déplacement, ils nous balancent un référendum. Contre la modification de la loi sur l’imposition des personnes physiques, votée le 17 décembre dernier par le Parlement. Divine surprise, oui.

     

    Ce référendum est une excellente idée. Pour l’éclat du symbole : le grand vainqueur, ce ne seront pas les frais de déplacement (on a connu, dans l’Histoire, des sujets plus exaltants), mais ce sera… la démocratie directe, elle-même. Adoubée, enfin, par ceux-là même qui tendaient souvent à la rabaisser. Et puis, le grand vaincu, dans toute cette affaire, c’est le Conseil d’Etat : il a même désormais, contre lui, le parti de son président. Imagine-t-on l’Eglise attaquer Dieu par une collecte de signatures ?

     

    Bien sûr, ce ne sera pas Maastricht. Ni l’indépendance de l’Algérie. Ni l’entrée de la Suisse dans l’ONU. Non, ce sera un petit objet, bien de chez nous. Mais lancé par qui ? Par la fine fleur du pouvoir. Celui qui a pignon sur rue. Celui qui détient la Gabelle comme la Régale. Hommage à leur conversion. Divine surprise.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • DIP : Mai 68 à l'envers

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.15

     

    Avec ses 11'673 employés, le DIP (Département de l’Instruction publique) est le premier employeur du canton. A ce titre, il est, avec la Santé publique, l’un des postes les plus onéreux de l’Etat. Sa tâche est immense, reconnue par tous d’intérêt public, primordial même : former nos enfants dès le plus jeune âge, écoles primaires, secondaires, apprentissage, Université, etc. Transmettre la connaissance, le savoir-faire, la compétence. Des dizaines de milliers d’élèves, donc des milliers de profs, des spécialistes, du personnel administratif : on n’a rien sans rien. On ne construit pas une Ecole de qualité sans un appui massif de la manne publique.

     

    Tout cela, sur le principe, l’immense majorité des gens en conviennent. Qui de nous aurait intérêt à un affaiblissement de notre système de formation ? Seulement voilà, le temps est aux vaches maigres. Il faut faire des économies. Et on a clairement signifié au premier poste du budget cantonal qu’il devrait, comme les autres, en prendre sa part. Réduction de 5% de la masse salariale de l’Etat sur trois ans, loi « Personal Stop » qui gèle la création de nouveaux emplois : au sein du DIP, on voit venir ces échéances, même si la seconde est combattue par référendum, et l’inquiétude grandit. D’où la participation, le 10 novembre et le 1er décembre, aux journées de débrayage de la fonction publique. Il y avait du monde dans les rues, c’est vrai, mais n’oublions jamais que les manifestations de la fonction publique, aussi joyeusement organisées soient-elles, sont parmi les moins populaires, aux yeux de l’opinion publique.

     

    Pourquoi ? Mais pour mille raisons ! Allez regarder ce qui se passe dans le privé, vous y trouverez une autre précarité ! Pas de garantie d’emploi, pas de travail à vie, pas d’annuité, à moins de bénéficier d’une convention collective qui le stipule. Moins de vacances, de congés. Des boulots plus tendus, liés au rendement. Une participation beaucoup moins généreuse de l’employeur à la caisse de pension. Et en plus, comme contribuable, on doit renflouer le deuxième pilier des employés de l’Etat ! Ça fait beaucoup. Largement assez pour n’apitoyer que très modérément les employés du privé sur le sort de ceux de l’Etat. Ne parlons pas des indépendants, des petits entrepreneurs, qui mettent tout dans leur boîte, craignent de tomber malades, se démènent dans la jungle des charges sociales, etc.

     

    Alors voilà, l’esquisse de chienlit (oh, nous n’en sommes pas encore à Massu et Baden-Baden) qui a pu, çà et là, perler cet automne, profs qui débrayent, élèves qui contre-débrayent, ministre qui rompt la collégialité, climat de revanche droitière sur certains bancs libéraux du Grand Conseil, tout cela ne renforce pas l’autorité de l’Etat. Et lorsqu’on voit des élèves faire grève… contre la grève de leurs profs, on se dit qu’on assiste à un étrange Mai 68 à l’envers, où le pire désordre ne provient pas de ceux qu’on croit. Comme si la raison avait sauté une génération. Comme si la République prenait plaisir à nous montrer qu’elle n’est jamais exactement où on croit. Plus forte que les intérêts sectoriels. Mais toujours, du côté du besoin de transmission, de connaissance, en un mot d’élévation. Bravo les jeunes.

     

    Pascal Décaillet