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  • Pourquoi parlez-vous anglais, Mme von der Leyen ?

     
    Sur le vif - Vendredi 01.04.22 - 18.52h
     
     
    En quel honneur la Présidente de la Commission européenne prononce-t-elle l'intégralité de ses allocutions officielles en anglais ?
     
    Ursula von der Leyen est allemande. Elle parle un allemand d'une grande élégance, avec des tonalités musicales pleines de grâce, comme souvent nous l'offrent les gens de Basse-Saxe, région Hannover. A noter que cette personne cultivée parle aussi le français, impeccablement, très agréable à écouter. Elle a vraiment l'oreille musicienne.
     
    La France, l'Allemagne, sont pays fondateurs de l'Europe communautaire, avec l'Italie, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, au Traité de Rome de 1957.
     
    Le Royaume-Uni est entré beaucoup plus tard. Et surtout, il en est... sorti ! Il n'est plus membre de l'Union !
     
    Dès lors, en quel honneur la Présidente de l'UE devrait-elle systématiquement s'exprimer dans cette langue extra-continentale, parlée dans un pays non-membre ? Pourquoi, au fond, à part le français, l'allemand, l'italien, Mme von der Leyen ne parlerait-elle pas, de temps en temps, en grec moderne, en polonais ? Voire, comme elle semble vraiment douée pour les langues (je l'écris sans ironie), en finlandais, ou en hongrois ?
     
    Parler anglais, à ce niveau politique, c'est faire signe d'obédience. Au monde anglo-saxon. Aux Etats-Unis d'Amérique. Au monde des affaires, des transactions financières. Et, par les temps qui courent, à l'Otan. Dont le siège, comme par hasard, se trouve lui aussi à Bruxelles. Pas si loin de celui de l'Union européenne ! Contiguïté plus éloquente que toutes les démonstrations.
     
    L'Europe mérite mieux. L'idée européenne. Mieux que ce signal d'asservissement. L'Union européenne est un ensemble continental. Elle s'est bâtie, comme une Cathédrale, sur la clef de voûte franco-allemande. On aimerait entendre sa Présidente, qui parle si bien ces deux langues, s'exprimer avec les mots de Verlaine, ou ceux de Hölderlin. Et, si elle devait choisir ceux de Pétrarque ou de Pasolini, qui sont parmi les plus beaux de l'univers sonore, personne, mais alors vraiment personne, ne lui en voudrait.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Notre démocratie directe éclate de santé !

     

    Commentaire publié dans GHI - 30.03.22

     

    Nos compatriotes sont-ils bien conscients de la chance que nous avons en Suisse ? La démocratie directe ! Le référendum, mais surtout l’initiative populaire. Par ces deux mécanismes, le corps des citoyennes et citoyens, qu’on appelle « le peuple », existe comme institution à part entière de notre pays. Au même titre que le gouvernement. Au même titre que le parlement. Au même titre que le pouvoir judiciaire. Non seulement il existe, mais le vrai, le seul patron, c’est lui. Le parlement vote une loi ? Des citoyens la contestent ? Ils récoltent des signatures pour un référendum, un beau dimanche le peuple vote. Si le référendum passe, la loi passe à la trappe.

     

    Mille fois mieux : l’initiative ! Mieux, pourquoi ? Parce qu’elle ne se définit pas, elle, par rapport à un travail parlementaire. Je dirais même qu’elle laisse dormir tout le petit monde de la Coupole fédérale. Elle le contourne. Elle le court-circuite. Une idée vient du peuple. Un comité se forme. Il doit réunir cent mille signatures, ce qui est loin d’être facile. Et, à l’issue d’un vaste débat national, un dimanche, le peuple tranche. Si l’initiative passe, c’est la Constitution fédérale qui est amendée. Le parlement doit trouver des lois d’application. Il doit le faire dans l’esprit de l’article constitutionnel voté par le peuple et les cantons (la fameuse double majorité). D’en bas, l’Histoire suisse aura ainsi été écrite. Unique au monde !

     

    Les hommes et les femmes qui lancent des initiatives, tous bords politiques confondus, doivent être salués. C’est un travail extraordinairement difficile. Il faut du courage, de la persévérance. Il faut affronter l’adversité. Subir les quolibets des corps intermédiaires, le mépris des parlementaires, les leçons de juridisme des profs de droit, qui se permettent de décréter quel texte est recevable, lequel ne l’est pas. Ces gens-là, du haut de leur superbe, adorent venir s’interposer dans un processus démocratique où le peuple défie le peuple. Oui, les quelques partisans du premier jour donnent rendez-vous, un beau dimanche, à l’ensemble du corps électoral suisse. Plusieurs millions de citoyennes et citoyens, dûment informés par des mois de campagne et de débats. C’est quand même mieux que 246 parlementaires !

     

    Le droit d’initiative, au niveau fédéral, existe depuis 1891, l’année même où le pouvoir absolu des radicaux (sept conseillers fédéraux sur sept depuis 1848 !) a été tempéré par l’arrivée du premier catholique-conservateur (ancêtre du PDC), le Lucernois Joseph Zemp. En 130 ans, seules 24 initiatives, sur 225 soumises en votation, ont été acceptées. Un peu plus d’un dixième. C’est la preuve de l’extrême difficulté de l’exercice. Sans compter la nécessité d’obtenir la double majorité, peuple et cantons. Oui, ceux qui se battent pour un texte méritent notre admiration. On vote oui, on vote non. Mais le peuple, comme institution vivante de notre système politique, crée l’événement. Et ce rôle est incomparable. Je vous invite à chérir notre démocratie directe. Et même à la renforcer, dans l’avenir.

     

    Pascal Décaillet

  • Les yeux voilés

     
    Sur le vif - Jeudi 31.03.22 - 09.16h
     
     
    L’examen de ce qui s’est passé contre les russophones du Donbass, depuis 2014, n’intéresse pas nos belles âmes manichéennes. Elles feignent de l’ignorer, ou le nient. Parce que ces événements n’entrent pas dans leur schéma de lecture. Une fois pour toutes, elles ont défini le Bien et le Mal, elles s’y tiennent.
     
     
    Cécité volontaire, vieille comme la nuit des temps. On ne parle jamais de Hambourg, juillet 1943, ni de Dresde, février 1945. Deux Hiroshima avant l’heure. On ne parle jamais de la sauvagerie de trois années de bombardements anglo-saxons sur les villes allemandes, de 42 à 45. Vous croyez qu’on visait des objectifs stratégiques ? Vous plaisantez : on tapissait de bombes, larguées à très haute altitude. Les pires ? Les Anglais. J’étudie tout cela depuis l’adolescence.
     
    Ces actes-là n'exonèrent en rien l'Allemagne de ses crimes, à elle, dont on connaît le nombre, l'ampleur et l'horreur. Mais on se dispense d'en parler : établir et reconnaître les faits, tout simplement. Les vainqueurs écrivent l'Histoire : ils chargent le vaincu, et passent sous silence leurs actes, à eux. C'est vieux comme le monde.
     
    Cécité volontaire : on peut multiplier les exemples. Balkans années 1990-2000, Krajina, Serbes du Kosovo, bombardements aveugles de la Serbie, printemps 1999.
     
    L’Indignation est sélective. Les vainqueurs toujours écrivent l’Histoire, imposent leur récit. La « justice internationale » est toujours celle des vainqueurs. Que l’opinion publique, portée sur l’émotion, l’ignore, passe encore. Que ceux qui prétendent analyser le réel, comme les journalistes, le gomment, c’est gravissime. Parce que l’impératif premier, c’est celui de la lucidité.
     
     
    Pascal Décaillet