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  • Par pitié, pas les profs de droit !

     

    Sur le vif - Lundi 08.10.18 - 09.29h

     

    Par pitié, dans le débat du 25 novembre sur la primauté du droit suisse, qu'on nous épargne le doctes leçons des profs de droit !

     

    Un prof de droit n'a aucune espèce de légitimité supérieure à celle de n'importe quelle citoyenne, n'importe quel citoyen, à s'exprimer sur un sujet de votation fédérale.

     

    Il peut donner son avis comme citoyen. Comme nous tous. Comme citoyen, au milieu de cinq millions d'autres : le corps électoral, au niveau fédéral, en Suisse, se compose de tout homme, toute femme, de nationalité suisse, ayant 18 ans ou plus.

     

    Dans une initiative, de quoi s'agit-il ? De modifier la Constitution. Le peuple et les cantons disposent de ce pouvoir. S'ils disent, comme le 9 février 2014, "Il faut des quotas pour réguler les flux migratoires", eh bien il faudra des quotas pour réguler les flux migratoires. S'ils disent "Le droit suisse doit primer sur le droit international", eh bien le droit suisse devra primer sur le droit international. C'est aussi simple que cela.

     

    La souveraineté du peuple et des cantons, lorsqu'ils s'expriment sur des initiatives, ne saurait s'accompagner d'une application facultative par les instances de mise en œuvre. Cette souveraineté constitue un ordre - je dis bien : un ordre - donné par le corps des citoyennes et citoyens aux organes chargés de l'appliquer. Si ces derniers ne le font pas, ou minaudent, ou jouent la montre, ou dénaturent l'intention initiale, ce comportement constitue une trahison de l'ordre donné par le souverain.

     

    Quant aux profs de droit, ils ont beau connaître par coeur la Constitution, comme un prof de latin connaît par coeur Virgile, cette dernière ne leur appartient pas. Pas plus que le génie poétique de Virgile n'appartient au grammairien, jaloux de concordance des temps et de précision dans les déclinaisons.

     

    Non, la Constitution est écrite, remaniée, corrigée, au fil des décennies, par le peuple et les cantons. Ils en sont les auteurs, les inspirateurs. Les profs de droit sont là pour l'enseigner à leurs étudiants. Pas pour dire aux citoyennes et citoyens libres de ce pays ce qu'ils ont à voter.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Le pari de Pascal

     

    Sur le vif - Dimanche 07.10.18 - 14.44h

     

    Si le peuple et les cantons de Suisse décident, le 25 novembre prochain, que le droit suisse doit primer sur le droit international, eh bien le droit suisse devra primer sur le droit international.

     

    Car s'ils devaient décider cela, et que la mise en application, volontairement freinée par le Parlement comme dans le cas du 9 février 2014, aboutissait au contraire, ce serait là une éclatante démonstration de la mise sous tutelle implacable du souverain suisse par le petit monde qui passe des pactes, sans souci de les faire ratifier, avec l'étranger.

     

    Donc, une démonstration mathématique de la justesse de l'idée de l'initiative.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Le retour inexorable de l'Allemagne

     

    Sur le vif - Samedi 06.10.18 - 06.49h

     

    Il n'existe pas d'Union européenne. Politiquement, ce conglomérat est nul et non avenu. Mais il existe, sur le continent européen, une réalité parfaitement lisible et perceptible, depuis trente ans : la renaissance politique de l'Allemagne.

     

    Pendant les trois premières décennies de son existence, de 1957 (Traité de Rome) à 1989 (chute du Mur), la Communauté européenne était un organe utile pour la collaboration sur le continent. Elle avait pour vertu l'équilibre entre ses membres fondateurs, principalement entre la France et l'Allemagne, piliers de la Cathédrale européenne.

     

    À partir du 9 novembre 1989, l'équilibre de 1957 a été brutalement rompu. Un géant renaissait en Europe, avec la bénédiction des autres pays, et même sous les vivats. Le capitalisme de l'ouest phagocytait en rotant, tel un Moloch, la DDR, tout le monde applaudissait, sous prétexte que le communisme, "c'était mal". Nos beaux esprits, enivrés de reaganisme et de libéralisme, jugeaient à l'aune des idéologies, là où il fallait juger à l'aune des nations.

     

    Dans la longue, la passionnante, l'époustouflante Histoire de la renaissance allemande depuis le grand Frédéric II de Prusse (1740-1786), le 8 mai 1945 n'a été qu'une défaite d'étape. Le jeune Helmut Schmidt, 27 ans, qui venait de faire toute la guerre comme officier de DCA dans la Wehrmacht, et que j'ai eu l'honneur d'interviewer à Hambourg en 1999, l'avait parfaitement compris.

     

    Depuis la chute du Mur, et la réunification de 1990, l'Allemagne, sous l'impulsion du Rhénan catholique Helmut Kohl, incarnation des valeurs du Saint-Empire, à utilisé le paravent européen, la bannière européenne, pour camoufler la résurrection de ses ambitions stratégiques en Europe. Le comportement de Mme Merkel sur les Marches orientales, et jusqu'en Ukraine, va dans ce sens.

     

    Pourquoi les profs d'Histoire n'étudient-ils pas ces choses-là avec leurs élèves ? Pourquoi ne leur font-ils pas lire les Discours à la Nation allemande (1807) de Fichte ? Pourquoi ne leur parlent-ils pas du travail exceptionnel des Frères Grimm sur l'identité historique et dialectique de la langue allemande ? Pourquoi, en cette approche du centenaire du 9 novembre 1918, ne leur parlent-ils pas, en profondeur, de la Révolution allemande, de la terrible année 1919, des combats entre Spartakistes et Corps-francs nationalistes ? Nous sommes là, avec l'humiliation du Traité de Versailles, dans des causes absolument directes de la naissance et de l'éclosion du nazisme. Pourquoi les profs d'allemand ne font-ils pas lire à leurs élèves le "Novembre 1918" de Döblin, ou les "Réprouvés", d'Ernst von Salomon ?

     

    Il n'existe pas d'Union européenne. Il existe, au sein de cette structure fictive, une lente et inexorable renaissance de l'influence stratégique de l'Allemagne sur le continent européen. Ne pas voir cela, c'est passer à côté de l'essentiel.

     

    Pascal Décaillet