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  • Balkans : oui, une nouvelle guerre est possible

     

    Sur le vif - Vendredi 05.10.18

     

    Pour la première fois de ma vie, je suis d'accord avec M. Juncker ! Le Président de la Commission européenne estime parfaitement envisageable l'éventualité d'une nouvelle guerre dans les Balkans. Il a malheureusement raison.

     

    Là où je ne le suis plus, c'est lorsqu'il presse une foule de pays balkaniques d'adhérer à l'Union européenne.

     

    Je m'intéresse aux Balkans depuis une quarantaine d'années. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de m'y rendre. Sous Tito encore, avant 1980, je tâchais de lire ce que je pouvais trouver, en français ou en allemand, sur l'Histoire de cette région totalement passionnante. Il était clair, dès la mort de Tito (1980), que la Fédération des Slaves du Sud, datant de l'effondrement des deux grands Empires, l'Austro-Hongrois et l'Ottoman, n'allait plus durer très longtemps.

     

    Le pays, en Europe, responsable au premier chef du démembrement de la Yougoslavie porte un nom : il s'appelle l'Allemagne. L'Allemagne de Kohl. L'Allemagne de la Chute du Mur (9 novembre 1989). L'Allemagne de la réunification (1990). Le Mur tombé, le Rhénan Kohl a racheté la DDR, l'Allemagne de l'Est, à coups de colossaux capitaux. Il l'a littéralement achetée, oui, avec une gloutonnerie, une vulgarité, une absence totale de considération pour la Saxe et la Prusse historiques, indignes de tout ce qu'avait été, entre 1813 et 1866, l'aventure de l'unification.

     

    Je l'ai dit maintes fois, je le répète, la DDR valait mieux que cela. Elle méritait un autre traitement, dans les équilibres inter-allemands, si chers à un homme comme Willy Brandt (Chancelier de 1969 à 1974, l'homme de la génuflexion de Varsovie, décembre 1970), que ce "rachat", cette OPA du capitalisme le plus vil, le plus primaire, sur des terres, des populations, des traditions économiques et sociales qui n'avaient rien à voir avec cet ultra-libéralisme sauvage.

     

    Cette Allemagne des années 1990, celle de Kohl, désormais réunifiée, veut montrer à l'Europe qu'elle n'est plus le nain politique de l'après-guerre. Le terrain de démonstration, ce seront les Balkans. J'étais à Berne, à la fin du printemps 1991, lorsque Kohl et Vranitzky, Chancelier autrichien, se sont empressés de reconnaître les déclarations d'indépendance unilatérales de la Slovénie et de la Croatie. Ils l'ont fait sous le paravent "européen" : c'était une manœuvre des anciennes puissances tutélaires germaniques pour reconquérir, dans cette région stratégiquement précieuse, une influence, notamment économique et commerciale.

     

    Pendant toutes les années 1990, la Communauté européenne, devenue Union européenne, n'a cessé d'avaliser, d'embrasser, de faire siennes les positions de l'Allemagne de Kohl sur les Balkans. Il s'agissait, en lien étroit avec l'OTAN, donc avec les Etats-Unis, de briser des reins de la Fédération des Slaves du Sud, casser son influence, la remplacer par celle des capitaux "européens", entendez en majorité allemands, dans les Balkans. Pour cela, au milieu d'opérations militaires intra-balkaniques où la sauvagerie était omniprésente, on a volontairement noirci les uns (les Serbes), pour alléger le fardeau de responsabilité des autres. Exemple : ce qui s'est passé dans la Krajina croate.

     

    Au moment des événements du Kosovo, en 1998, et surtout 1999, les services secrets allemands, en lien avec ceux de l'OTAN, ont tout fait pour favoriser l'UCK, donc chacun connaît la légendaire douceur.

     

    Alors oui, une guerre dans les Balkans peut hélas revenir. Pour la simple raison que rien n'est réglé. On a laissé accéder à l'indépendance des pays qui n'ont pas les moyens militaires, ni économiques, de se défendre seuls, et qui viennent se masser sous la parapluie de l'OTAN. Entre les peuples de l'ex-Yougoslavie, rien n'est réglé, nulle véritable paix, les désirs de revanche sont immenses. Et ça n'est absolument pas l'adhésion de certains pays, ou pseudo-pays, à l'Union européenne, organe au demeurant en liquéfaction, qui va résoudre quoi que ce soit.

     

    Alors oui, pour une fois, il convient de donner raison à M. Juncker : les Balkans, un jour ou l'autre, peuvent parfaitement recommencer à s'embraser. Et tout le tragique de l'Histoire, dans ces pays qui me sont chers, repartir à zéro.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Que viendrait faire le peuple, dans cette idylle ?

     

    Sur le vif - Jeudi 05.10.18 - 10.02h

     

    Depuis que Mme Sommaruga est aux affaires, je ne suis d'accord avec rien de ce qu'elle dit, rien de ce qu'elle fait. Rien contre la dame à titre personnel, loin de là, mais opposition totale, géométrique, à chacun de ses propos, chacun de ses actes.

     

    Par exemple, malgré la fougue naturelle - et légendaire - qui me porte vers les humains, je n'aurais sans doute pas embrassé avec une telle ferveur M. Juncker. Je me fus, tout au plus, contenté d'un soufflet, en évitant d'un millimètre le contact physique, en ces temps de centenaire de la grippe espagnole.

     

    Ou encore, cette manie, face à chaque initiative, de la démolir avant même qu'on eût entendu les auteurs du texte, en nous promettant la mort du pays, les rats, la peste bubonique, les sauterelles, en cas d'acceptation. Quand elle entend le mot "initiative", la socialiste Simonetta Sommaruga, cent ans après le Comité d'Olten et la Grève générale, fonce aux abris.

     

    J'aime les initiatives, Mme Sommaruga ne les aime pas. J'aime la démocratie directe, Mme Sommaruga ne l'aime pas. J'aime que toute la Suisse débatte du même sujet, et pourquoi pas en s'engueulant, le temps d'une campagne, et qu'un dimanche l'affaire soit tranchée ; Mme Sommaruga n'aime pas ces choses-là. Elle doit les considérer comme du désordre, de l'imprévu, des fausses notes sur la partition.

     

    Mme Sommaruga est faite pour la quiétude de la Berne fédérale. Ce petit monde qui vit entre soi. Avec des juristes, des avis de droit, des ordonnances, des recours. La politique, comme un orchestre de chambre. Les pulsions de la vie, réglées comme du papier à musique. Que viendrait faire le peuple, dans cette idylle ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Jean-Pascal, vingt ans déjà

     

    Sur le vif - Jeudi 04.10.18 - 09.18h

     

    C'était un homme qui incarnait l’État et respirait la vie. Un combattant d'exception, rude comme le taureau, âpre à la tâche, porté par l'action. Son verbe, à nul autre pareil, surgissait de quelque fermentation, celle qui prend le temps, pour débouler, décocher, défriser, apaiser nos soifs d'étonnement. Il y avait du Gilles, il y avait du Ramuz, il y avait chez cet homme de droite des essences de rive gauche.

     

    Il n'était pas un littéraire, comme son prédécesseur Chevallaz, ni d'ailleurs un paysan, bien qu'il en eût la puissance, la structure. Il était juste un destin, jeté là, poussière d'étoile, arrachée à la terre.

     

    Il était un homme d'esprit qui aimait les gens. Il a aimé son pays, avec l'ardeur et l’incandescence d'une braise, celle qui de l'âtre, consumant les ceps, transmettant leur parfum comme un encens, donne à la salle obscure des rêves orangés.

     

    Oui, j'ai aimé Jean-Pascal Delamuraz. Il a représenté pour moi, pas toujours sur les choix, mais assurément dans l'exceptionnelle dignité de son rapport à la charge, ce que l'engagement politique peut produire de plus puissant : la liberté d'un homme, offerte au service de l’État.

     

    Pascal Décaillet