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  • "Grand Genève" : la fin du mirage

     

    Sur le vif - Dimanche 18.05.14 - 16.36h

     

    Au Grand Conseil, le MCG et l’UDC totalisent 31% des sièges, un petit tiers. Devant le peuple, aujourd’hui, sur un sujet de forte importance symbolique, ils emportent la majorité (51,1%) des voix. Ils sont donc suivis, pour refuser le financement genevois des parkings P+R en France voisine, par 20% d’un électorat qui n’est pas le leur, mais qu’ils réussissent à aller ravir aux autres partis. Pour la Nouvelle Force (que l’arrogant président du Conseil d’Etat, François Longchamp, croit bon sur la RTS d’appeler « Nouvelle Farce »), la victoire est considérable. Non seulement parce qu’elle montre la marge de progression qu’a devant lui ce Tiers Etats encore méprisé par les notables. Mais aussi, parce que c’est une victoire acquise dans le cœur de cible de leur combat : le rejet d’une idéologie transfrontalière qu’ils jugent abstraite, théorique, hors sol. Le corps électoral genevois, dans une majorité certes serrée mais bien réelle, leur a donné raison.

     

    Il n’est pas dénué de sel, ni de saveur, que cette victoire populaire intervienne au lendemain d’une défaite parlementaire, disons plutôt une pantalonnade, où, pour protéger le président du Conseil d’Etat et les siens, l’éternelle coalition d’intérêts du CEVA (elle tient depuis le 29 novembre 2009) a préféré la coagulation à la transparence. Puisse le peuple en garder quelque mémoire lors des échéances municipales, dans moins d’un an. Hier, au Parlement, se comportant comme s’il était chez lui, et parlant aux élus du peuple comme s’il était leur chef, le président du Conseil d’Etat a traité de menteurs une partie de la députation. Le même homme, il y a quelques mois, avait exigé du Grand Conseil un vote nominal, bafouant le principe de séparation des pouvoirs. On eût aimé, ce jour-là, entendre le président du Grand Conseil, toujours si aimable avec les ministres. Le même homme encore, au procès de la Banque cantonale, au mépris de la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l’exécutif, avait joué les Zorros, chargeant des accusés que la justice allait, plus tard, acquitter.

     

    Les partisans du « Grand Genève » tireront-t-ils la moindre leçon de leur défaite d’aujourd’hui ? Continueront-ils de nous concocter en laboratoire des recettes mathématiques dont la population ne veut pas ? Vont-ils encore longtemps passer accords et contrats avec la France voisine, sans que ces derniers ne reçoivent l’onction de la moindre légitimité démocratique ? Sur un plan de politique intérieure, les partis de l’Entente (PLR + PDC) vont-ils, sous prétexte de grands mirages transfrontaliers ou d’idéologie patronale ne voyant que le profit à court terme (au détriment du corps social local), prendre de haut les partis de la Nouvelle Force avec lesquels ils auraient pourtant beaucoup à entreprendre ? Vont-ils jusqu’au bout, aveuglément, soutenir un président du Conseil d’Etat dont l’arrogance, de plus en plus, le dispute à la personnalisation du pouvoir ?

     

    Telles sont les questions posées cet après-midi, en filigrane de cette votation. La défaite des conceptions de cabinet, abstraites et filiformes. Et surtout, comme un éveil au réel, la fin d’un mirage.

     

    Pascal Décaillet

     

  • CEVA : le Parlement enfariné, mais heureux

     

    Sur le vif - Samedi 17.05.14 - 11.18h

     

    Grand Conseil, séance spéciale CEVA + SIG.

     

    En définissant, juste avant 11h, un providentiel "comité d'experts" mandaté par le Conseil d'Etat comme plus crédible qu'une émanation des représentants du peuple, Luc Barthassat montre en quelle estime il tient le Parlement. Et nous brandit l'ultime ficelle. On s'adapte vite, quand on passe du côté du pouvoir.



    Triste jeu de masques. A l'image de cette l'intervention d'une rare arrogance - une de plus - du président du Conseil d'Etat. Le Petit Prince se croit chez lui, fait la leçon aux élus du peuple, comme s'il était leur chef. Et finit même, dans une chute longuement mûrie, par traiter de menteurs une partie d'entre eux. Il nous rejoue la scène de sa déposition au procès de la Banque cantonale. Les députés qui ont applaudi à cette galéjade ont-ils bien intégré la mission de contrôle qui est la leur ? Rappelons que le degré de connaissance du retard du CEVA qu'avait François Longchamp l'automne dernier - et son éventuelle volonté de reporter l'annonce de ce retard après les élections - sont au coeur du sujet. Qui est éminemment politique, et pas technique, comme on veut le faire croire.



    Le vrai problème, ce ne sont pas les retards du CEVA. Mais la gestion politique de l'information par le Conseil d'Etat, en période électorale. A-t-on, en haut lieu, l'automne dernier, imposé le silence sur une information majeure, qui eût été de nature à péjorer le résultat électoral des apôtres du CEVA ? Si oui, d'où vient la consigne de silence ?


    Dans ces conditions, on s'abstient au moins d'applaudir le Monsieur Dimanche du samedi, tant que la lumière n'est pas faite. Pour l'heure, elle ne l'est assurément pas.


    Singulier Parlement, qui abdique si vite de sa tâche de contrôle, pour se presser d'ovationner (est-ce là son rôle ?) le ministre exécutif sur lequel il devrait justement enquêter.


    Le vrai problème du CEVA, depuis des années, c'est cela. Cette coagulation des intérêts de ceux qui détiennent les manettes du pouvoir. Et les cordons de la bourse. En lieu et place d'un débat, ce matin, les attaquants n'étant au reste pas partis au combat en ordre de bataille, et d'étranges défections s'étant produites en leur sein, nous n'eûmes que limonade sans limon. Et pantalonnade sans pantalon.



    La CEP, d'ici une heure, sera donc refusée, et l'ordre règnera sur Genève.

     


    Comme toujours.

     

     

    Pascal Décaillet

     

  • Rénovons nos écoles délabrées !

     

    Publié dans GHI - 14 et 15 mai 2014


     
    A Genève, certaines écoles sont en lambeaux. Des bâtiments scolaires ayant mal supporté le poids des ans, et tout simplement plus dignes d’une République qui, à juste titre, entend faire de la formation l’une de ses priorités. Il ne s’agit pas, pour les élèves, les professeurs et le personnel administratif, de revendiquer un quelconque luxe. Mais simplement, la décence. Pendant plusieurs décennies, les pouvoirs successifs ont négligé la tâche qui incombe à tout propriétaire de bien immobilier : consacrer quelque 3% de l’investissement aux travaux de réfection et de rénovation. Résultats : des écoles naguère modernes tombent aujourd’hui en décrépitude. Le corps des citoyens doit réagir : il faut revoir les choix dans les investissements, et refaire des écoles une priorité. Comme sous Chavanne.


     
    Oui, sous ce grand conseiller d’Etat, l’un des plus importants de l’après-guerre, Genève a beaucoup construit. C’était le baby-boom, il fallait faire vite, on a beaucoup utilisé le béton, avec plus ou moins de bonheur. Mais le béton, dans les écoles comme dans les barrages, vieillit. Il faut constamment l’entretenir. Souvent, on ne l’a pas fait. Aujourd’hui, nous avons des écoles comme le Collège de Saussure, au Petit-Lancy, ou le Cycle d’Orientation du Renard, au Lignon, où la situation n’est plus supportable. Nous les citoyens, avons comme devoir d’Etat et de solidarité de nous mobiliser, faire pression sur les politiques, pour qu’élèves et enseignants puissent accomplir leurs tâches dans des conditions qui soient celles de l’un des pays les plus prospères de la planète, et non d’une République bananière qui aurait tout gaspillé et négligé le bien commun.


     
    Au Collège de Saussure, parents et élèves ont pris les choses en mains. C’est une démarche magnifique, citoyenne, qui doit être entendue. Ensemble, ils déposent au Grand Conseil la pétition « Étudier dans des conditions décentes ». Ils relèvent la mauvaise isolation du Collège, les émissions de CO2, le terrain de sport à l’abandon. Au C.O. Renard (Lignon), dont les travaux de rénovation ne doivent débuter qu’en 2019, ils revendiquent le droit pour leurs enfants d’étudier dans des conditions récentes. D’autres bâtiments scolaires à Genève sont trop vétustes. Encore une fois, il ne s’agit pas de créer des écoles cinq étoiles, mais juste, pour la République, de donner au enseignants et aux élèves le signal d’un certain niveau auquel elle veut bien considérer le monde de la formation. Pour ma part, j’ai toujours été parfaitement clair : l’école doit être notre priorité no 1.


     
    Dans le même temps, comme nous l’annoncions ici la semaine dernière, l’Office des bâtiments a déclaré le 30 avril en Commission des finances qu’il fallait chiffrer à 750 millions les besoins de l’Etat pour la rénovation de ses immeubles. Eh bien ces travaux, en accélérant le calendrier et en instaurant un ordre drastique de priorités chronologiques, il va falloir les entreprendre. La population ne comprendrait pas que le Canton ne le fasse pas. Alors qu’il ne cesse de nous brandir, comme un miroir aux alouettes, les gratte-ciel du PAV, les travaux somptuaires autour du CEVA ou certains investissements sur territoire français.


     
    Pascal Décaillet