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  • Le rôle du diable

     

    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 11.01.12



    Il faudrait enseigner l'affaire Hildebrand dans les écoles de journalisme. Comme un exemple extraordinaire d'inversion des rapports de responsabilité. D'un côté, le président d'une banque nationale empêtré dans une affaire où ses fonctions publiques et ses choix d'investisseur privé peuvent électriquement se toucher, ce qui est au mieux une lourde incurie, au pire une collusion d'une rare gravité. De l'autre, un conseiller national ayant contribué à ce que la chose, manifestement d'intérêt public, et même national, soit connue de tous. Et, pendant des jours, jusqu'à la démission du premier, on tombe sur qui, à bras raccourcis ? Sur le second ! Oui, on l'a fait jusqu'au dernier moment, tant qu'on pouvait. Oui, on a réinstallé Blocher dans son rôle taillé sur mesure : le rôle du diable. Oui, la majorité des éditorialistes de ce pays, désolé Chers Confrères, sont désespérants.


    Imaginons, une seconde, que le conseiller national ayant eu vent de l'affaire (via une indiscrétion de la banque) n'ait pas été Christoph Blocher, bête noire absolue de nos beaux esprits, mais un élu lambda, bien centriste, bien poli, n'élevant jamais la voix, bien rasé. Allez, disons un gentil PLR, un gentil PDC, ou même un gentil Vert. Dans ce cas-là, le messager, tout le monde s'en foutrait comme de l'an 40 ! Imaginez que ce fût un Dick Marty : on ferait révérence, bien aplatie, devant le courage du chevalier blanc. Mais là, l'aubaine ! Le colporteur, le délicieux petit salopard, c'est Blocher ! Ah, les belles étrennes, ah le somptueux cadeau de début d'année : le Mal absolu, la main dans le sac.


    Alors, pendant des jours, on n'a pas parlé « d'affaire Hildebrand », mais « d'affaire Blocher-Hildebrand », voire « d'affaire Blocher ! ». On a tout cherché, dans tous les sens, pour exonérer le patron de la BNS de la moindre charge possible. A l'inverse, on a défini comme cible unique « l'élu ayant enfreint la loi ». On s'est fait juriste, procureur, exégète du juste et du rigoureux. Tout cela, pour mieux oublier Hildebrand lui-même, évidemment victime, l'Agneau, d'une cabale. Et cela a failli marcher. Jusqu'au jour où l'intéressé lui-même, acculé par les siens pour des raisons qui restent d'ailleurs à éclaircir, a quitté le navire. Et même là encore, on a crié à la victime, l'homme d'honneur cédant à la meute. Et jusqu'à la présidente de la Confédération lui réitérant, peu auparavant, sa confiance. Ah, le délicieux petit monde ! Ah, la douce Confrérie ! Je te tiens, tu me tiens, et la barbichette est reine, souveraine. Tellement bien, entre soi ! Surtout, qu'on ne vienne pas nous déranger. Ni Blocher, ni personne ! Qu'on nous laisse, entre nous, couler des jours paisibles. Nous qui sommes du côté du Bien. Dans la neige immaculée de nos consciences.



    Pascal Décaillet

     

  • La citation du jour

     

    Mardi 10.01.12 - 14.06h

     

    "Genève a 105 kilomètres de frontière avec la France, et la situation de la sécurité à Genève est, en grande partie, due à cette proximité française".



    Isabel Rochat - Mardi 10.01.12 - One FM

     

     

  • La faute au Diable

     

    Sur le vif - Lundi 09.01.12 - 15.55h

     

    Nous n'étions pas très nombreux, pendant ces quelques jours de Fêtes, à refuser d'inverser le principe de gravité entre un président de Banque nationale ayant utilisé des informations à fins privées, et un conseiller national (nécessairement le Diable, puisque honni de toute la presse suisse, ou presque) ayant contribué à rendre l'affaire publique. Que le président du PLR suisse, Fulvio Pelli, ait déclaré qu'il aurait fait la même chose, ne fut strictement relevé par personne. Comme s'il y avait des choses qu'on peut entendre, ou dire, d'autres non.

     

    Au-delà de M. Hildebrand, qui tire aujourd'hui les leçons de l'affaire, c'est sur l'état de la presse suisse qu'il convient, une nouvelle fois, de s'interroger. Ces lames de fond d'unanimité. Ce refus de regarder en face certaine réalités. Et vous allez voir: dès cet après-midi, ils vont dire que le pauvre M. Hildebrand a dû jeter l'éponge sous la méchante pression. Et que tout est, une fois de plus, la faute au Diable. Désespérant.

     

    Pascal Décaillet