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  • Le coup bas contre KKS

    Sur le vif - Jeudi 25.08.11 - 10.45h

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    Lorsque le grand hebdomadaire de la droite suisse démolit la plus brillante personnalité de cette même droite, on se dit que l'affaire n'est pas tout à fait banale. En une de la Weltwoche de ce matin, à la manière du « Wanted » des westerns, la présidente du gouvernement saint-gallois, la femme qui aurait dû être conseillère fédérale et à laquelle le Parlement, pour d'obscures raisons, a préféré Johann Schneider-Ammann : l'ultra-compétente Karin Keller-Sutter. Le grief, évidemment sans appel aux yeux de la Weltwoche et de ceux qui soutiennent cet hebdomadaire : la « dame de fer » saint-galloise serait intervenue en 2008, contre la décision de l'ODM (Office fédéral des Migrations) et du Tribunal administratif fédéral, pour favoriser une famille de requérants devant être renvoyés en Turquie.

     

    L'affaire, bien sûr, devra être examinée. Mais le procédé mérite décodage. On sait la Weltwoche très proche de l'UDC, ce qui est au demeurant son droit le plus strict et offre aux lecteurs de Suisse alémanique une vision appréciée par quelque 30% de la population du pays. Une approche éditoriale, à coup sûr, qui manque en Suisse romande. Mais sur ce coup-là, vraiment, la ficelle est plus énorme qu'un câble de téléphérique. Il faut savoir qu'à Saint-Gall, la lutte pour le Conseil des Etats, cette année, s'annonce aussi passionnante que terrible, puisqu'elle oppose, pour deux sièges à décrocher, quatre stars de la politique suisse : Karin Keller-Sutter (PLR), donnée (jusqu'au coup bas de ce matin !) comme favorite, Eugen David, l'un des plus brillants sénateurs du PDC, Paul Rechsteiner (PS), président de l'Union Syndicale Suisse, et... Toni Brunner, président de l'UDC suisse. Oui, le 23 octobre au soir, tout le pays aura les yeux rivés sur Saint-Gall.

     

    Avec ce carré de combattants, dire qu'il y a rivalité à droite relève de l'euphémisme. En politique, nul besoin d'avoir lu Plutarque ou Machiavel pour savoir que le pire ennemi est toujours à chercher dans la proximité, dans la famille (idéologique), dans la similitude. La brillante dame de fer est donc la cible idéale pour l'UDC et pour la Weltwoche, la femme à abattre. La ligne de KKS étant, au fond, très proche de celle de Toni Brunner, il est inimaginable que les Saint-Gallois envoient ces deux personnes au Stöckli. Il convient donc, mathématiquement, d'exécuter la politicienne pour sauver les chances du président national de l'UDC. CQFD.

     

    Reste à savoir une chose : qui, du PS ou du PDC, s'est associé aux milieux proches de l'UDC pour faire sortir, comme par hasard, cette affaire juste maintenant. Je n'ai pas la réponse à cette question. Mais je sais un peu, dans les affaires d'exécution, comment certaines alliances, souvent  fort étonnantes, peuvent fonctionner.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • Sept personnages en quête de hauteur

     

    Sur le vif - Mercredi 24.08.11 - 17.54h

     

    Naître avant même que d'être, voilà donc une nouvelle vertu de Phénix, ce légendaire oiseau qui, comme l'écrit Apollinaire, « s'il meurt un soir, le matin voit sa renaissance ». Phénix, prophétisé à grand fracas, il y a quelque temps,  par Isabel Rochat, magicienne des noms de code, Figaro-ci, Figaro-là, la conseillère d'Etat qui règne par les délicieuses et sataniques vertus de l'Incantation.

     

    Phénix, apprend-on aujourd'hui, sera anticipé. Il y aura, plus tôt que prévu, davantage de policiers dans les rues. Sur le fond de la décision, rien à dire : c'est celle que tout le monde attend, que tout le monde demande. Mais sur le tempo politique, quelle catastrophe ! Voilà des semaines qu'à tort ou à raison (cf notre précédente note), le thème de l'insécurité embrase Genève. Voilà des semaines que le Conseil d'Etat, au lieu de donner l'impression de suivisme qui domine la décision d'aujourd'hui, aurait pu prendre les devants. Être en amont, plutôt que courir derrière.

     

    Car enfin, quoi ! Si vraiment l'insécurité genevoise augmente, comme le reconnaît aujourd'hui le Conseil d'Etat, fallait-il attendre la fin de l'été pour agir ? Juillet et août seraient-ils des mois morts ? A l'époque des réseaux internet, nulle séance à distance des sept conseillers d'Etat n'est-elle possible ? Avec prise de décision immédiatement exécutive. De qui a-t-on peur ? Des syndicats ?

     

    Le résultat de tout cela, c'est un gouvernement qui prend de bonnes décisions, mais qui, hélas, les prend trop tard, donne l'impression de céder à l'air du temps, de courir derrière. De la même manière, ce Conseil d'Etat de beau temps et de personnes bien élevées aura mis des mois et des mois avant de reconnaître enfin la nécessité, en matière de retour à l'emploi, d'une préférence aux résidents. Là aussi, c'était bien, mais c'était tard.

     

    Ce qui manque à ce collège, c'est la puissance d'anticipation. Pour les plans quadriennaux et les mouvements lourds, il possède sans doute cette vertu. Pour les décisions plus réactives, qui exigent d'aller vite, il a encore une sensible marge de progression.

     

    A coup sûr, un collège dirigé, pour toute une législature, par une personne forte, justement investie des dossiers les plus sensibles (la sécurité, aujourd'hui, en est un), pouvant imprimer sa marque sur le cours des choses, faciliterait la rapidité de réaction. Je parlais tout à l'heure de « tempo ». Voilà qui rappelle l'un de nos plus grands conseillers fédéraux, que j'ai eu l'honneur d'interviewer, à Bâle, en 1993, pour ses 80 ans : il était socialiste et s'appelait Hans-Peter Tschudi. Au pas de charge, animé par une volonté farouche et une éblouissante lucidité de l'action, il a mené la réforme de nos assurances sociales. Sans formules incantatoires. Non. Juste la passion politique.

     

    Pascal Décaillet

     

    *** PS - 18.49h - A entendre, à l'instant sur la RSR, la réaction de Christian Antonietti, de l'UPCP (Union du Personnel du Corps de Police), on mesure l'ampleur de la pression syndicale sur le monde politique. En République, il est bon que les syndicats existent. Pas qu'ils se substituent eux élus.

     

     

     

  • Genève : la mémoire un peu courte de Mme Calmy-Rey

     

    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 24.08.11



    C'est léger, volatile, volage même, ça change de couleur avec la moindre humeur de mode ou de saison : ça s'appelle un thème électoral. Ce printemps, on ne jurait que par le nucléaire, ses dangers, Fukushima. Ueli le Climatique était devenu l'Energétique, ne parlait plus chaleur mais Apocalypse, son discours était devenu biblique, son verbe se parait de l'écarlate incandescence des prophètes. C'était presque beau. Et puis là, tout à coup, patatrac, fini le recul des glaciers, fini le Jugement dernier, on ne parle plus que d'insécurité. C'est parti de Genève, le Mammouth s'est auto-excité sur le sujet. On a l'impression, à entendre certaines ondes publiques ou lire certains quotidiens orangés, que traverser la Ville de Calvin sans garde du corps relève de la folie. Que l'arme blanche guette chacun de vos pas. Que la canaille, couteau entre les dents, vous attend.

    Juste un peu de mémoire. Il y a exactement deux ans, en pleine torpeur d'août 2009, le même embrasement sécuritaire s'est produit. Nous étions à deux mois des élections cantonales. Nous sommes, aujourd'hui, à la même distance des fédérales. Troublant, non, la similitude de ces flambées ? Oh, il ne s'agit pas de nier les faits : les agressions, à Genève, sont bien réelles, sont en effet en augmentation, les policiers manquent, tout le monde en convient. Mais enfin, désolé, Genève n'est pas encore le Bronx. Ce qui enfle et se dilate avec la canicule, c'est le discours. Et ce qui tétanise les prunelles, c'est le dimanche 23 octobre.

    Cette exagération aura ses effets pervers. D'abord, en généralisant l'idée d'insécurité, elle manque de respect pour les vraies victimes d'agressions, Dieu sait si leur souffrance, leur solitude aussi parfois, mérite notre attention. Et puis, nécessairement, quand l'hystérie sera passée, on reprendra les mots des uns et des autres. Et on ne manquera pas d'en dégager la part de récupération politique. A cet égard, la tentative d'ingérence d'une présidente socialiste de la Confédération, ancienne conseillère d'Etat genevoise, dans la question sécuritaire au bout du lac, aussi inopportune qu'inélégante, n'a pas à être décryptée autrement que comme un petit coup de main à ses copains de parti, en pleine période électorale. Et justement, les socialistes et la sécurité, à Genève, parlons-en ! Un conseiller d'Etat passif, Laurent Moutinot. Un procureur, Bernard Bertossa, béni et adoubé, du temps de sa splendeur, par une presse en pâmoison, ne définissant comme priorité que la lutte contre le crime en col blanc. Des années d'errance et d'échec, qui interdisent aujourd'hui à une représentante de ce parti, fût-elle la première dame de l'exécutif fédéral, de venir faire la leçon à qui que ce soit. Bref, un coup d'épée dans l'eau. Vous me direz que ça s'est vu, tout de suite. Mais alors, de grâce, pourquoi personne, ou si peu, ne l'a-t-il relevé ?

    Pascal Décaillet