Liberté - Page 446
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Le champ du possible
Sur le vif - Mardi 11.05.21 - 01.33hProfs d'Histoire, en ces heures où tout s'embrase à nouveau,enseignez à vos élèves ce qu'est l'Esplanade des Mosquées ! Ce qu'est le Mur des Lamentations ! Ce qu'est le Saint Sépulcre ! Racontez-leur Jérusalem ! Initiez-les à l'Orient compliqué !Plus ils sauront, moins ils seront péremptoires, moins ils seront partisans, moins ils seront unilatéraux. Plus ils respecteront l'ensemble des peuples impliqués dans les conflits.Je suis allé maintes fois au Proche-Orient, depuis mon premier voyage familial, en 1966. Pour l'enfant de huit ans que j'étais, un éblouissement, pour la vie. Onze mois plus tard, c'était la Guerre des Six Jours.Il faut ouvrir les livres d'Histoire. Les laisser parler. Les confronter. C'est l'œuvre d'une vie, jamais accomplie, toujours recommencée.Il faut se confronter aux textes, aux langues, aux témoignages.Je suis, depuis des années, sur une entreprise gigantesque autour de l'Histoire de l'Allemagne, de 1522 à nos jours. Plus j'ouvre des livres, plus je dévore, plus je suis saisi de vertige devant l'immensité de ce qui me reste à accomplir. C'est terrifiant, mais nourrissant.Il faut, toute sa vie, cheminer vers la connaissance, vers le langage. Non pour résoudre. Mais, peut-être, pour écarter un peu le champ du possible.Pascal DécailletLien permanent Catégories : Sur le vif -
Les Verts : tous les pouvoirs !
Commentaire publié dans GHI - 05.05.21
Les Verts ? Ils ont maintenant, à Genève, d'innombrables leviers du pouvoir. Au Conseil d'Etat. Au Parlement. Dans une quantité de commissions. Au sein des régies publiques. Ils ont pour eux la presse, en pâmoison. L'air du temps. Le vent des modes. La doxa climatique, irréfutable.
Ils nous imposent leur langage : "urgence climatique", "bilan carbone", "transition énergétique". Et les autres partis, bien penauds, bravaches, reprennent en chœur. Terrorisés par l’idée de déplaire aux Verts.
Les Verts ne sont plus l'opposition, pour peu qu'ils l'aient jamais été. Ils sont le pouvoir. A Genève, ce dernier s'exerce dans la transversalité, l'horizontalité, l'infiltration. Et puis, ils recasent leurs anciens magistrats : quand vous cessez d'être Conseiller d'Etat Vert, vous continuez d'exercer le pouvoir, autrement.
Les Verts sont partout. Fort bien. A nous de les considérer comme le parti du pouvoir à Genève, un peu comparables à ce que furent les bons vieux radicaux vaudois dans les décennies d’après-guerre. Ils détiennent les manettes, tant mieux pour eux. A nous de les toiser, les critiquer, les juger. A nous de nous montrer particulièrement attentifs aux éventuels abus de ce pouvoir, là où il opère. Non parce qu’ils sont les Verts. Mais parce qu’ils sont le pouvoir. Et que tout pouvoir, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, doit nous inspirer lucidité, courage de nous opposer, et viscérale méfiance.
Pascal Décaillet
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L'amour partagé du sens et de la langue
Sur le vif - Mercredi 05.05.21 - 16.06hJ'ai toujours été opposé à l'idée de coller des images sur des mots. Comme dans certaines méthodes scolaires d'enseignement des langues, niaises et méprisantes pour la capacité d'abstraction de l'élève.Un mot est un mot. A lui-même, il se suffit. Par son simple énoncé, sonore ou écrit, il porte le sens. Si j'écris "éléphant", vous voyez immédiatement l'animal, dans votre cerveau. Nul besoin pour moi, à moins de vous prendre pour de parfaits demeurés, d'en dessiner un, juste en face du mot, pour être sûr que vous ayez saisi.De même, j'ai toujours méprisé l'usage des rétroprojecteurs. J'ignore s'il en existe encore, mais il fut un temps, années 80, 90, où tout locuteur, devant une assistance, se croyait obligé de soutenir son discours par le plan de ce dernier, doucement dévoilé au fil des mots, parce qu'on tient caché ce qui va suivre. Ca s'appelle prendre les gens pour des cons.Or, les gens ne sont pas cons. Si vous les regardez en face, dans les yeux, en vous tenant debout, si vous parlez d'une belle voix, claire et posée, avec des syllabes articulées, du rythme, des silences, de la conviction, rassurez-vous : le message passera. Et vous n'aurez besoin de nul autre support que celui de votre éloquence.Il ne s'agit pas d'effets d'orateurs. Non. Juste parler. Vouloir convaincre, ou expliquer. Utiliser sa voix, ses cordes, son sourire, son humour, créer une complicité avec l'auditeur. Rien de plus. Ni Démosthène, ni Cicéron, ni Bossuet. Non, juste un humain qui s'adresse à d'autres humains. Dans l'amour partagé du sens et de la langue.Pascal DécailletLien permanent Catégories : Sur le vif