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Liberté - Page 1048

  • SSR : le géant commence à tituber

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    Edito paru ce matin en première page du Giornale del Popolo, sous le titre "Il Gigante incomincia a titubare" - Mercredi 17.06.15

     

    50,08% ! L’un des résultats les plus serrés dans l’Histoire de notre démocratie directe. Ils ont eu chaud, très chaud, les responsables de la SSR, pendant tout l’après-midi de ce dimanche 14 juin. « A la raclette », comme on dit en Valais : c’étaient d’ailleurs les mots du président de la SSR, Raymond Loretan, sur le plateau de mon émission dimanche soir, sur la chaîne privée genevoise Léman Bleu. Mais enfin, la loi passe : il y aura bien réforme du mode de perception de la taxe, un sujet technique que presque tout le monde avait oublié, tant l’essentiel des débats, dans toute la Suisse, s’était porté sur une autre question : pour ou contre la SSR ?

     

    La campagne aura été mémorable. Les partisans, d’un bout à l’autre, n’ont cessé de nous répéter l’enjeu réel du scrutin (la réforme de la taxe), mais plus ils s’égosillaient, plus les opposants braquaient leurs projecteurs sur la SSR, trop grosse, trop gourmande, trop de chaînes, trop de bureaucratie, trop à gauche, trop européenne, bref une addition d’excès. Et plus les partisans leur disaient « Ça n’est pas le sujet ! », plus les autres en rajoutaient. Devant l’opinion publique, ils marquaient des points, les opposants, parce que jusqu’à nouvel ordre, on a le droit de discuter de ce qu’on veut. Et puis, si la discussion a dévié, il faut bien croire que cela correspondait à un besoin profond, longtemps retenu, de la population : pouvoir enfin s’exprimer, pas seulement au bistrot mais par la voie des urnes, sur ce Mammouth, gigantesque, pesant, aux appétits démesurés.

     

    La campagne a été rude. Du côté des opposants, l’USAM n’a pas ménagé ses adversaires, notamment en Suisse alémanique. Du côté des partisans, d’incroyables arguments ont été utilisés : en Suisse romande, on a traité de « mauvais Romands » les opposants, parce qu’ils affaibliraient la SSR, au bénéfice (comme le Tessin !) de la fameuse « clef de répartition » de la redevance. Rationnellement, l’argument était faux, puisque précisément la SSR ne perdait pas un centime dans cette votation. Mais voilà, le combat n’avait rien de rationnel : petit à petit, les gens ont laissé sortir des années, voire des décennies, de colère rentrée contre un diffuseur public national jugé trop gâté. D’ailleurs, le résultat le plus étonnant est celui du Tessin : 52% de non, alors que votre canton tire beaucoup de bénéfices de la clef de répartition. Donc, au Tessin comme ailleurs, on a voté clairement sur autre chose que sur l’enjeu : pour ou contre la SSR, pour ou contre ses programmes, pour ou contre la Berne fédérale, peut-être. Comme si le scrutin fonctionnait comme révélateur des malaises propres à chaque région. De la même manière, pourquoi diable le Valais a-t-il, seul en Suisse romande, dit non (53,5%) ?

     

    Et maintenant ? Eh bien, la transformation du paysage médiatique suisse ne fait que commencer ! Nous sommes en pleine révolution des habitudes de consommation, des supports de réception, des modes de production. Et on vient encore nous parler d’un immense consortium national, une usine à gaz, avec des structures incompréhensibles (l’organisation institutionnelle, parallèle à la hiérarchie professionnelle), un budget démesuré, un géant blessé qui commence à tituber, et dont les faux pas risquent encore de faire bien des dégâts. Car en termes d’image, même avec sa victoire à la Pyrrhus à 50,08%, la SSR a perdu la bataille. Le réformer, la dégraisser, est désormais à l’ordre du jour, sur toutes les lèvres de Suisse, de Chiasso à Schaffhouse, de Sion à Coire !

     

    Oui, la bataille des médias ne fait que commencer. La SSR, paraît-il, fait du « service public ». Fort bien ! Et le Giornale del Popolo, il n’en fait pas, en informant jour après jour ses lecteurs ? Et les TV régionales privées, en collant à la proximité de leurs spectateurs ? Et la NZZ, avec ses pages politiques et économiques et culturelles ? Fini, le temps de l’arrogance de la SSR, comme si elle était seule au monde à produire de l’information sérieuse : le géant commence à tituber. Ça n’est pas encore la chute. Mais le temps de l’orgueil et de la superbe est terminé.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le Mammouth et ses gentilles petites soeurs

     

    Sur le vif - Lundi 15.06.15 - 10.38h

     

    Les grands vainqueurs du scrutin d'hier sont les TV régionales en Suisse romande. Non parce qu'elles vont toucher des miettes supplémentaires. Mais parce qu'enfin, pendant cette campagne, leur rôle a commencé à être reconnu. Leur rôle, dans quel domaine ? Mais précisément dans celui du service public ! Leur rôle, au coeur même de ce fleuron dont la SSR a toujours tenté de s'arroger le monopole.

     

    Dans ces conditions de début (timide) de redistribution des cartes dans les années qui vont venir, insupportable est le paternalisme soudain de la SSR, parlant à ces TV régionales comme à de gentilles petites sœurs, "nous sommes du même monde", "notre combat est le même", "notre seul adversaire, ce sont les géants étrangers", "bâtissons ensemble une place médiatique suisse forte".

     

    Tous ces poncifs œcuméniques mielleux, que révèlent-ils ? La soudaine faiblesse du Mammouth face à ces dérangeantes petites sœurs. Non en termes économiques, où il demeure totalement dominant. Mais au fond, dans un domaine bien plus dangereux : celui du combat d'images. Le travail acharné, le tissage quotidiennement renouvelé des TV régionales privées (Canal 9, La Télé, Léman Bleu, etc.) pour produire une information de proximité vivante, DONC JUSTEMENT DU SERVICE PUBLIC, commence doucement à porter ses fruits dans l'opinion. Il faudra encore de longues années d'un labeur chaque jour recommencé, pour affiner, améliorer, parfaire cette présence de proximité, mais quelque chose est lancé, qui pourrait aller loin.

     

    Pour ma part, je me méfie comme de la peste de cette paix des braves. Cette main tendue par le puissant, l'arrogant. Je recommande absolument à mes amis des TV régionales privées de ne tomber en aucun cas dans ce piège. Dans le combat, on fait la guerre. Les petites paix séparées, en rase campagne, ne servent que le plus puissant des antagonistes. Peut-être parce qu'il a besoin de souffler. Alors, comme deux boxeurs groggys, on se reposerait quelques secondes, l'un sur les épaules de l'autre.

     

    Ce modèle n'entre pas exactement dans la conception que, depuis mes plus jeunes années, je me fais du combat.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La droite et la gauche existent. Le tripolaire, c'était pour rire.

     

    Sur le vif - Dimanche 14.06.15 - 16.51h

     

    A Genève, ce dimanche 14 juin 2015, une page s’est tournée : celle de la LDTR (loi sur les démolitions, transformations et rénovations) considérée comme Arche Sainte, intouchable. Celle de l’ASLOCA toute puissante, gardienne du Temple, pépinière de conseillers d’Etat socialistes. Celle de la gauche – une certaine gauche – s’étant tellement approprié le débat sur le logement, que certains de ses représentants, ou permanents de l’ASLOCA, étaient devenus des sortes de Grands Prêtres, seuls habilités à lire et interpréter le texte sacré de la loi. Eux seuls connaissaient chaque virgule, chaque alinéa. Eux seuls, en bas de page, pouvaient nourrir l’apparat critique de leurs commentaires.

     

    C’est à cela que le peuple genevois a dit non : plusieurs décennies, disons depuis les années Grobet, de magistère intellectuel de la gauche ASLOCA sur le dossier du logement. Cela posé, faut-il se réjouir de la victoire de M. Zacharias ? Faut-il, désormais, donner tous les gages à l’autre camp, où il n’est pas exclu – formulons la chose en termes polis – que l’appât du gain tienne un rôle signalé. La question mérite d’être posée.

     

    Surtout, la victoire de M. Zacharias, député MCG, grenadier lance-flammes anti-ASLOCA, doit être placée dans un contexte plus large. Celui d’une droite économique décomplexée et offensive, dans cette législature 2013-2018. Malgré son panache, il n’est pas dit que l’attaquant Zacharias en soit, en termes stratégiques, le principal leader. Un autre député, PLR quant à lui, plus calme et plus posé, excellent dans l’argumentation, fourbit ses armes pour mettre sous pression le Conseil d’Etat d’ici au printemps 2018. En matière, notamment, de finances cantonales. Ce député s’appelle Cyril Aellen. Il pourrait se montrer très actif dans les mois qui viennent.

     

    Décidément, la législature 2013-2018 ne sera pas du tout tripolaire. Mais tout bonnement une opposition droite-gauche dont la vivacité va monter en force. C’était prévisible : sur les sujets de fond, les sujets lourds, liés aux structures et aux masses financières, le tripolaire n’existe pas. Il n’est qu’une fiction, pour amuser la galerie.

     

    Pascal Décaillet