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Sur le vif - Page 980

  • Que d'eau, que d'eau !

     

    Sur le vif - Lundi 30.04.12 - 08.56h

     

    Mon excellente consoeur Valérie Duby nous apprend, dans le Matin, qu'Isabel Rochat veut distribuer verres et carafes aux fonctionnaires genevois pour les inciter à boire de l'eau. Louable ambition. Mais hélas, surpassée depuis longtemps par les redoutables techniques de communication du MCG. L'ancien président de ce mouvement n'a-t-il pas, d'un geste auguste, montré il y a quelques semaines qu'on pouvait distribuer l'eau sans conduite ni aqueduc, en totale gratuité, et par la seule mécanique du poignet? Dans cet art du baptême improvisé, la ministre, hélas, a encore beaucoup à apprendre. Au coup par coup ciblé, elle préfère l'arrosoir. A la jouissive irruption d'un rafraîchissement, elle substitue l'inondation pour tous, aux frais du contribuable. A la fluide magie d'une voie d'eau, elle tente de noyer nos désespoirs. A la grâce d'une source, elle établit l'uniformité du marais. Scepticisme. Insatisfaction. Soif.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Merck Serono : Sandrine Salerno dérape

     

    Sur le vif - Mardi 24.04.12 - 16.02h

     

    La préparation d'une émission spéciale (avec David Ramseyer et l'équipe de Léman Bleu, dès 18.30h) ainsi que la rédaction d'une analyse pour demain, le tout sur le séisme de Merck Serono à Genève, tout cela m'ôte le temps de m'exprimer en détail, ici, sur le sujet. Pour faire court, on dira :

     

    1)   L'impératif de solidarité par rapport aux personnes qui perdent leur emploi sur la place genevoise.

     

    2)   De solides questions sur la stratégie d'une entreprise qui vient d'augmenter considérablement ses dividendes, quelques jours avant l'annonce d'une charrette qui marquera le canton. Favoriser à ce point la valeur du capital, par rapport à celle du travail, n'est pas acceptable.

     

    3)   Tout autant de questions par rapport à la faculté d'anticipation des pouvoirs publics. Ont-ils vu venir le séisme ? Disposent-ils des outils suffisants, dans l'ordre du renseignement, pour agir en amont ? Ne manque-t-il pas, dans l'espace genevois, une tête chercheuse du style d'un Aebischer, passerelle de génie entre le public et le privé ?

     

    Toutes ces questions, oui. Mais pour l'heure, un dérapage de Sandrine Salerno. Autant nous étions là, il y a quelques mois, pour reconnaître sa liberté totale de parole lorsqu'elle s'exprime, comme militante, sur les multinationales. Autant nous sommes ici choqués de lire, sur le site de la TG, que la magistrate « ne se dit pas inquiète pour les collaborateurs en col blanc, qui peuvent facilement retrouver un emploi ».

     

    Un peu léger, Madame Salerno. Un emploi, où ? Chez vous, à la Ville ? Dans une biotech subventionnée par M. Unger ? Et puis, en quoi le fait d'être « en col blanc », plutôt qu'en bleu de travail, devrait-il vous valoir moins d'inquiétude ? Vengeance de classe ? Vous avez dérapé, Chère Madame. Reconnaissez-le.

     

    Pascal Décaillet

     

    PS - 17.05h - Porte-parole de Sandrine Salerno, Valentina Wenger vient de m'appeler. Elle m'assure que les paroles de la magistrate ont été sorties de leur contexte. Ce que, bien entendu, je crois. Car je crois toujours ce qu'on me dit.

     

  • Bon Anniversaire au PDC! Pour cent nouvelles années!

     

    Sur le vif - Samedi 21.04.12 - 16.36h

     

    Il n'est peut-être pas, aujourd'hui, le plus nombreux, mais il est l'un des fondements de notre Histoire politique : le PDC suisse fêtera demain ses cent ans ! C'est à l'Unionsaal de Lucerne, le 22 avril 1912, qu'était fondé le Parti conservateur populaire, issu de multiples courants venant de la diversité des souches cantonales, mais notamment de la Doctrine sociale de l'Eglise, exposée en 1891 par le pape Léon XIII dans son encyclique « Rerum Novarum ».

     

    L'Histoire de ce qu'on appelle (depuis 1970 seulement) le PDC suisse, celle des première décennies surtout, est complexe, très décentralisée en fonction des traditions cantonales. Et de toute façon, en tout cas jusqu'à la Grande Guerre, les partis nationaux ne sont pas ceux qui comptent le plus dans la tête des gens : tout se joue dans les cantons. Ambitionner, en 1912, de fédérer des courants aussi différents que ceux du Valais, de Fribourg, de la Suisse centrale ou orientale, n'était pas évident. Il y avait déjà des jaunes (chrétiens sociaux) et des noirs (conservateurs), déjà des clans familiaux, déjà de puissants antagonismes internes. Mais, tout bien pesé, c'est bien cette assemblée lucernoise d'avril 1912 qui peut être considérée comme la pierre fondatrice du parti national.

     

    Ils revenaient de loin, les catholiques conservateurs défaits en 1847 au moment du Sonderbund, exclus des affaires (au niveau national) jusqu'en 1891, date capitale, à la fois celle du puissant message social de Léon XIII et de l'arrivée du Lucernois Josef Zemp, au milieu de six radicaux, au Conseil fédéral. Oui, pendant un demi-siècle, ils furent ostracisés des centres de décision fédéraux (qui certes n'avaient pas à l'époque l'importance actuelle), par les radicaux vainqueurs du Sonderbund. Oui, ils eurent des décennies de traversée du désert. Oui, il fallut attendre la fin de l'ère hyper-conservatrice de Pie IX, et l'avènement de son exceptionnel successeur Léon XIII (le pape du Ralliement de l'Eglise aux principes républicains), pour que lentement, les catholiques conservateurs suisses retrouvent le chemin de l'intégration.

     

    Ce fut douloureux, difficile, non seulement parce qu'ils n'étaient pas aux affaires, mais surtout parce que les radicaux, eux, qui y étaient seuls, ont abattu pendant ces décennies (1848-1891) un titanesque travail, leur permettant, à juste titre, de se prévaloir comme les fondateurs de la Suisse moderne. Pourtant, à partir du moment où les catholiques conservateurs reviennent, ils donneront non seulement d'excellents conseillers fédéraux (dont le plus grand pourrait bien avoir été Kurt Furgler), mais s'intégreront parfaitement dans la machine politique suisse. Dès 1919, l'année de la proportionnelle, ils auront deux conseillers fédéraux (Musy rejoint Motta), ils en auront même trois dans la parenthèse 1954-1958.

     

    L'Histoire du PDC suisse est demeurée complexe et multiple de 1919 à nos jours : le travail à Berne est une chose. L'extraordinaire ancrage du parti dans les cantons (Valais, Fribourg, actuel Jura, Genève, Suisse centrale, orientale, Tessin, Grisons) mérite d'être étudié avec des loupes locales. Que serait l'agriculture valaisanne sans Maurice Troillet, par exemple ? A Genève, c'est même commune par commune qu'il convient d'apprécier le travail de fond du PDC, souvent par familles, par dynasties. En Valais, c'est district par district (allez comparer les Noirs d'Entremont avec des PDC anniviards, ou du Bas), commune par commune. Et parfois, oui : famille par famille ! Paradis pour la micro-Histoire, les mémoires et les thèses de proximité. Sous-estimer la profondeur tellurique de cet enracinement local, sous prétexte que sous la Coupole, ils ne sont pas si nombreux, c'est passer complètement à côté de la réalité du PDC suisse.

     

    Souhaitons bon anniversaire, pour ses cent ans, à ce grand, ce beau, ce chaud parti qui a totalement sa place dans notre paysage politique suisse, la complexité de sa magie, la fragilité de ses équilibres. Souhaitons aussi à Christophe Darbellay, le Flandrin des Glaciers, qui vient d'être réélu à la présidence nationale, de tirer la cordée vers d'enivrantes hauteurs.

     

    Pascal Décaillet