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Commentaires GHI - Page 234

  • Les Verts : sauvés des eaux !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.15

     

    Curieux paradoxe que le résultat des Verts, lors de ces élections communales 2015. Dans les exécutifs (dimanche 10 mai), ils ont obtenu un fort bon résultat, maintenant les leurs, notamment, dans les six plus grandes villes du canton (Genève, Vernier, Lancy, Onex, Meyrin, Carouge). Dont acte. Mais trois semaines plus tôt, ils subissaient le plus important revers en pertes de sièges dans les Conseils municipaux (délibératifs) de nos 45 communes : ils chutent de 16 élus, ce qui est considérable.

     

    Voilà donc un parti désavoué dans les délibératifs. Mais se portant fort bien, avec le système majoritaire à deux tours, dans les exécutifs. Grâce au jeu des alliances. Saines (avec les socialistes, alliés naturels). Ou plus biscornues (Vernier, Lancy, Onex). Nous sommes donc dans un système, accentué depuis les travaux de la Constituante, où un désaveu populaire sur l’essentiel de la politique (le sens, les orientations, les idées), peut se trouver totalement corrigé dès qu’il s’agit du choix des personnes. On veut moins des idées vertes, mais n’a rien (pour l’heure) contre les gens qui les incarnent.

     

    Cela, pour deux raisons. D’abord, il faut reconnaître la compétence et le pragmatisme de nombreux magistrats Verts. Ce sont des gens avec lesquels on peut travailler, et dans une commune c’est précieux. Mais aussi, les limites d’un système où la puissance de transversalité s’avère plus payante que la force de persuasion intrinsèque de chaque parti. A cet égard, une évolution vers un système proportionnel, plus juste et plus représentatif, ne serait pas de trop, dans les années qui viennent. Qui osera le proposer ?

     

    Pascal Décaillet

     

  • Et si on inventait autre chose ?

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.15

     

    Des affiches, des sourires, des tronches. Tous, l’air sympa. Des campagnes, des stands, des raclettes, des saucisses. Du blanc de messe. Des grappes de militants, qui tentent de vous harponner. Des ballons, pour les enfants. Des annonces dans les journaux, des slogans. Des attaques, des missiles. Des baisers de Judas. Des chats, des chiens, des photos de famille, sur les réseaux sociaux. Ça fait un moment que ça dure, ce système. Les supports changent, en fonction de l’évolution des techniques, mais au fond, voilà bientôt deux siècles que le principe demeure : le citoyen délègue à d’autres le pouvoir de décider à sa place. Siéger en son nom. Dans le délibératif d’une commune (Conseil municipal, à Genève), le législatif d’un canton (Grand Conseil), ou celui de la Confédération (Conseil national, Conseil des Etats). Cela s’appelle la démocratie représentative. D’aucuns nous décrivent ce système comme inégalable, inattaquable : on n’aurait jamais fait mieux. Je ne suis pas certain de partager ce point de vue.

     

    Nous fonctionnons encore comme au temps des diligences. A l’époque où le système de délégation parlementaire se met en place (autour de la Révolution française, puis deux siècles, riches de soubresauts, jusqu’à aujourd’hui), la plupart des gens ne savent pas lire, n’ont pas grande idée de la vie politique de leur pays, ne connaissent pas les lois, seraient incapable d’argumenter, du haut d’une tribune. Alors, on délègue. A des gens instruits, combatifs, courageux, sachant s’exprimer. Et il faut bien dire qu’en ce temps-là, l’invention des parlements fut un progrès exceptionnel par rapport aux systèmes d’Ancien Régime. De sujet, vous deveniez citoyen. En élisant vos députés, vous participiez à la vie du pays. D’abord, seulement les hommes. Puis, beaucoup plus tard (1945 en France, 1971 au niveau fédéral en Suisse), les femmes. Aujourd’hui encore, ma foi, à part rêver à livre ouvert (ce à quoi je m’aventure ici), comment concevoir un meilleur système ?

     

    Il faudrait pourtant, doucement, commencer à inventer autre chose. Juste après l’antenne, ce dimanche 10 mai vers 18.45h, à Uni Mail, je discutais avec Pierre Conne, candidat PLR non-élu, mais fort bien placé, et ayant mené une belle campagne. Et il y a eu un moment, très fort, où ce paisible sexagénaire, ce gentleman aux yeux bleus, m’a glissé : « Il faut que les jeunes inventent autre chose. Nous sommes au bout d’un système ». Je crois qu’il a raison.

     

    Le lieu, certes, l’ambiance, avec cette surabondance de candidats, heureux ou déçus dans le jeu de miroirs de leurs ambitions, tout cela se prêtait à un sentiment de trop-plein, presque de nausée. Allons-nous, pour l’éternité, laisser se développer, comme une machine à Tinguely, la mécanique recommencée de ces cirques électoraux ? Candidats, assemblées, affiches, coups bas, alliances de dernière minute, promesses ? N’est-il pas temps d’inventer un nouveau système démocratique, où le citoyen, la citoyenne, serait en prise plus directe avec les décisions à prendre ? Je ne parle ici, vous l’avez compris, ni de demain, ni d’après-demain. Mais d’une évolution, dans les générations qui viennent, de notre rapport à la citoyenneté. En attendant, bonne chance à tous les élus communaux 2015-2020. Et surtout, bon courage !

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le patronat n'appartient pas aux libéraux

     


    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.04.15



    L’UDC genevoise voit rouge. Dans un communiqué publié le 8 avril, sa présidente, Céline Amaudruz, ainsi que le secrétaire général, Eric Bertinat, disent leur colère. Ils s’en prennent à une lettre, adressée par les plus hautes autorités de la FER (Fédération des entreprises romandes), soit le président Nicolas Brunschwig et le directeur général Blaise Matthey, aux 27'000 entreprises membres de cette organisation patronale, « pour favoriser, en Ville de Genève, le candidat PDC Guillaume Barazzone ». L’UDC genevoise, parti de droite, favorable à l’esprit d’entreprise et à la libre concurrence, voit dans ce soutien non seulement une injustice, mais aussi un décalage complet face à la situation actuelle de l’économie genevoise. Assurément, les arguments et le courroux de ce parti méritent d’être entendus.


     
    Bien entendu, la FER est une organisation libre de ses choix et préférences, elle a le droit de soutenir qui elle veut. Libre à ses entrepreneurs membres (dont votre serviteur) de tenir compte ou non de ses mots d’ordre, après tout nous sommes adultes et vaccinés. Mais tout de même, des questions se posent. Au-delà de cette faîtière et de Genève, pourquoi diable les représentants du patronat, en Suisse, sont-ils à ce point liés aux libéraux, au capitalisme financier, à une conception de l’économie dont le pays tout entier est gentiment en train de revenir, avec le retour des frontières, celui du sentiment d’appartenance, et surtout celui de préférence aux résidents. Préférence cantonale. Préférence nationale, jusqu’à un certain Christophe Darbellay, président du PDC suisse ?


     
    Ce qui exaspère l’UDC genevoise, c’est le soutien sans faille de la FER aux partis de l’Entente (PLR, PDC). Comme si l’UDC (ou d’ailleurs aussi le MCG, les Verts, les Verts libéraux, d’autres encore) n’étaient pas eux aussi des partis d’entreprise. Mais justement, de petits entrepreneurs souvent ! Ceux qui prennent tous les risques. Investissent (donc risquent de perdre) leur propre argent, leur patrimoine. Et qui ont moins accès que d’autres à certains crédits bancaires. Ce sont pourtant ces méritoires aventuriers-là qui sont la sève et le sang de l’économie genevoise de proximité, sa respiration, son poumon. « Ni le PLR, ni même le PDC, poursuit le communiqué de l’UDC, ne sont aujourd’hui les acteurs principaux de la politique économique ». Et ils rappellent ce récent classement de l’USAM (Union suisse des arts et métiers), la faîtière nationale des petits patrons, notamment dans le commerce et l’artisanat, reconnaissant l’UDC comme le parti le plus proche de l’économie en Suisse.


     
    Tiens l’USAM, un mot sur le sujet. Depuis que la présidence de cette organisation, longtemps radicale, est assumée par une personnalité UDC de premier rang, le Fribourgeois Jean-François Rime, on voit fleurir, sous d’improbables plumes libérales, tous les reproches du monde contre ses nouvelles orientations. Comme si la norme, pour l’éternité, de tous les représentants du patronat en Suisse, était la totale obédience à l’idéologie libérale et à ses affidés. Oui, sur ce coup l’UDC genevoise a eu raison de rugir. Non, les patrons ne sont pas tous libéraux. Oui, certaines organisations,  à Genève comme en Suisse, sont en retard de plusieurs guerres. Des changements s’imposent.


     
    Pascal Décaillet