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Commentaires GHI - Page 237

  • Illisibles Verts

     

    Commentaire publié dans GHI - 25.02.15


     
    Il y a un peu plus de trente ans, lorsqu’ils sont apparus sur la scène politique, il paraît que les Verts servaient à quelque chose. A l’époque déjà, tout en partageant leurs préoccupations légitimes pour notre environnement, je me méfiais viscéralement, non d’eux (car ce parti est riche de belles individualités), mais de leur discours post-moderne, prétendant s’affranchir de l’Histoire, du poids des nations et des frontières, au profit d’un monde nouveau.
     


    Aujourd’hui, le tragique de l’Histoire revient. Les frontières sont toujours là, les gens les réclament. L’attachement aux nations n’est pas mort, les citoyens s’en prévalent. Les grands rêves transfrontaliers, Union européenne par ci, Grand Genève par-là, s’effondrent comme des châteaux de cartes. Le frisson libertaire issu de 68 s’est fracassé contre les récifs du réel. La seule chose qui reste aux Verts, c’est leurs discours sur la protection de la nature. Mais, hélas pour eux, tous les autres partis, aujourd’hui, le tiennent aussi.
     


    Voilà donc les Verts face au miroir de leur illisibilité politique. Où sont-ils ? A droite ? A gauche ? Ils sont même pour la loi sur la police, signée Maudet ! Ils ont pénétré les arcanes du pouvoir, au point maintenant de s’y accrocher. Mais leur traçabilité, leur identité font cruellement défaut. Au point que les bons vieux partis issus de la lutte des classes – le parti socialiste, par exemple, mais aussi Ensemble à Gauche – dont les Verts se gaussaient tant naguère, les reléguant au monde de Zola, finiront par leur survivre. Ironie de l’Histoire, où l’ancien enterre le moderne. Parce qu’il vient, lui, de quelque part, avec de la mémoire, du sang, du tragique, des combats. Et non surgi d’un simple rêve libertaire, soluble dans le néant.


     
    Pascal Décaillet

     

  • Thomas Bläsi, salutaire emmerdeur

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.02.15

     

    A quoi sert un parlementaire ? A deux choses : faire des lois, et contrôler l’action du gouvernement et de l’administration. Oui, un député sert à cela, qui n’est certes pas rien, et à nulle autre chose. Il n’a absolument pas le monopole du débat politique (qui nous appartient à nous tous, les citoyens), encore moins celui de l’expression publique, il doit juste faire des lois et contrôler l’exécutif. Cette seconde fonction, hélas, beaucoup ne l’assument pas, trop heureux de faire partie du « même monde » que les conseillers d’Etat. Cette ignorance de l’une de leurs missions fondamentales est catastrophique, dévastatrice pour le crédit du Parlement, elle renforce dans le public l’idée du « tous copains ». Mais heureusement, il y a des exceptions. Parmi elles, un nouveau député, depuis l’automne 2013, qui prend incroyablement à cœur sa tâche de contrôle : Thomas Bläsi.

     

    De qui s’agit-il ? D’un député UDC de 43 ans, pharmacien, président de la Commission de la Santé du Grand Conseil, qui multiplie, depuis quelques mois, les motions, interpellations, questions écrites, et autres voies d’investigation parlementaires, visant à obtenir des explications du gouvernement, principalement sur sa gestion des affaires de santé. Le nouveau député est tout simplement infatigable, au point qu’il commence très sérieusement à exaspérer le ministre de la Santé, le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Ce dernier vient pourtant du MCG, parti « allié » avec l’UDC, au sein de ce qu’on appelle depuis l’automne 2013 « la Nouvelle Force », qui constitue près d’un tiers de l’électorat. On aurait pu imaginer que Thomas Bläsi attaque des ministres de gauche ou de l’Entente : non, il s’acharne sur un « allié » MCG. Est-il fou ? Que lui prend-il ? Quelle étrange mouche tropicale l’a-t-elle piqué ?

     

    La vérité, c’est que Thomas Bläsi fait simplement son boulot de député. Comme Jean Romain, pendant des années, face au DIP, Bläsi, toujours sur le ton de la plus parfaite courtoisie, toujours en absolue connaissance des dossiers qu’il empoigne, jamais agressif, se contente de relever des faits et de demander des explications. C’est exactement le rôle d’un parlementaire, sa mission face au gouvernement. C’est lui qui a été à l’origine de la demande d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Adeline. Lui qui a soulevé le « traitement de faveur » de la division privée des HUG par rapport aux cliniques privées, sujet qui a rendu fou de rage le ministre Poggia. Lui qui a dénoncé le projet de grande pharmacie dans le nouveau bâtiment des lits des HUG. Lui qui vient de déposer une motion concernant les dysfonctionnements au Service de dermatologie des HUG. Et ça n’est pas fini : d’autres motions, concernant le traitement d’autres parties du corps, vont suivre.

     

    Pour Mauro Poggia, de quoi perdre patience. On imagine volontiers le conseiller d'Etat MCG passant ses nerfs, dans son bureau, en visant avec des fléchettes une cible aux allures de Thomas Bläsi. On se représente volontiers l’intrépide pharmacien, petit-fils de l’aide de camp de Charles de Gaulle, dans le rôle de « L’Emmerdeur », magnifiquement incarné naguère par Jacques Brel. On attend la prochaine motion. Et, à couvert, les prochaines foudres de Mauro Poggia.

     

    Pascal Décaillet

     

  • PLR : la fusion est un échec

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.02.15

     

    Il y a eu, dans l’Histoire de la Suisse moderne, un très grand parti. Il a jeté les bases de notre pays, inventé notre système politique, lancé la Suisse industrielle et financière, percé nos grands tunnels, donné naissance aux grandes écoles, largement contribué à la mise en place de nos assurances sociales. Il s’appelait le parti radical. Issus, en matière politique comme dans le domaine économique, de l’Europe des Lumières, porteurs de l’héritage de la Révolution française, on a commencé, au début du dix-neuvième siècle, par les appeler « les Républicains ». Ils étaient adeptes du « Freisinn », le libre arbitre, au sens philosophique très large. Ils aimaient passionnément l’Etat, l’institution, mais aussi l’industrie, le travail, le progrès. Toute l’Histoire de la Suisse, de 1848 (voire déjà 1798) à aujourd’hui, ce fut la leur. Leur construction. Leur œuvre. Jusqu’à une époque récente. Jusqu’à, hélas, leur fusion avec les libéraux.

     

    Les libéraux, c’est aussi une tradition très intéressante. Mais seulement dans trois cantons : Genève, Vaud, Neuchâtel. Aussi un peu Bâle-Ville. C’est tout. Aucune dimension nationale. Aucun rôle important sur le plan fédéral. Mais assurément, dans ces trois cantons-là, un rôle majeur, à la fois patricien, culturel, identitaire. Une très grande richesse d’individus : Olivier Reverdin à Genève, Jean-François Aubert à Neuchâtel, tant d’autres. Un rôle très attaché à la dimension cantonale de la politique : les libéraux ont longtemps été les idéologues, ô combien talentueux, du fédéralisme. Assurément une belle lignée politique, qui aura marqué nos dix-neuvième et vingtième siècles, en Suisse romande.

     

    Seulement voilà, la greffe a été une erreur.  Les conceptions du monde ne sont simplement pas les mêmes. Les radicaux, parti d’Etat. Les libéraux, entièrement construits autour de l’idée de réussite individuelle. On ne mélange pas impunément ce qui ne se marie pas. Les radicaux, parti de l’industrie. Les libéraux, parti de la finance. Les radicaux, très attachés à la dimension confédérale de la Suisse. Les libéraux, chantres des cantons comme Etats, les plus souverains possibles à l’intérieur du pays. Les radicaux, parti de dimension nationale, présents dans tous les cantons. Les libéraux, ultimes repaires de la résistance patricienne à Genève, Vaud et Neuchâtel. Dès le départ, quelles que fussent les bonnes volontés, le mariage n’avait aucune chance. C’était comme importer du cassoulet dans l’ambiance éthérée d’un salon de thé.

     

    A Genève, malgré les louables efforts de tous, la fusion est un échec. Aux élections de l’automne 2013, le PLR, nouveau groupe au Grand Conseil, a essuyé une perte sèche par rapport à l’addition des deux députations de naguère, la libérale et la radicale. Surtout, l’influence politique de la famille recomposée, certes encore importante, est en perte de vitesse. Sa lisibilité aussi. Ses grandes figures sont en recul. Oh, ils leur reste de beaux jours, ils vont encore placer l’un des leurs – un libéral – à la tête de la FER (Fédération des Entreprises Romandes), on n’a pas fini d’entendre parler d’eux. Mais le déclin commence à poindre, inexorable. La fusion, assurément, y aura été pour beaucoup. Ils n’aiment pas qu’on le dise. C’est pourtant la réalité.

     

    Pascal Décaillet