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Commentaires GHI - Page 239

  • Mes voeux pour Genève

     

    Publié dans GHI - 22.12.14

     

    A part de sérieux problèmes de circulation et un manque cruel de logements, Genève ne se porte pas si mal. La ville est magnifique, aussi belle sous le soleil que romanesque sous la pluie, le niveau de vie est élevé, une démocratie vivante nous amène à régulièrement nous engueuler entre nous, ce qui est très sain, et fait du bien. Il fallait d’abord dire cela, poser le constat de ce bonheur de vivre en comparaison internationale, avant d’émettre pour 2015 des vœux d’amélioration. Oui, Genève est une ville heureuse dans un canton heureux. Ce qui devrait justement amener ceux d’entre nous qui en profitent à davantage d’attention pour les oubliés de cette prospérité. Notre canton en compte : en cette période de Fêtes, pensons à eux.

     

    Mon vœu principal leur sera donc destiné. Dans un canton où le salaire moyen (ou le revenu moyen, pour ceux qui, comme les indépendants, ne touchent pas de salaire) est aussi élevé, la solidarité et la répartition s’imposent face aux plus démunis. Non comme une aumône ! Mais comme l’exercice normal d’une redistribution républicaine. Car enfin, quel sens donner à sa vie, si on la gagne correctement, et qu’on tombe autour de soi, dans les rues, les trams, sur des personnes manifestement nécessiteuses ? Quel sens peut revêtir une réussite individuelle si c’est juste pour émerger d’un océan de précarité ? Bien sûr, il faut commencer par se battre pour soi, pour sa famille, et ça n’est déjà pas facile. Mais à quoi bon l’aventure citoyenne, si chacun ne contribue pas – un peu, au moins – au relèvement du niveau moyen de prospérité ?

     

    Surtout, n’oublions jamais les plus faibles. Il existe, à Genève, de nombreuses personnes âgées qui doivent compter chaque sou pour s’en sortir. Il existe des chômeurs en fin de droit, qui doivent aller à l’aide sociale, avec tout ce que cela peut impliquer dans la tête, par rapport au rôle que chacun doit jouer dans une collectivité publique. Il existe des travailleurs pauvres : ils ont un emploi, mais ce dernier ne suffit pas. Se soucier de tous ces gens-là ne doit pas être le fait de la charité, mais du souci de construire ensemble un corps social plus sain, plus dynamique, plus solide. A partir de là, on pourra, entre la droite et la gauche, se disputer sur la question du curseur : jusqu’où aller dans la mise en œuvre de la répartition ? Cela se discute, et c’est le propre de la dialectique politique que d’en mener le débat. Mais soyons au moins d’accord sur le principe.

     

    Nous sommes en Suisse, au cœur de l’Europe, nous avons une Histoire sociale, de remarquable conquêtes (comme l’AVS, en 1947, notre fleuron). Nous avons, pour pas mal d’entre nous, des sensibilités spirituelles, nous sommes surtout unis autour d’une idée républicaine. Bref, nous ne sommes ni dans l’Angleterre de Mme Thatcher, ni dans certains Etats américains ne prônant que la réussite individuelle. Nous avons à Genève une école, avec de formidables enseignants  qui transmettent à nos enfants leurs passions. Nous avons des milliers d’infirmières qui veillent nos malades. Une immense majorité d’entre elles franchissent deux fois par jour la frontière. Eh bien, je leur dis bravo et merci. A tous, j’adresse mes meilleurs vœux pour les Fêtes de fin d’année.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Deux hommes d'honneur

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.12.14

     

    Dominique Louis, Jean-François Duchosal. Le premier fut chef adjoint du Protocole à l’Etat de Genève, le second chef de la sécurité à l’aéroport. Les deux sont colonels. J’ai eu l’honneur de servir sous les mêmes drapeaux qu’eux, au régiment d’infanterie 3.

     

    Je crois que j’aime les histoires d’hommes. Celles avec de la mélancolie, de la verve, de l’humour, du désespoir, du panache. L’histoire de ces deux hommes me plaît, parce qu’elles sont, l’une et l’autre, entièrement vouées à l’idée de servir. Son éloquence, sa faconde, Dominique Louis les a mises au service de l’intérêt public. Jusqu’à devenir, en 25 ans, un incomparable héraut de l’Escalade. Il n’a pas brillé pour lui-même, il a mis son talent au service d’une cause plus ample.

     

    Ses vacances, Jean-François Duchosal les passait le plus souvent en Afrique, dans des missions humanitaires bénévoles. Il y avait déjà, chez ce futur pèlerin, la quête spirituelle du moine-soldat. La seule jouissance de la matière ne le satisfaisait pas.

     

    Il existe, à Genève, pas mal d’hommes et de femmes comme Dominique et Jean-François. Dans cette cité du luxe et du paraître, il se pratique d’autres valeurs, qui furent tout autant portées par la Réforme, l’humanisme, puis l’ouverture aux catholiques, le service des armes et celui de l’école. Le don de soi. L’abnégation. L’émotion face à la bannière. A ces deux hommes, je dis merci. Ils sont pour moi des exemples.

     

    Pascal Décaillet

     

  • PAV : poudre aux yeux !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.12.14

     

    Le PAV : voilà une décennie qu’on nous balance des promesses. On nous fait miroiter des gratte-ciel dans un futur incertain. Une décennie de belles paroles, comme dans la chanson de Dalida, mais résultat : rien du tout ! Pas la moindre tour, même pas de chantier. Juste des maquettes. Des projets. Des accords-cadres, entre l’Etat et les communes. On brode sur l’avenir, on spécule. Mais on ne prend ni pelle, ni pioche. Rien. Le néant. Le quartier Praille-Acacias-Vernets, qu’on nous présentait il y a dix ans comme un nouveau Manhattan, présente exactement la même allure fin 2014 que fin 2004. Et en 2024, ils seront là, les gratte-ciel ?

     

    Le PAV, c’est comme le Grand Genève. La génération politique qui aura le moins construit depuis la guerre s’avère, par paradoxe, celle qui fait le plus valser les projets dans nos imaginaires. Elle joue avec nos désirs, flatte notre urbanité verticale, celle du héros de l’Amérique, de Kafka, entrant en rade de New York, l’une des premières pages les plus saisissantes de l’univers romanesque. En chacun de nous, il y a un révolutionnaire de l’urbanisme qui sommeille, alors allons-y, caressons ses rêves, excitons ses désirs, donnons-lui du building, densifions sa ville rêvée, ça ne coûte rien. Et ça apporte des électeurs.

     

    Oh, dans l’ordre du virtuel, elle est grandiose, Genève. On y truffe la Praille de tours, on y traverse rade et lac, on y construit des logements par dizaines de milliers, on y voit grand, jusqu’à abolir toute frontière avec la France, constituer une « région » dont la ville de Calvin serait la capitale naturelle. Séduisant, peut-être. Mais juste un rêve. Une projection. Quelques fragments de désir, échappés du réel. Evaporés. Le PAV, le Grand Genève, c’est cela : des gouvernants qui règnent par le perlimpinpin. Jeteurs de poudre ! Où l’espace politique devient le Grand Magic Circus. Avec des baguettes, des chapeaux dorés. Et nous, dans le rôle des pigeons.

     

    Où sont-ils passés, nos conseillers d’Etat constructeurs ? Nos Jaques Vernet, nos Christian Grobet, et même nos Philippe Joye ? Ces hommes-là n’arrivaient pas avec des projets mondiaux, mais avec de cartes de chantier, concrètes, structurées. Ils informaient la presse lorsque le projet était mûr, les négociations menées, les accords passés. Christian Grobet, dans son bureau de la rue David-Dufour, dépliait une carte pour quelques journalistes seulement, dont votre serviteur, et se livrait à un exposé incroyablement pointilliste, digne d’un chef de chantier, sur l’Alhambra ou le Goulet de Chêne-Bourg. C’était l’extrême contraire : la tyrannie de l’infiniment petit, à la merci d’un magistrat incapable de déléguer, mais animé d’un sens prodigieux du concret. Pour ma part, je préfère la rugosité de cette folie-là, à l’insoutenable légèreté des miroirs aux alouettes.

     

    Je propose ici, sur le PAV, un moratoire du silence. Tant que nos autorités n’ont pas totalement débloqué un projet, avec autorisations de construire et financement sonnant et trébuchant, elles se taisent. Parce que pour l’heure, chaque nouvelle parole, chaque nouvelle promesse, ne font que ruiner un peu plus le crédit de ceux qui les brandissent. De l’infini au zéro, il n’y a parfois que la courbe sublime de l’absurde. Le saviez-vous ?

     

    Pascal Décaillet