Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Hier soir, Ségolène fut royale, tout simplement

 
 
Sur le vif - Jeudi 24.09.26 - 15.31h
 
 
 
Ségolène Royal respire la France profonde. La France des traditions. La France des régions (elle a présidé Poitou-Charentes pendant dix ans). La France avec une Histoire, des collectivités locales, des Provinces, bien antérieures aux Départements. La France des hiérarchies, aussi, celle des Grands Ordres au fond. Et jusqu'à son patronyme, qui fait siffler à nos oreilles de singulières résurgences d'Ancien Régime.
 
Mais Ségolène Royal est aussi une redoutable politique. Elle l'a montré en 2007, dans son époustouflante campagne qui l'a conduite au second tour. Elle l'a montré hier soir, lors du débat de la primaire française, sur LCI. Un débat qu'elle a littéralement dominé.
 
Les autres candidats aussi, étaient bons. Le débat, tout court, était bon. Sa progression dramaturgique, avec une première partie très respectueuse, entre camarades bien élevés, puis tout à coup, sur les alliances, un arrachage généralisé de masques qui n'était pas sans évoquer l'acte ultime d'une pièce de théâtre, celui de la révélation et du dénouement.
 
Je dis que Ségolène fut royale. Sur le Proche-Orient, elle fut royale, osant prononcer le mot qui vous vaut immédiatement les gémonies des partisans de Netanyahu, et de leur Cinquième Colonne en France. Et surtout, envoyant, en une fraction de seconde, le stagiaire dans les cordes : il avait eu l'impudence, lui si malhabile dans la nécessaire fulgurance de répartie, de lui servir un "Les mots ont un sens". Réponse royale : "Oui, ils ont un sens, c'est pour cela que je confirme avoir choisi ce mot". Le stagiaire regrettera longtemps ce direct du gauche.
 
Mais le stagiaire, pour le reste, fut plutôt à son aise, dans le débat. Beaucoup moins systématiquement monothématique que Jérôme Guedj, qui ramène tout à une seule question, toujours la même. Olivier Faure, actuel patron du PS, fut moins lisse que d'habitude, notamment sur la décisive question des alliances. Et le rafraîchissant Emmanuel Maurel se montra compétent et rompu à la joute.
 
Oui, je dis que Ségolène fut royale. Elle le fut sur la Russie, condamnant la montée de bellicisme incarnée notamment (mais pas seulement) par le stagiaire, et appelant à la grande tradition française de recherche, la tête froide, d'une solution politique. En voilà une qui se garde bien de confondre la politique avec la morale. Elle le fut, par sa constante référence à une France profondément aimée, mais "abîmée". Elle le fut, par les accents mitterrandiens de son slogan "La France tranquille", allusion directe, évidemment, à l'affiche du Maître, en avril-mai 1981, avec son clocher d'église, dans sa campagne gagnante - et géniale - pour le poste suprême.
 
J'ignore absolument si la masse des camarades accordera sa confiance à Ségolène Royal, j'incline hélas à penser que non. Mais hier soir, les passionnés de politique ont pu retrouver la puissance d'évocation de la France profonde chez celle que j'avais surnommée en 2007, dans un édito, "La Madone des Gradins".
 
Restent tant d'inconnues. Son ancien compagnon, ancien Président, en embuscade, derrière le buisson, pour prendre la relève des impétrants, juste avant Noël. Et surtout, inconnue suprême : aussi génial soit le champion du PS, l'heure sera-t-elle vraiment, au printemps 2027, à une sociale-démocratie qui, à la dernière élection, grâce à la modestie immodéré d'Anne Hidalgo, avait tutoyé le score lilliputien de 1,7% des voix.
 
 
Pascal Décaillet

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel