Sur le vif - Mardi 20.10.26 - 05.59h
L’argument « Je n’étais pas né », lorsqu’un interlocuteur vous évoque un événement historique, incarne le degré zéro de la connaissance et de l’intelligence humaines.
Il existe, depuis Hérodote et Thucydide, il y a 25 siècles, une approche de la conscience humaine qui s’appelle l’Histoire. Je m’emploie, pour ma part, à l’exercer depuis l’âge de sept ans.
L’Histoire, ou plus simplement l’intérêt à reconstituer le contexte d’événements le plus souvent antérieurs à nos propres vies, est un fascinant effort d’imagination, tourné vers le passé. Il exige des antennes, de l’instinct, il stimule le cerveau et les sens. Il est l’une des activités les plus créatives de la conscience humaine. L’Histoire, c’est bon pour la tête.
Répondre « Je n’étais pas né », c’est la démission de cet effort de conscience. C’est tout ramener à sa seule expérience de contemporanéité.
Pour ma part, je suis né à Homère, Sophocle et Thucydide. Je suis né à Martin Luther, Hölderlin, Beethoven et Bertolt Brecht.
L’Histoire, c’est renaître mille et mille fois. Ailleurs que dans les méandres de sa propre biographie.
L’Histoire, c’est sortir de soi-même, pour mieux se connaître.
Pascal Décaillet