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Les militants communistes méritent notre respect

 

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.11.26

 

De ma vie, je n’ai jamais supporté l’anticommunisme. J’avais 31 ans à la chute du Mur, j’ai donc passé mes trois premières décennies sous la Guerre froide. Dans mon enfance, mon adolescence, on nous présentait le monde comme coupé en deux, à l’Ouest les gentils, à l’Est les méchants. Je n’ai, de toute mon existence, jamais cru une seule seconde à cette fable, surgie d’abord, avant-guerre, d’une certaine idéologie de la bourgeoisie britannique, puis de l’impérialisme américain. McCarthy, ça vous parle ?

 

Bien sûr, il y avait le régime soviétique, ses horreurs, le goulag, il ne s’agit évidemment pas de nier cela. Mais enfin, la moindre des choses, et je m’y suis employé très jeune, était de se renseigner sur l’Histoire. Pourquoi avait-elle eu lieu, cette Révolution de 1917 ? Quelles injustices, terribles, de l’époque des Tsars voulait-elle combattre ? Quel fut, par la suite, l’enchaînement d’actions qui aboutirent à la dictature d’une Nomenklatura ? Et puis, dès la fin de l’enfance, j’ai étudié à fond la Seconde Guerre mondiale, lu des centaines de livres, pu éprouver le rôle immense, décisif, joué par l’Armée Rouge dans la défaite du nazisme : c’est sur le front de l’Est, et nulle part ailleurs, que s’est déroulé, entre le 22 juin 1941 et le 8 mai 1945, le choc gigantesque où le destin de la guerre s’est joué.

 

J’ai aussi, de très près, comme peu de gens, je pense, en Suisse romande, étudié le communisme allemand. Son rôle dans la Révolution de novembre 1918, puis dans les années de combat entre Spartakistes et Corps-francs, de 1919 à 1923, puis sous la République de Weimar, puis l’enfermement de ses membres dans des prisons ou des camps de 1933 à 1945. Puis, sa renaissance, « Auferstanden auf Ruinen », à l’Est, en zone d’occupation soviétique, dans la grande aventure de la DDR, de 1949 à 1989. L’Histoire de l’Allemagne de l’Est, elle aussi, je pense la connaître de façon particulièrement pointue en Suisse romande. Il se trouve que certaines circonstances personnelles, dans ma jeunesse, m’ont amené à entretenir avec la DDR un lien fort. Je n’ai jamais, une seule seconde, soutenu son régime, qui était évidemment celui d’un parti unique. Mais je puis témoigner d’un système social, coopératif, éducatif, culturel ne méritant absolument pas l’image de l’Allemagne de l’Est véhiculée par la propagande de l’Ouest. Je l’ai toujours affirmé : l’héritage de cohésion sociale de la DDR méritait un autre destin que d’être avalé gloutonnement par l’Ogre capitaliste et atlantiste Kohl, en 1990.

 

Enfin, toute ma vie, j’ai respecté les militants communistes de nos pays, à l’Ouest. Le parti communiste italien, admirable, exemplaire, avec la grande figure de Berlinguer. Les braves militants communistes de base en France, en Espagne, au Portugal, et bien sûr nos militants du Parti Suisse du Travail. Ces gens-là, souvent modestes, n’ayant rien à voir avec la terreur stalinienne, ont, simplement, lutté toute leur vie pour la justice. A l’époque de l’Argent-Roi, de la spéculation souveraine, de la financiarisation de notre économie, leur rectitude et leur courage méritent le respect. Je leur dis, en tout cas, ici, publiquement, le mien.

 

Pascal Décaillet

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