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Fracture numérique : honte et scandale !

 

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.10.26

 

Un poison, plutôt qu’une chance. Un obstacle, plutôt qu’une aide. C’est hélas ainsi qu’un nombre considérable de nos compatriotes perçoivent la numérisation galopante de nos sociétés, de nos services. Et parmi ces gens, les plus défavorisés d’entre nous. Avec, de ma part, une pensée toute particulière pour les plus âgés, les oubliés de la Révolution numérique, ceux qui sont complètement largués par les actes, mais aussi par le charabia, informatiques, dont nul ne leur a jamais expliqué le sens, ni donné le mode d’emploi. On les laisse seuls, face au monstre.

 

Cette histoire est celle d’une fracture de notre société. D’un côté, les branchés, y compris les jeunes retraités, ceux qui sont encore dans le coup, ont encore assez d’énergie pour se battre, tenter de comprendre les exigences de la machine. De l’autre, les fatigués. Les éreintés. Ils ont bossé toute leur vie, contribué à la prospérité de la Suisse moderne. Et là, on les largue. On les laisse face à leur solitude, face à un univers dont ils n’ont pas les clefs. Le mot « dégueulasse » n’est pas assez fort pour décrire toute la trahison de cet abandon.

 

Et nos parlementaires, ils font quoi ? Eux sont en pleine force de l’âge, en pleine carrière, tout à leur jeu de miroirs et d’ambitions. Eux ont des gens, autour d’eux, pour les aider. Des assistants, des pairs, des collègues de parti. Eux sont en plein dans le circuit, dans le réseau. Mais les vieux ! Les solitaires ! Les fragiles ! Ceux qui ne peuvent plus atteindre une banque, une assurance, une régie, un prestataire de santé, ni un quelconque service public, par téléphone. Parce qu’il faut passer par « l’application ». Qui, elle-même, est gérée par une intelligence artificielle. La personne fragile, précaire, a besoin d’une voix, d’une présence HUMAINE, pour lui donner un coup de main. Et on lui balance un robot ! Et nul, à Berne, ne semble se soucier de cette mise à l’écart brutale de toute une partie, d’ailleurs numériquement croissante, de notre société !

 

J’alerte depuis longtemps, notamment ici même, sur ce phénomène. Mais les politiques roupillent. Ils sont, eux, dans la bulle des décideurs, coupés du monde, ils ne saisissent pas la souffrance des plus fragiles. A ce stade, il m’apparaît que le seul acte politique capable de provoquer un réveil national est celui, si conforme à nos traditions suisses, de l’initiative populaire fédérale. Un texte surgi du peuple, au service du peuple, et soumis au peuple. Sans passer par les barrages des intermédiaires, manifestement insensibles à la gravité de la situation.

 

Elle demanderait quoi, cette initiative ? L’absolue nécessité, pour tout service public, ou privé de grande envergure, de demeurer atteignable par voix humaine. Celle, aussi, d’initier TOUS LES SENIORS, par des ateliers gratuits, au maniement du numérique. On ne laisse pas, ainsi, toute une partie de notre population croupir dans l’angoisse du non-savoir-faire, pendant que les décideurs se royaument sur la toile magique.

 

Pascal Décaillet

 

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