Sur le vif - Mardi 03.11.26 - 08.43h
Il y a 51 ans et un jour, le 2 novembre 1975, j’étais à quelques mois de ma Maturité, je revois cette scène au journal télévisé, le corps d’un homme sans vie, retrouvé sur la plage d’Ostie, près de Rome. Crime crapuleux ? On n’a jamais su. Ce gisant, le Jour des Morts, s’appelait Pier Paolo Pasolini. J’ai vu ses films, certains maintes fois. J’ai lu ses poèmes. J’ai étudié son parcours communiste. J’ai aimé cet homme.
Pasolini est un homme complexe, nous le sommes tous. Dans son œuvre, cinématographique ou poétique, il laisse poindre, avec un génie puissant, mais toujours retenu, des parts, des éclats disparates, de vérité sur sa personne. À nous, spectateurs, lecteurs, d’assembler les pièces du puzzle. Ou non. La part de ruine, jetée là, est si souvent plus saisissante que la reconstitution intellectuelle de l’ensemble.
Je vous invite à vivre avec Pasolini. Surtout, ne vous précipitez pas, la gloutonnerie ne mène à rien. Savourez. Commencez où vous voulez. Moi, j’avais débuté, très jeune, par Il Vangelo secondo Matteo, l’Evangile selon Mathieu. Et puis, grâce à Rui Nogueira, j’ai tout vu. Lisez absolument ses poèmes. Lentement, à haute voix, en italien bien sûr. Il existe d’excellentes éditions bilingues.
Et puis, plus tard peut-être, lisez ses écrits de jeunesse, dans les revues d’étudiants, sous le fascisme. Cheminez avec lui vers le communisme, pas n’importe lequel, celui des Italiens ! L’un des plus élaborés, dans les décennies d’après-guerre, en Europe occidentale. Le communisme d’Enrico Berlinguer.
Et moi, je pense et repense à cet homme, Pasolini, hanté d’imagerie chrétienne, de peinture italienne, de langue italienne, de tragédie grecque, ami magnifique de Maria Callas, qui fut sa Médée.
Pasolini, paradoxe de tradition et de révolution, allant jusqu’à les fusionner, génie du cinéma, magicien des mots. Je pense à vous, Pier Paolo.
Pascal Décaillet