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La France de la peur fera la différence

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.10.26

 

La stupeur. C’est le mot qui résume la réaction générale face au déferlement d’images de violence en France. Les plus renseignés sur l’Histoire pensent aux barricades de 1830 et 1848, puis à celles de la Commune en 1871, puis à la tentative de coup de force des Ligues et des Camelots, le 6 février 1934, ou encore à Mai 68. Les autres, donc la masse immense, encaissent les images, se demandent à juste titre ce qui arrive à ce magnifique pays. Chacun de nous tente de faire, dans sa tête, la part des choses entre l’émeute sociale, sa récupération par des profiteurs et des pillards, et l’insurrection générationnelle. Quelques-uns, trop rares, qui ont l’esprit politique et le sens de l’Etat, voudraient savoir s’il y a eu, en une quelconque officine, un plan concerté, pour faire vaciller la République, comme le 6 février 34. La masse des retraités, quant à elle, découvre une certaine jeunesse de France, son dénuement, sa pauvreté, son sentiment de génération sacrifiée. Tout cela, bien sûr, nous interpelle. Il y a largement de quoi réveiller nos méninges, électriser nos consciences.

 

La masse des retraités. Ou, disons, les enfants du baby-boom, ayant eu la chance de commencer leur carrière en période de plein-emploi, ayant travaillé toute leur vie, capitalisé aussi, pour s’offrir une retraite au moins digne, si possible un peu plus. En clair, des millions de personnes. Je dirais même : le personnage muet, mais majeur et décisif, de cette crise française. C’est cette catégorie-là qui fera la différence, dans les choix cruciaux du printemps 2027. D’abord, ils possèdent un poste de télévision, et passent des heures, émeutes ou pas, à le regarder, de leur canapé, surtout le soir, alors que la jeune génération tapote et s’informe à longueur de journée sur les réseaux. Il faut bien se dire que toutes les TV privées parisiennes, mais aussi le service public, formatent leurs émissions pour ce public-là, plus de 50 ans, voire carrément retraité, avec du temps pour dévorer les programmes.

 

Ce public-cible, électoralement, constitue, pour un parti, une masse autrement importante à capter que n’importe quelle communauté, y compris celle des banlieues, des « cités ». Y compris, même, celle de la jeune génération, qui n’a d’ailleurs rien d’uniforme. C’est cette masse de retraités muets, discrets, craignant pour leur bas de laine, parfois d’ailleurs bien maigre, qu’il s’agira, le jour venu, de convaincre. Certains sont à gauche, d’autres à droite, peu importe : tous répugnent à cette irruption brutale de la racaille et de la canaille, qui du reste oblitère les légitimes revendications des lycéens pour étudier dans de bonnes conditions. Soyons clairs : le retraité tranquille, qui a bossé toute sa vie, veut rester peinard devant sa télé si ça le chante, avec son drink et ses chips, est le personnage muet, décisif, de la crise. Le jour venu, en avril puis mai 2027, il enverra à l’Elysée celui – ou celle – qui lui garantira la pérennité de son confort, bien mérité. Cette France de la peur, comme en juin 68, fera la différence.

 

Pascal Décaillet 

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