Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Libéralisme : le poison était dans le fruit

 
 
Sur le vif - Jeudi 05.11.26 - 15.25h
 
 
La grande mutation que nous vivons tous, en Europe, est celle de la rupture avec le libéralisme. Non seulement avec l'ultra-libéralisme, que nous condamnons presque tous (à l'exception de deux ou trois Mohicans, que je respecte pour leur courage). Mais avec le libéralisme, tout court.
 
Il faut avoir le courage de le dire : la distinction qu'on nous balance immédiatement entre Tocqueville, Benjamin Constant d'une part, et les enragés anti-Etat qui nous pourrissent la vie depuis la chute du Mur, m'apparaît de moins en moins pertinente. Bien sûr, les premiers ont mon estime, parce qu'il y a une construction intellectuelle, et aussi l'attachement aux libertés fondamentales, là je dis oui.
 
Mais au fond, pour ma part, le libéralisme économique, je le rejette dès le départ. Dès la Révolution française, où il a joué un rôle majeur, pour conforter la prise de pouvoir par la bourgeoisie (il n'y en eut nulle autre). Mais même avant, dès cette aile économique et affairiste des Lumières, en France et en Angleterre beaucoup plus qu'en Allemagne (Aufklärung), qui est à l'origine de la financiarisation, par le Capital, de l'industrie. Cela, je le condamne dès le départ. Pour moi, une usine devrait appartenir à ceux qui y travaillent.
 
J'ai étudié à fond l'Aufklärung allemande, prussienne surtout. Elle laisse toute sa place à l’État. Elle affirme la nécessité de l'effort, du mérite, de l'acquisition du savoir, ou de compétences manuelles, pour faire progresser la société. On est à des années-lumière de surexcitation paroxystique anti-Etat, en Europe, sous influence anglo-saxonne, depuis 37 ans. Oui, la chute du Mur a précipité la floraison de cette lèpre du profit facile, sur le gain spéculé. Or, désolé, l'usure na jamais été ma tasse de thé.
 
Je suis Suisse romand, Valaisan de Genève, je parle français. Mais je crois que je pense en allemand. Dès qu'il est question de réflexions sur la langue, la structure d'un corps social, je suis plus à mon aise dans la pensée prussienne du 18ème, puis 19ème, que dans d'autres domaines.
 
Je rejette le libéralisme. Je respecte encore, un peu, celui des humanistes, grâce notamment à la qualité de mes contacts intellectuels avec un homme comme Cyril Aellen, libéral de très haute tenue, qui arrive encore à me convaincre de ne pas tout rejeter en bloc dans cette école de pensée. Mais ce distinguo, je le fais de moins en moins.
 
Je crois que la Révolution libérale, dès 1789, puis après 1848, a certes fait prospérer l'économie, mais au détriment du corps social. Or, c'est à ce dernier, sa conservation, sa cohésion, sa richesse de traditions, que je suis attaché. Il laisse, quant à lui, une place à la spiritualité, là où les Lumières libérales, blafardes de Raison triomphante, nous plongent, sur le plan littéraire et esthétique en tout cas, dans un ennui profond.
 
On me permettra de lui préférer la petite musique intérieure qui rattache chacun de nous à sa langue, à son univers sonore, à la musique, à sa famille, ses amis, ses morts, ses adhésions spirituelles, son rapport à la nature.
 
Je ne veux pas détruire cela. En aucun cas. Jamais.
 
 
Pascal Décaillet
 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel