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  • Non aux obsédés du marché !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.03.17

     

    Pourquoi refusent-ils d’admettre, simplement, qu’ils se sont trompés ? Il y a dix, quinze, vingt ans, ils n’en pouvaient plus de nous administrer la leçon sur les vertus incomparables de l’échange. Libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises. Négociations multilatérales d’accords commerciaux, sous le haut arbitrage de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce, siège mondial à Genève). Disparition des frontières physiques. Abolition des taxes douanières. Liquéfaction progressive des Etats et des nations, pour se fondre dans d’immenses conglomérats, comme l’Union européenne, ayant la taille du continent, pouvant ainsi « rivaliser avec la Chine ». Pour y parvenir, délégation de souveraineté des nations à ces grands ensembles. Il fallait penser grand, global, continental, planétaire.

     

    Le moins qu’on puisse dire est qu’on est revenu de cette idéologie. Les nations ne sont pas mortes. Les frontières sont vivement souhaitées par les peuples, demandeurs de contrôles beaucoup plus importants. La régulation des flux migratoires (qui n’est pas une fermeture des frontières) est, de plus en plus, exigée par la base. Les thèmes de la préférence nationale (ou, en Suisse, cantonale) ne sont plus du tout de l’ordre du tabou. L’idée, totalement vilipendée pendant les années 1990 et 2000, de protectionnisme, avance à grands pas. En matière agricole, où le niveau de vie des paysans atteint hélas des seuils catastrophiques, elle apparaît même comme une évidence. Bref, un peu partout dans nos pays, Suisse, France, Angleterre, sonne la fin d’une ère. Peut-être pas du libéralisme, grand mouvement de pensée politique, né des Lumières, parfaitement respectable. Non : plutôt la fin de l’acception « ultra » du terme, cette vague née des années 80, qui prétendait tout emporter sur son passage, pour le seul culte du libre-échange et du profit.

     

    Personne ne nie les vertus de l’échange. Le problème, c’est qu’au lieu de le tenir pour ce qu’il est, un moyen d’action, on l’a purement et simplement sanctifié. Jusqu’à favoriser exagérément, dans la politique économique suisse, le commerce extérieur par rapport, notamment, à l’agriculture. On a tout misé sur les uns, quitte à laisser tomber les autres. Car enfin, à quoi riment les paiements directs, s’ils ne s’inscrivent pas dans une volonté politique affirmée de promouvoir nos terroirs, nos produits, notre agriculture ? Pour suivre depuis plus de trente ans le dossier agricole, l’avoir couvert déjà du temps de Delamuraz, je puis affirmer que la Suisse, aujourd’hui, n’a plus de vision claire, offensive, dans ce domaine.

     

    De quoi avons-nous besoin ? De quoi, si ce n’est de nous sentir, ensemble, dans des réseaux de solidarités. En allemand, cela porte un beau nom : « Gemeinschaft », « communauté ». Cette intimité du lien entre les humains d’un même lieu, le libéralisme ultra, avec son exaltation de l’échange, et ses rêves mondialisés, a bien failli la casser. A nous de la reconstruire. La politique est une affaire d’hommes et de femmes, unis dans la citoyenneté. Ne la laissons pas aux obsédés du marché.

     

    Pascal Décaillet

     

  • L'homme qui a osé toucher au dogme

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    Sur le vif - Vendredi 03.03.17 - 15.45h

     

    Depuis des années, ici et ailleurs, dans mes éditos, je plaide contre la libre circulation des personnes. Non pour fermer les frontières, bien entendu, mais pour réguler les flux migratoires. Depuis des années, j’explique les raisons de ma démarche : des vannes trop ouvertes permettent peut-être, dans un premier temps, de faire prospérer une partie de notre économie, mais à terme, c’est le corps social de notre pays qui est blessé, la cohésion atteinte, les équilibres de solidarité, si précieux et si fragiles dans la construction suisse, mis en péril.

     

    Et même ce profit à court terme, réalisé dans les années de vaches grasses, à qui a-t-il été utile ? Hélas, à quelques-uns seulement, qui ne se sont pas empressés de redistribuer les gains réalisés. Les fameuses « mesures d’accompagnement », qui ont permis, il y a quinze ans, d’embarquer une gauche bien naïve dans la folle aventure de la libre circulation, personne n’en a vu la couleur. En tout cas pas les plus défavorisés, les travailleurs précaires, les chômeurs. Au Tessin, à Genève, on a vu émerger des mouvements politiques défendant, à juste titre, l’intérêt des résidents. Au niveau suisse, on a enfin commencé à parler de « préférence nationale ». Mais c’était bien tard.

     

    La leçon première de toute cette affaire, ce sont ces quinze années de surdité volontaire à une douleur montante, de plus en plus exprimée, jamais écoutée. On l’a vu dans la non-application, totalement scandaleuse, de l’initiative du 9 février 2014, par les Chambres fédérales, aggravée par une totale inexistence du Conseil fédéral dans la conduite politique du dossier. Dans cette surdité, cette insensibilité, ce déni de prise en compte du réel, un parti, en Suisse, devra assumer face à l’Histoire une lourde responsabilité : le PLR. Avec lui, certaines organisations patronales, Economie Suisse, mais pas l’USAM, tellement plus proche du petit et moyen entrepreneur, proche de son travail.

     

    C’est dans ces conditions qu’intervient la bombe Benoît Genecand. Ce brillant conseiller national PLR, entré tard en politique, assurément atypique dans son parti, esprit libre et audacieux, explique, dans la Tribune de Genève de ce matin, les raisons de son opposition à la libre circulation des personnes. Dans le parti qui est le sien, c’est une atteinte au dogme. Un peu comme un théologien contestataire allemand, style Hans Küng, qui viendrait tranquillement expliquer au Vatican que, sur telle disposition conciliaire de Nicée ou Latran, ils ont tout faux. Bonjour l’ambiance. Habemus Benedictum. Septimum decimum. Haereticum !

     

    Dans la famille PLR, Benoît Genecand n’est pas seul. D’autres langues, sans tarder, ne manqueront pas de se délier. Non pour se convertir à la Révolution prolétarienne, mais parce qu’elles voient bien l’impasse sociale, donc politique, créée par une application aveugle et dogmatique du principe d’ouverture des frontières. Aussi, parce qu’elles sont inspirées par un vrai respect du suffrage universel, et ne sont pas dupes des gesticulations parlementaires, à Berne, pour accoucher de toutes choses, sauf du respect de la volonté populaire du 9 février 2014. Il y a, croyez-moi, rien qu’au PLR genevois, plusieurs importantes figures qui voient les choses comme cela. Dans les jours qui viennent, elles s’exprimeront.

     

    Surtout, Benoît Genecand a 100% raison d’empoigner le sujet principal, le seul qui vaille. Cessons de tourner en rond, avec les ineffables « contre-projets du Conseil fédéral à l’initiative RASA », ultimes manœuvres où la Berne fédérale touche le fond. Laissons tout cela, et entamons un vaste débat national, en profondeur, en prenant le temps qu’il faudra, sur le seul vrai thème : la libre circulation des personnes. Moi-même, qui y suis opposé, je ne demande qu’une chose : que le peuple et les cantons, le seul souverain de ce pays, tranchent. S’ils la maintiennent, j’en prendrai acte, et respecterai le suffrage. S’ils l’abolissent, j’en serai profondément heureux, pour les équilibres sociaux internes à la Suisse, auxquels je suis si profondément attaché. Notre pays est une petite fleur fragile. Elle s’accommode mal de déferlements. Elle exige une infinie délicatesse pour faire tenir ensemble, dans le respect et la cohésion, ceux qui, maintenant, l’habitent et construisent son destin.

     

    Pascal Décaillet

     

  • L'homme qui nous aime tous

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    Sur le vif - Jeudi 02.03.17 - 16.07h

     

    Un candidat surgi du néant. Un homme sans passé, qui viendrait se fiancer avec l’avenir. Un homme charmant, en vérité, gendre idéal, tiré à quatre épingles, souriant, charismatique au milieu des foules, télévangéliste : « Je vous aime, je vous aime tous ! ».

     

    Un homme qui a d’abord commencé par exister comme officiant de grands-messes, avant même de dévoiler la moindre parcelle de programme. On venait le voir, lui, l’homme, le phénomène, indépendamment de toute espèce d’orientation politique pour l’avenir de la France. D’ailleurs, pourquoi s’embarrasser encore de programmes ?

     

    D’où sort cet homme ? On ne sait rien de lui. Son parcours politique est tout récent, tout frais. Il a fait figure d’homme de droite dans un gouvernement de gauche, il a joué les orléanistes sous les lambris de la République, il est parti, il a fait campagne, il nous aime, il nous aime tous.

     

    Il a réussi le tour de force, unique dans les annales de la Cinquième, d’occuper avec brio la piste aux étoiles, jusqu’au 2 mars de l’année d’élection, à seulement quelques semaines du premier tour, sans rien dévoiler qui pût, de près ou de loin, ressembler à un programme. Il fallait d’abord assurer la visibilité de l’homme, comme dans la promotion d’un produit, les détails ne viendraient qu’ultérieurement. Il s’est vendu lui-même, comme une crème de beauté. Un élixir. La promesse d’une Aurore Boréale.

     

    D’où vient cet homme, de quelles arctiques latitudes ? Il n’a, dans son sillage, ni Fuites, ni Observatoire, ni bruit, ni odeur, ni emplois fictifs, ni Libération de Paris. Ah, si : il a la banque privée, comme Pompidou. Il y aurait appris « la grammaire des affaires ». Sujet, verbe, complément : je vous aime, je vous aime tous.

     

    Mais y avait-il un monde avant la grammaire ? D’où sort cet homme ? De quels Limbes, de quelle innocence, feinte ou réelle ? Homme nouveau, Kennedy, Pepsodent, Lecanuet, réformateur, on la connaît la musique. On la connaît, mais elle marche : les tubes s’arrachent, chez le charmeur aux dents blanches.

     

    Au-delà de l’homme, d’où vient cette candidature ? Qui la soutient, qui la finance ? En France, seulement ? Aux Etats-Unis, dans quelque officine de la Côte-Est ? Dans les milieux d’affaires, ceux qui ont intérêt, à tout prix, à sauvegarder le système de libre circulation du Capital ? Et si cette candidature, d’apparence si fraîche, si spontanée, avait été, en réalité, mûrement préparée, depuis longtemps, pour faire pièce, non à M. Fillon, qu’il s’agissait d’éliminer en premier, mais au vrai danger : celui d’une ascension protectionniste, régulatrice des flux migratoires, opposée à l’Euro, à l’Union européenne ? Emmanuel, promesse boréale de la victoire contre celle qui fait vraiment peur, de New York à Bruxelles.

     

    En attendant, il est là. Frais comme un gardon. Il n’a toujours pas vraiment de programme, si ce n’est l’habituel fatras (mais chez la plupart des autres aussi) où tout est évoqué, sauf les intérêts suprêmes de la Nation, qui sont pourtant la seule chose qui compte, à l’Elysée. Mais foin de programme ! Laissons là ces enfantillages. Il s’agit de paraître. Le prochain meeting nous attend, le prochain cirque. Il nous aimera, il nous aimera tous. Pour des Aurores qui chantent.

     

    Pascal Décaillet