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Davos ? On s'en luge !

 
 
Sur le vif - Mardi 20.02.26 - 15.52h
 
 
 
Davos a toujours été insupportable. Et, pour ma part, depuis plus de trente ans, je l'ai toujours dit. Sous couvert de lieu d'échanges intellectuels sur les modèles économiques du futur, nous avons affaire, depuis des décennies, à un festival de génuflexions devant les puissants du monde occidental. A commencer par les premiers d'entre eux, suzerains dans l'ordre de l'arrogance et de l'impérialisme : les Etats-Unis d'Amérique. J'ai toujours détesté cela.
 
Que les puissants se réunissent, se congratulent, se cirent mutuellement les pompes, fassent leur cirque, c'est leur problème. Mais, depuis des décennies, ce flot de journalistes, tellement obédients face au capitalisme ! Ces conseillers fédéraux, qui se ruent sur Davos, tout heureux de se faire voir avec les grands de ce monde. Et donnent une telle impression de servilité que nous, citoyennes et citoyens de ce pays que nous aimons, nous en sommes révulsés.
 
Nous sommes, à l'échelle du monde, un tout petit pays. Mais nous avons des valeurs. Nous prônons la simplicité, le respect mutuel, des tonalités égales entre tous les humains, riches ou pauvres, "occidentaux" ou de l'Orient compliqué, toutes langues, couleurs de peau, religions confondues. Ce souci égalitaire est l'honneur même de notre petite Suisse. Nous n'aimons pas les prosternations devant les puissants, je l'ai lu dans une certaine pièce de Schiller, dès l'âge de quinze ans. Ces vers immortels, comment les oublier ?
 
A l'arrogance de Davos, il faut opposer Schiller. Son Wilhelm Tell, mais aussi, et sans doute plus encore, le "Ritter Götz von Berlichingen", du jeune Goethe (24 ans), que j'ai eu l'immense honneur de voir au théâtre à Nuremberg, où je passais l'été, en juillet 1971. Ces vers de liberté, ces syllabes d'affranchissement, qui préfigurent les plus beaux passages de Brecht ou de Heiner Müller, un siècle et demi plus tard, vous restent ancrés dans l'âme.
 
Les puissants de ce monde ont le droit de se réunir à Davos. Mais qui oblige la Suisse à en faire un tel foin ? Il y aurait tant à dire, à l'heure où des quotidiens "de référence" semblent enfin découvrir l'existence de Thomas Mann, sur cette sacralité de la montagne grisonne, ce besoin tellurique d'un Temple sur l'Alpe.
 
Mais là, quel temple ? Juste le culte du Veau d'Or. La prosternation devant les forces de l'Argent. Face aux puissants, le sourire de fièvre et d'angoisse des faibles. Même pas Sganarelle. Même pas Leporello. Non, juste le commis de basses oeuvres, sans nom, la cruauté juste nourrie par sa propre peur de la disgrâce.
 
Non. Je suis Suisse, et vous aussi, qui me lisez. Nous avons d'autres valeurs à défendre. Autrement plus belles, plus fondamentales. Notre démocratie. Notre respect des minorités. Notre amour du pays. Nos regards d'humains à humains, chacun en valant un autre, sans exception. Quant à Davos, je vous le dis avec les plus beaux souvenirs de glisse, oui ce saisissant vertige de la pente, aussi loin que remontent mes souvenirs dans le chalet valaisan de mon enfance, quant à Davos, on s'en luge.
 
 
Pascal Décaillet
 

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