Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liberté - Page 656

  • Genève, demeure à taille humaine !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.10.19

     

    Genève est une ville extraordinaire. Et son canton, parfaitement circonscrit par les barrières naturelles que sont le Jura, le Salève, les Voirons, ne l’est pas moins. Une ville, à la fois comme un aboutissement, celui du Rhône surgi du lac, et comme une renaissance : ayant, un temps, confondu son identité avec celle du Léman, le fleuve redevient fleuve, assume son destin de cours d’eau, à travers le Jura, puis Lyon, Valence, Arles, jusqu’à la Camargue. Comme il existe des autels sur les chemins de piété, Genève constitue une étape, dans la procession fluviale. Être natif de cette ville, hors du commun, nous oblige face à l’avenir. Nous devons certes la faire évoluer, c’est la mission des architectes et des urbanistes. Mais en aucun cas nous ne devons la dénaturer.

     

    Prenez n’importe quelle photo aérienne : le miracle de Genève, c’est cet équilibre, qui relève de la pureté trigonométrique, entre le développement de la ville, puis des communes suburbaines, avec les zones vertes, forêts ou campagne. Genève a besoin de densité, et sans doute d’un peu d’élévation (sans sombrer dans le syndrome de Babel), mais aussi de verdure, de respiration. Nous avons besoin d’aimer notre ville, mais nous devons sentir, pour toujours, la providentielle proximité de la vie naturelle. Les oiseaux migrateurs, le long du Rhône. La douceur de nos sous-bois. La vitalité de nos champs, matriciels, nourriciers. Chaque habitant de Genève sera prêt à accepter une ville dense, à condition qu’il se sache à quelques minutes de la campagne. Faute de quoi, la croissance deviendra l’enfer.

     

    Je n’invite pas ici à la décroissance, suis moi-même un petit entrepreneur et sais à quel point tout est fragile. Mais j’invite à une croissance humaine, mesurée, totalement respectueuse de l’environnement, faune et flore, cours d’eau, biotopes. Nulle entreprise humaine se pourra construire sa réussite sur la destruction des équilibres naturels. A cet égard, il convient de se méfier comme de la peste d’une certaine idéologie libérale de la croissance, considérant cette dernière comme une simple courbe mathématique, tendant vers l’infini. Non, la croissance a ses limites ! Elles sont celles de la vie, du respect, de la mise de l’humain (et non du profit) au centre de tout. Si vous en avez le temps, je vous invite un lire un texte majeur, Rerum Novarum (rassurez-vous, il existe en français !), lumineuse Encyclique de Léon XIII, publiée en 1891, sur la nécessité de contenir la modernité. A l’époque, il s’agissait par exemple d’empêcher que les enfants travaillent dans des mines, c’était aussi le combat, magnifique, des socialistes.

     

    Je rêve d’une Genève belle et densifiée, dans la ceinture urbaine, avec le génie et les matériaux des architectes de demain, mais inscrite au milieu d’un écrin de verdure qui doit être considéré comme un sanctuaire. Inventer l’urbanisme des générations à venir, c’est dessiner une ville qui soit la ville, entourée d’une campagne sauvée. Vaste programme, passionnant et tellement stimulant. Excellente semaine !

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Serge Dal Busco : en progrès !

     

    Sur le vif - Mercredi 16.10.19 - 09.49h

     

    Les mesures annoncées par Serge Dal Busco sur la "mobilité douce" (je mets toujours des guillemets autour de la novlangue que veulent imposer les Verts) vont dans le bon sens.

    Elles favorisent les pistes cyclables, ce qui est très bien. Pour autant, elles ne bannissent pas un trafic motorisé privé qui a parfaitement le droit à l'existence, et a été avalisé par le libre choix du mode de transport, voté par la population.

    Là, le ministre des Transports fait juste. Il me plaît de le relever, les signaux de ces derniers mois ayant été très inquiétants, tant ils donnaient de gages à certains ayatollahs anti-voiture, et tant ils donnaient l'impression de trahir les engagements historiques de l'Entente en termes de mobilité.

    Surtout, il émane de ces mesures un bon sens, une modération, une prise en compte du concret et des besoins réels des usagers, qui tranchent avec la guerre de religion dans laquelle les ayatollahs, justement, voudraient tant enfermer la classe politique.

    M. Dal Busco, cette fois, votre ductilité aura été utile au bien commun.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Climat : on nous somme, on nous assomme !

     

    Sur le vif - Mardi 15.10.19 - 13.47h

     

    Que restera-t-il, dans dix ans, vingt ans, du prodigieux tintamarre climatique de cet automne électoral suisse ? Dans cinq jours, bien sûr, les Verts marqueront des points, comme il y a huit ans, lorsqu'ils avaient exploité à fond l'affaire de Fukushima. Les Verts sont un parti respectable, mais ils sont un parti comme un autre, habités par les mêmes ambitions, le même démon du pouvoir, les mêmes rivalités internes, que n'importe quelle autre formation. Ils en ont le droit, c'est le jeu, mais de grâce, qu'ils nous épargnent le coup de la "politique autrement", où ils seraient les agents du Bien, et leurs adversaires, ceux du Mal.

    La politique est une affaire temporelle. Elle amène des sociétés humaines à se donner des lois, qui ne valent pas pour l'éternité, ni face au Ciel, ni surtout pour l'universalité de la planète, mais pour un territoire donné, délimité par des frontières, dont les habitants partagent une communauté d'appartenance, déterminée par l'Histoire, les guerres, les traités, le rapport à la langue, à la littérature, à la culture. La politique est l'affaire de Créon, pas celle d'Antigone.

    Comme maintes fois dit, il ne s'agit pas de nier la question climatique. Ni la nécessité de protéger notre planète. Mais on peut aborder ces questions dans l'ordre d'une rationalité temporelle, où on discute, confronte des arguments, c'est cela la politique.

    Hélas, dans l'affaire climatique, nous ne sommes plus dans cette disputatio, où le choc idées, comme celui de deux silex, produit des étincelles de lumière. Non, nous sommes dans la religion. On ne nous propose pas de suivre des pistes, on nous somme, et bien souvent, on nous assomme. Celui qui, par aventure, ne suivrait pas le dogme (prétendument démontré, ah la perversité de la "science" !), se trouve immédiatement exclu du champ. Sur lui, l'anathème. On le traite de négationniste. On le qualifie, lui, on lui jette une étiquette, on s'évite ainsi la contre-argumentation. Ce procédé porte un nom : il est celui de l'Inquisition.

    Dans dix ans, vingt ans, d'autres jetteront un œil critique, avec la distance de l'Histoire, sur cet automne de folie autour d'un thème unique, en Suisse.

    Dans dix ans, vingt ans, les grandes souffrances sociales d'aujourd'hui, autour des primes d'assurance maladie, de la santé, des retraites, du prix des médicaments, de la solitude des aînés, du lâchage de nos paysans, comment seront-elles considérées ?

    Dans dix ans, vingt ans, se rendra-t-on compte, enfin, de l'immense effet de paravent du thème unique climatique, pour mieux laisser dans l'ombre les questions premières, qui ne sont pas théologiques, mais temporelles ? Elles ne sont pas célestes, ni cosmopolites. Mais propres à des terroirs déterminés, à l'organisation de sociétés, nommées nations, délimitées par des frontières, avec responsabilité de cohésion sociale.

    Dans cet immense effet de paravent, les bobos libertaires auront, une nouvelle fois, été les alliés objectifs des ploutocrates et des possédants. Contre une classe moyenne qui, elle, prise à la gorge, demeure le grand acteur, invisible et muet, des tragédies qui se préparent.

     

    Pascal Décaillet