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Sur le vif - Page 927

  • Bonny & Clyde

     

    Sur le vif - Vendredi 14.09.12 - 18.32h

     

    Bon, je déclare tout de suite mes liens d’intérêt : prof d’allemand, il y a longtemps, j’ai eu Didier Bonny comme élève, fort bon d’ailleurs. Et une vingtaine d’années plus tard, tout aussi bon comme instituteur, il a eu ma fille aînée. Il est plutôt chrétien social, je ne le suis pas, tout en connaissant sur le bout des doigts les souches philosophiques et politiques de ce grand mouvement né de l’encyclique « Rerum Novarum », de Léon XIII, en 1891. Un Jaune, Bonny, comme on dit en Valais. Il arrive parfois que les Jaunes deviennent Noirs : l’actuel président du PDC suisse, neveu d’un Jaune parmi les Jaunes, s’est noirci pour être élu en 2003, mais là n’est pas la question, passons.

     

    Didier Bonny a parfaitement le droit, après la carrière politique qu’il a eue, et de très longues années comme militant et conseiller municipal, de se présenter à l’élection pour le cinquième poste à l’exécutif de Genève, laissé vacant par Pierre Maudet. Il n’est – hélas – plus PDC, suite aux événements du printemps 2011, c’est dommage pour tout le monde, pour lui, pour le parti, pour la vie politique genevoise. C’est dommage, mais en même temps ça fait de lui un homme libre. Un indépendant. Il n’a de comptes à rendre à personne.

     

    A-t-il des chances ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : des gens de gauche voteront pour lui, beaucoup même. Et puis, des gens du centre, que ne tétanise peut-être pas de désir la candidature très bourgeoise, très salon, très convenable de l’Entente. Inutile de dire que cette dernière, dont on connaît maintenant les méthodes en période électorale, disons méthodes.com, va tout faire pour torpiller Bonny. Reste que ce politicien courageux, attachant et atypique bénéficie, en Ville, d’un ancrage associatif qui pourrait faire pâlir d’envie beaucoup de monde.

     

    Dans ce bel univers légué par le Sillon, Marc Sangnier, et tant de grandes figures, en Suisse et en Europe, du vingtième siècle, il est après tout légitime que puissent concourir, dans une douce fraternité réglée, pour une fois, ailleurs que sous l’Equerre, le Jaune et le Noir, le social et le libéral, l’impromptu et le convenable, bref Bonny & Clyde. La violence en moins. Du moins, on le souhaite.

     

    Pascal Décaillet

  • Après Conthey: et si on parlait politique ?

     

    Sur le vif - Dimanche 09.09.12 - 09.31h

     

    Ce qui s'est passé politiquement, à Conthey, jeudi soir, bien au-delà des questions géologiques d'Asie mineure, c'est la défaite historique, au sein même du parti, de la bande d'ultras qui, depuis plus de quatre décennies, sous couvert de canal historique, en était venue à s'imaginer que le parti lui appartenait.



    Or, le monde PLR, en Valais, est beaucoup plus large que cela, et s'est largement émancipé de ce discours ayant pour fondement un appel constant aux "Lumières", à la "Raison", et (pour certains d'entre eux), un anticléricalisme primaire.


    Oui, aujourd'hui, les libéraux radicaux valaisans travaillent, sur bien des sujets, avec le PDC, ne bouffent pas systématiquement du curé, n'ont d'ailleurs que faire de ces antagonismes-là, ne connaissent que très approximativement la bataille du Trient et les événements des années 1843, 1847, 1848. Pour ma part, moi qui les connais au jour le jour, je reconnais qu'ils commencent à devenir un peu lointains.



    Comme au niveau national, cette famille politique-là est capable de former des majorités avec la démocratie chrétienne. Elle commence à comprendre qu'entre le socialisme et l'UDC, il existe un grand, un bel espace qui aurait largement intérêt à montrer cohérence et cohésion (tout en respectant les diversités). Cela, je l'ai dit à Orsières en 2004, à Martigny (devant le Canal historique, qui m'avait aimablement invité) en 2005, à Saint-Maurice en 2006.



    En tentant, jeudi soir, vainement, de faire appel aux vieux démons anti-PDC, Pascal Couchepin a commis une erreur politique. Cela, aujourd'hui, ne marche plus. Ces partis sont appelés à travailler ensemble. Cela est valable en Valais. Mais cela l'est aussi dans d'autres cantons. Et, bien sûr, au niveau de la Confédération.



    Or, en Valais, il se trouve que l'homme qui incarne ce pont possible entre PLR et démocratie chrétienne, par tout ce qu'il est, par ses valeurs, c'est Christian Varone. Pour cela, il est, pour le printemps 2013, l'homme de la situation. J'espère pour ma part que nulle turquerie ne viendra entraver sa candidature vers le scrutin final. Ensuite, le peuple valaisan, seul souverain, jugera. C'est à lui que droit appartenir le dernier mot. Il l'élira. Ou ne l'élira pas. La justice turque, toute respectable qu'elle soit, n'est pas, jusqu'à nouvel ordre, un organe de l'élection au gouvernement valaisan.

     

    Pascal Décaillet

  • Conthey: la démocratie a gagné

     

    Sur le vif - Vendredi 07.09.12 - 00.24h

     

    Ils étaient le souverain, ils ont pris leur décision : Christian Varone sera le candidat des libéraux-radicaux valaisans au Conseil d’Etat. Plébiscité. Au premier tour ! S’il est élu, au printemps prochain, il prendra sa place dans la grande galerie des magistrats de ce parti, les Gard, Bender, Comby, Sierro et Roch. Une composante capitale dans l’Histoire du Valais moderne, aussi déterminée et combative qu’elle est minoritaire, depuis le Sonderbund et les premières élections de 1848.

     

    Mais quel chemin, jusqu’à ce soir, 23h, à Conthey ! Que de trahisons. Que de coups bas. Que de vilenies. Que d’obscures manœuvres de clans, dessinées au compas, du côté du coude du Rhône. Là où, sous prétexte de canal historique, de Raison et de Lumières, avec un grand R et un grand L, on n’a rien fait d’autre, depuis tant d’années, que de régenter de l’interne, noyauter, tout cela au service de quelques-uns, disons d’Un, cerclé d’un ou deux autres. Les prétoriens.

     

    À vrai dire, un clan. Une meute. Un pronunciamiento permanent, haïssant autant les clercs qu’il s’exprime paradoxalement comme eux, citant Saint Luc en chaire, moralisant comme ne l’oserait le plus noir des dominicains. C’est cette clique-là, ayant d’ailleurs commis à Conthey l’immense erreur de se dévoiler au grand jour, qui a perdu ce soir une capitale bataille. Le monde radical valaisan (je peine toujours à dire PLR), qui fut celui de Joseph Barman et des héroïques combattants du Trient, a vécu là un tournant historique. Il ne sera plus comme avant. Il ne sera plus tenu, je veux dire pris en tenaille, par les mêmes hommes. Un verrou prétorien, ce soir, a sauté.

     

    Reste Varone. D’un bout à l’autre, l’homme est resté calme. Ne brochant pas pendant la charge de Couchepin, ni face aux hurlements et à la gestuelle d’avant-guerre de celui que la RSR n’en peut plus de qualifier, depuis des années, « d’historien », ou « d’expert », ou (ce soir encore, 18h) de « mémoire vivante », comme s’il n’était qu’un chérubin de neutralité, alors qu’il est, avant toute chose, le plus féroce des militants.

     

    Dans toute cette affaire, d’ailleurs, entre informations erronées, lynchage de Varone par Couchepin dans sa chronique, parole constamment donnée à « l’historien, expert », insistance incroyablement lourde, ce soir, sur le poids de Savièse dans l’Assemblée, il convient de s’interroger sérieusement sur le parti pris de la RSR. Il y a eu, dans l’ensemble du traitement, quelque chose qui ne va pas. Sans parler, pour demeurer dans le Mammouth, de la TV alémanique qui a utilisé l’argent de la redevance pour acquérir du matériel géologique en Asie mineure. Vous en pensez quoi, de ça, M. de Weck, vous si prompt à moraliser ? Vous en pensez quoi, M. Loretan, président central de la SSR ?

     

    La décision de ce jeudi soir, à Conthey, est magnifique. Non parce que c’est Varone plutôt que l’un des deux autres candidats, assurément homme et femme de valeur. Mais parce que c’est Varone contre le lynchage de l’opinion publique. Varone, contre la manipulation de ce lynchage par certains des siens. Varone, contre ceux qui ont utilisé de prétendues valeurs morales pour le flinguer. Varone, contre les menaces scandaleuses d’un ancien président de la Confédération, qui a ruiné, dans sa philippique du début, une bonne partie de son crédit. Varone, contre le Grand Prêtre de l’Ordre, ci-devant dénommé « historien, expert, mémoire vivante ».

     

    Le reste, c’est une autre affaire. Les coups bas vont continuer. Le chemin d’initiation ne fait que commencer. De longs mois nous séparent du printemps 2013. Mais la soirée de ce jeudi 6 septembre fut douce et belle. Elle restera dans les mémoires comme une réponse des instances souveraines face à l’exécution par l’opinion. La prochaine étape, autrement souveraine puisque finale, sera l’élection – ou non - par le peuple valaisan. Mais au moins, les institutions auront fonctionné. La démocratie aura gagné.

     

     

    Pascal Décaillet