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Commentaires GHI - Page 255

  • Pays réel, pays des songes

     

    Commentaire publié dans GHI - 29.05.13


     

    1814, 1815 : il y aura bientôt deux cents ans, Genève devenait canton suisse, et entrait dans la Confédération. Déjà, de partout, ça commence à phosphorer pour marquer l’événement. Très bien. Mais qu’il soit juste permis ici d’élaborer un souhait : que toute cette commémoration soit quelque chose de vivant ! L’occasion d’une réflexion sur notre double identité : celle d’habitants de Genève, et de citoyens suisses. Deux natures qui, loin de se combattre, se complètent et se superposent. C’est le miracle de notre pays : Valaisan de Genève, je suis aussi citoyen suisse. Chacun de nous peut allègrement cumuler trois ou quatre de ces reconnaissances, sans se dédire, ni s’abjurer. Nos amis étrangers, sans être suisses, peuvent à coup sûr s’associer à cette réflexion. Genève est une ville ouverte, un canton d’accueil et de partage.


     
    Je rêve d’une commémoration qui soit autre chose que les gentils défilés confédéraux de 1964, dont je garde un vague souvenir. Il n’y aurait même aucun défilé, ça m’irait très bien. Mais des livres, des émissions, des échanges, des engueulades sur notre degré d’Helvétitude. Je rêve de quelque chose d’à la fois très élitaire et très populaire, ces deux notions se rejoignent d’ailleurs beaucoup plus qu’on ne l’imagine. J’espère vivement qu’on ne joue pas le gentil canton suisse invitant d’autres gentils Suisses dans des gentils pavillons. Mais posons nos différences. Crions-le, ce pays, au lieu de n’en murmurer le désir que dans la tiédeur d’un confessionnal. Si 2014, 2015, pouvaient agir comme une catharsis, une révélation, loin des officialités, des flonflons, des fanfares. Du vrai, du cruel, qui fait mal et qui fait du bien. Le pays réel. C’est à dire celui des songes.


     
    Pascal Décaillet

     

  • Et l'école, bordel !

     

    Commentaire publié dans GHI - 22.05.13
     
     
    Après une décennie de Charles Beer, l’école genevoise aura, dès novembre, un nouveau patron. Qui ? L’un des candidats actuels au Conseil d’Etat ! Eh oui, il existe à Genève un personnage connu de nous tous, de gauche ou de droite, qui, par la force des choses, sera cet automne notre nouveau ministre de l’Instruction publique. Le sait-il lui-même ? Reprendra-t-il le DIP à son corps défendant ? Va-t-on confier ce Département capital à un petit nouveau, sans Histoire et sans culture, sans le frottement de la mémoire, sans une équation personnelle puissante avec le principe même de l’école, la transmission du savoir ?


     
    Ce scénario serait catastrophique. Je crois être le seul, à Genève, en ce printemps de pré-campagne, à thématiser des débats sur le sujet. Les partis, pour l’heure, s’en désintéressent, ne parlant que sécurité, logement, mobilité. Ils ne viennent débattre de l’école, ce qu’ils font poliment, que si on leur en impose le thème. C’est tout de même inouï ! Que transmettre à nos enfants ? Comment organiser l’accès aux connaissances des générations futures. Quelles priorités ? Comment mettre en application la nouvelle norme constitutionnelle qui rend la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Comment valoriser l’apprentissage, rendre sa noblesse à ce magnifique mot, « le métier ». Si ces sujets-là ne sont pas majeurs, alors lesquels ?


     
    En arbitrant à la Pentecôte un débat entre deux hommes intelligents, le socialiste Thierry Apothéloz et le MCG Mauro Poggia, je me suis rendu compte que le legs de Charles Beer n’était, au fond, pas si contesté. Et qu’il s’agissait avant tout, aujourd’hui, d’aller de l’avant. En privilégiant les solutions concrètes sur les grands combats frontaux – comme les notes – d’il y a dix ans. C’est bien. Mais la nouvelle ère, incarnée par une nouvelle personne, aura besoin d’un nouveau souffle. J’ai déjà écrit ici que le DIP gagnerait à être repris par une personnalité radicale, je dis bien radicale. Parce que c’est un parti d’Etat, qui a fait nos institutions, ne se laisse pas enivrer par la puissance de l’argent, organise la répartition autrement qu’en sandales. Mais cela n’engage que moi. Je porterai, jusqu’à cet automne, le débat sur l’avenir de l’école à Genève, j’amènerai les candidats à sortir du bois.


     
    Pascal Décaillet

     

  • Des valeurs, SVP !

     

    Commentaire publié dans GHI - 08.05.13

     

    La politique genevoise manque de valeurs. N’entendez pas, je vous prie, ce mot au sens de la morale : je me suis toujours abstenu de mêler la politique avec la morale. Non, valeurs proprement politiques : pourquoi suis-je dans tel parti, d’où vient-il, quelle est son Histoire, quels sont ses fondements philosophiques, comment a-t-il évolué ? Trop peu de politiciens, hélas, trop peu de candidats aux élections de cet automne, sont capables de répondre à ces questions. C’est grave. Rien n’est plus inquiétant que l’ignorance de soi-même, rien de plus vide que ces candidats de hasard, juste sur une liste ou dans un parti par automatismes familiaux, besoin clanique de s’agglutiner, extase grégaire : le troupeau, pour combler son incapacité à s’affirmer seul.

     

    Je ne supporte pas d’avoir face à moi un politique ne connaissant pas à fond l’Histoire de son parti. Dans son canton, au niveau fédéral, et aussi à l’échelon européen. Un PDC incapable de parler de Léon XIII, Marc Sangnier, Schuman, de Gasperi, Adenauer, Furgler, ne mérite pas d’être intégré à cette formation. Idem, un radical n’ayant jamais entendu parler, à Genève, d’un Fazy ou d’un Carteret. Un socialiste inapte à disserter sur Jaurès ou Jules Guesde, Léon Blum ou Willy Brandt. Ou Tschudi. Ou Chavanne.

     

    Il ne s’agit pas de vouloir des singes savants. Mais bien mieux que cela, justement : des gens qui aient, jusqu’au fond de leurs fibres, vibré avec la philosophie de leur parti. Un Pierre Maudet, un François Longchamp, un Jean Romain savent pourquoi ils sont radicaux. Un Reverdin, pourquoi il était libéral. Un Grégoire Carasso, un Albert Rodrik, pourquoi ils sont socialistes. Et un Fabiano Forte, trop rare parmi les siens, peut vous sortir pas mal de fondements de la démocratie chrétienne historique, idem un Dal Busco. Se connaissant soi-même, on en sera mieux armé pour affronter le concurrent. Avec respect, mais sans concession dans le choc des idéologies.

     

    J’ignore si le profil que je prône ici s’imposera cet automne. Mais c’est celui que je respecte. Il ne suffit pas d’afficher partout, en campagne, son bonheur de s’être greffé, au bon moment, sur le bon événement. Il faut donner à ses actes un sens. S’inscrire dans une vision du monde. Sinon, ce sera juste la conjuration du hasard, donc la mort du politique.

     

     

    Pascal Décaillet