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Commentaires GHI - Page 256

  • Eloge des nouveaux partis

     

    Commentaire publié dans GHI - 02.05.13

     

    Verts libéraux, PBD, Pirates, et d’autres encore : l’électeur genevois aura sur ses listes électorales, l’automne prochain, une floraison de nouveaux partis. Nouveaux à Genève, puisque, dans les trois exemples cités, ils existent déjà au niveau national. Disons-le tout net : ces formations ont totalement le droit d’exister, de se présenter, elles prennent un risque important, disposent souvent de peu de moyens, elles sont courageuses et méritent notre respect.

     

    D’autant qu’à Genève, avec un quorum fixé à 7% pour constituer un groupe au Grand Conseil, les nouveaux ne partent vraiment pas en position favorable. 7%, c’est beaucoup, et c’est même franchement trop. Bien sûr, il faut un seuil. Bien sûr, l’abolition totale du quorum aurait pour effet le morcellement, la dispersion, l’illisibilité du politique, qui nécessite des groupes idéologiques clairs. Mais ces 7%, maintenus tort par la Constituante, c’est vraiment une machine à maintenir les sortants, broyer les nouveaux, empêcher tout renouvellement de notre paysage politique. Je plaide, non pour une abolition, mais pour un abaissement du quorum, par exemple à 5%.

     

    D’autant qu’ils ne manquent pas de vitalité, ces nouveaux partis. Regardez La Gauche, avec Magali Orsini : il y a la cohérence d’un discours, une compétence, une vision du monde, une exigence républicaine. Ou encore les Verts libéraux, section Genève : émergence de nouvelles personnes, équipe imaginative, combative. Ou les Pirates, auxquels vient de se joindre Didier Bonny : des thèmes de société très modernes, concernants, autour des nouveaux outils de l’informatique, la protection des données, la sphère privée. Et si c’étaient là les enjeux de demain ?

     

    L’Histoire politique suisse montre, depuis quelque 120 ans, une étonnante stabilité : sont apparus dans l’ordre les radicaux, les catholiques-conservateurs (aujourd’hui PDC), les socialistes, les agrariens (aujourd’hui UDC). Beaucoup plus tard, il y a 30 ans, les Verts. Tous ces partis sont encore là. Et tiennent les parts du gâteau. Mais ils représentent des idéologies des 19ème et 20ème siècles. D’autres commencent à poindre, avec les perceptions du futur. Ce serait folie de ne pas les prendre au sérieux.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Succession DIP : l'excellence s'impose

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.04.13


     
    De Calvin à Starobinski, en passant par Rousseau, Genève se doit d’être un lieu où souffle l’esprit. Par ses grandes figures culturelles, mais aussi par un système d’éducation qui soit exemplaire. Pas seulement les Hautes Ecoles,  mais la qualité de l’instruction de base, celle à laquelle tous sont astreints. Cela exige la puissance d’une volonté politique, celle aussi d’une vision. Avec, à la tête de l’Instruction publique, une personnalité républicaine, ancrée dans la connaissance de l’Histoire, ayant une équation personnelle avec la transmission des connaissances. Je le dis et le répète depuis des années : le DIP est, de loin, le plus important de tous nos Départements. Il n’est pas question, après le départ de Charles Beer, de le laisser, pour cinq ans, aux mains de n’importe qui.
     


    En d’autres termes et pour être clair, message aux partis politiques : veuillez considérer cet enjeu comme amiral, ce qui ne semble pas du tout, pour l’heure, dans votre champ de priorités. Veuillez vous en occuper dès ce printemps, avec une stratégie, et déjà des papables en tête. Veuillez faire de l’école un thème de campagne, et pas seulement sécurité, logement, mobilité. Veuillez exiger de vos candidats qu’ils développent une vision et des projets précis, pour l’avenir de l’école genevoise. Folie, je dis bien folie serait de laisser le DIP, après le 10 novembre, au petit dernier, ou à celui qui se ferait plumer par les autres, ou qu’on ne saurait pas où mettre.


     
    C’est, au contraire, le meilleur de tous, le plus expérimenté, qui doit reprendre ce Département. Cela doit être, aussi, le membre d’un parti républicain, qui croit en l’Etat. Cela doit être une personne d’une certaine culture, un être concerné personnellement par le savoir et la formation. Cela exclut les passants du hasard, arrivés juste parce qu’il y avait de la lumière, ou qui, toute leur vie, n’auraient que surfé sur le jeunisme et sur le flot des modes. A partir de là, faites vos choix. Le mien, radicalement, est fait. J’y reviendrai.


     
    Pascal Décaillet

  • Caesar pontem fecit


    Commentaire publié dans le GHI - 10 et 11 avril 2013


     
    Il m’a toujours semblé, mais c’est sans doute une immense naïveté, que la finalité d’un pont, depuis César, consistait à pouvoir passer d’une rive à l’autre. Du Rhône au Rhin, du Pont d’Arcole aux limons du Mékong, des eaux du Nil à celles de la Vistule, cette loi élémentaire du génie me semblait avérée. Las ! C’était avant Madame Künzler et ses puissants réseaux de l’immobilité. Oui, comme en physique, il y a le temps du mouvement et celui de l’arrêt : nos autorités ont clairement tranché en faveur du second. A Genève, il convient que rien ne bouge.


     
    Ainsi, grâce à une Fondation et à un illustre horloger, nous bénéficions depuis peu, sur l’Arve, entre le Quai Ansermet et les Vernets, de l’une des plus belles passerelles d’Europe. La nuit, illuminée de rouge, elle rend jalouse la Voie lactée. La chaussée est large, la circulation aisée. Pour nos extatiques de l’immobilité, c’en était trop : il convenait d’agir. Entendez, de bloquer tout ça.


     
    Chose dite, chose faite. Dégorgeant Plainpalais, la rue de l’Ecole de Médecine était, à vitesse convenable en milieu urbain, la voie de transit idéale pour accéder au pont. Elle ne l’est plus. Cette rue, et sa perpendiculaire de Carl-Vogt, sont désormais promises aux délices du bouchon. Le bruit que, peut-être, les autos feront moins, les fêtards des lieux auront tout loisir de le compenser. Merci, qui ?

     
     
    Pascal Décaillet