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  • Les copains d'abord



    Édito Lausanne FM – Vendredi 09.11.07 – 07.50h



    Sept pigeons s’aimant d’amour tendre. Entre eux, nulle césure, nulle fracture, pas l’ombre d’une querelle. Un nid douillet, de tièdes habitudes, ronronnantes et roucoulantes. On s’entend bien, on aime se retrouver, heureux d’être là, ensemble. Nul intrus. Pas même une colombe. Cette émouvante et volatile conception du bonheur, c’est le gouvernement genevois.

    Avec l’élection de Robert Cramer au Conseil des Etats, il était après tout imaginable, dans la droite genevoise, de faire pression sur ce magistrat, tenter d’obtenir son départ, provoquer une partielle, et, pourquoi pas, soyons fous, reconquérir son siège, faisant ainsi rebasculer à droite la majorité du gouvernement. Mais c’eût été prendre des risques. C’eût été se lancer. C’eût été provoquer un mouvement. C’eût été faire de la politique. Alors, non. On a préféré la tiédeur du nid commun, le confort d’une cohabitation. On a privilégié le bonheur de cette barque du dimanche : les copains d’abord.

    On connaissait déjà les gouvernements où l’on ne s’entend pas : Messieurs Mugny et Tornare avaient même inventé, pour le plus grand plaisir des chroniqueurs des très riches heures de l’exécutif de la Ville de Genève, le vol de l’assiette. Il y a aussi, parfois, de délicieux binômes antagonistes : Stich et Delamuraz, Blocher et Couchepin, et tant d’autres encore. Il y a des gouvernements avec des ruptures de collégialité, on l’a vu avec les socialistes vaudois. Et puis, il y a le nid des pigeons : tellement occupé à chasser toute idée de fissure dans son image, le Conseil d’Etat genevois donne l’impression de filer le parfait amour. Pire : il le file.

    Dans l’affaire Cramer, l’argument a été avancé, sans rire : le magistrat a beau se retrouver, cumul oblige, devant un poste à 250%, on n’ira pas lui chercher noise. Comprenez-nous, nous sommes une si bonne équipe. Voir arriver un intrus, à mi-législature, voilà qui nous perturberait. Les pauvres magistrats : un psychologue, peut-être ? Ou alors un thérapeute de groupe, ou un bon massage ? Ou un bain chaud, avec mousse ?

    La politique, ce sont des rapports de force. Le système suisse amène des représentants de partis totalement antagonistes à siéger ensemble. Pour confronter, de façon dialectique, leurs conceptions de la Cité. Et, pourquoi pas, pour s’engueuler bien fort, les éclats font partie de la vie politique. Mais pas pour nous jouer la comédie du roucoulement. On connaissait déjà les gouvernements qui ne s’entendent pas. Il y a pire : ceux qui s’entendent trop bien. Ça n’est pas exactement pour la quiétude interne de leur club que leurs différents électeurs, de gauche comme de droite, les ont envoyés servir, au plus haut niveau, les intérêts de la République.


  • Trop d'impôts

    Chronique parue dans le Nouvelliste du 08.11.07

     

    L’UDC, dans son programme de législature présenté mardi par le chef du groupe aux Chambres fédérales, le Bâlois Caspar Baader, accompagné pour l’occasion du Jurassien Dominique Baettig, le hussard qui vient d’arracher à la vieille démocratie chrétienne son siège historique au National, le dit très clairement : les Suisses payent trop d’impôts. Faire baisser la pression fiscale sera l’un de ses trois objectifs majeurs pour les quatre ans qui s’annoncent. A cela s’ajoutent d’hallucinantes disparités d’un canton à l’autre : une étude de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève, par exemple, révélait lundi que les habitants du bout du lac payaient deux fois plus d’impôts que la moyenne suisse !

     

    L’UDC, à droite, n’est certes pas le seul parti à tenir ce langage, mais c’est assurément celui qui l’assume avec le plus de clarté, donnant le ton, dans ce domaine, à une décrispation du discours aussi bienvenue que salutaire. Longtemps, en effet, en Suisse, et sans doute depuis la guerre, il était comme tabou, sauf à passer pour un mauvais citoyen, de remettre en cause le poids, fût-il éreintant, de la fiscalité sur les individus, les ménages, les entreprises. C’est que toutes ces joyeuses ponctions étaient pour la bonne cause : les écoles, les hôpitaux, les routes, les tunnels, la sécurité. Pour le mieux-vivre, la cimentation sociale, on payait, on faisait confiance à l’Etat pour gérer au mieux l’argent du peuple.

     

    Aujourd’hui, ce lien de confiance est sérieusement entamé. Il y a eu trop d’abus, dans trop de domaines de gestion publique, à la Confédération, dans les cantons, les communes, les grandes régies, trop d’argent dépensé sans compter, souvent pour engraisser les intendances et les apparatchiks, sauvegarder les prés carrés. Sans compter les placards dorés. La relation du contribuable avec l’Etat s’en trouve altérée. Et ceux qui gèrent les deniers publics, de plus en plus, doivent s’attendre à répondre de leurs choix.

     

    En clair, il ne suffit plus que l’Etat se plante au centre de tout, en proclamant : « Je suis l’Etat ! ». Il y a, de plus en plus, une volonté citoyenne de reprendre le dessus, ne plus se laisser traire ni tondre sans broncher, rappeler que l’argent avec lequel certains édiles font joujou n’est autre que le patrimoine des familles, qu’il aurait pu être investi autrement, dans la croissance. En déclarant la guerre à la pression fiscale, l’UDC épouse les préoccupations d’innombrables concitoyens. Dans ce domaine, elle voit juste.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • La plaie, la cicatrice

    Chronique parue dans la Tribune de Genève du 08.11.07


    Il y aura 75 ans demain, l’armée suisse, à Plainpalais, tirait sur la foule. Le 9 novembre, cette frémissante date, fille de la tragédie et du destin, qui fut à la fois Brumaire, Nuit de Cristal et chute du Mur, aura donc aussi, et au fer rouge, marqué la mémoire genevoise. Le revoilà, ce temps des passions, que nous fait si bien revivre Claude Torracinta, dans son documentaire, tout récemment rediffusé.

     

    13 morts, 65 blessés. En comparaison internationale, surtout pour l’époque, l’événement reste à vrai dire bien modeste. Heureux pays, heureuse ville, n’en finissant plus de commémorer ce qui hélas, chez nos voisins, relèverait du banal : fusillés du Mont-Valérien, déportés de Drancy, martyrs italiens des Fosses ardéatines, millions d’Allemands morts au combat. Cela, juste, pour rappel des dimensions.

     

    Alors, pourquoi la plaie, la cicatrice ? D’autres armées, si souvent, ont tiré sur leur propre peuple, c’est monnaie courante, à commencer par Clemenceau qui fait donner la troupe contre les Vignerons du Midi ; et tant de grèves, dans tant de charbonnages, ou de houillères, par les fusils matées.

     

    Mais c’était la Suisse, et c’était Genève. En tirant, c’est le corps social qu’on a lacéré, ce qui nous unit et nous rassemble, l’essence même de la Suisse, sans laquelle ce pays ne serait rien. C’est cela qui fut grave. Car sans le lien, sans la solidarité, notre pays est mort. Et c’est cette grande peur-là, dans la mémoire du 9 novembre 1932, qui, à chaque fois, s’empare de nous, et nous saisit.

     

    Pascal Décaillet