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Arracher la santé des griffes du privé

 

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.26

 

Depuis 1848, au fil des décennies, la Suisse moderne, dotée d’un Etat fédéral, a progressivement nationalisé son secteur ferroviaire, en rachetant et regroupant des compagnies privées, puis en créant les CFF. Elle a nationalisé ses messageries, en créant la Poste, qui fut longtemps un fleuron, un exemple de respect des régions périphériques, par la grande idée du service universel. Elle a nationalisé les routes, créé le réseau des autoroutes, voulu et financé les grands travaux, les tunnels mythiques que sont, entre autres, le Gotthard et le Lötschberg. Elle a nationalisé les grandes écoles polytechniques, celles de Zurich et Lausanne. Elle a voté des crédits pour la recherche. Elle a nationalisé le soutien à l’agriculture, par les paiements directs. Bref, 178 ans d’une aventure remarquable, où l’Etat fédéral a joué son rôle, au service de tous.

 

Un parti, avant les autres et plus que les autres, a incarné cette période magnifique de notre Histoire : le parti radical. Mais la démocratie chrétienne, le socialisme et l’UDC ont, chacun à sa manière, apporté leur pierre à l’édifice. Exemple : sans une collaboration intelligente entre ces partis, le compromis voté en juillet 1947 sur la création de l’AVS, entré en vigueur le 1er janvier 1948, n’aurait jamais vu le jour. L’AVS : le fleuron des fleurons, l’honneur de notre système de sécurité sociale. Car la plus belle de nos « nationalisations », depuis 1848, c’est bien cette centralisation fédérale, après un premier siècle d’existence de notre Suisse moderne, de la prévoyance retraite. Pour qu’elle soit universelle. Pour que nul ne soit laissé sur le bord du chemin.

 

Si on se retourne sur ces 178 ans, on peut être fier. Et constater que l’honneur premier du destin fédéral de la Suisse, loin de se cantonner aux vertus magiques d’un « système libéral », c’est d’avoir, avec pertinence, intelligence, augmenté le terrain de l’Etat (fédéral, en l’espèce), au service du peuple, à commencer par les plus démunis.

 

Dans ces conditions, comment ne pas rougir de colère de voir le secteur le plus essentiel, le plus vital, de nos domaines d’action publique, celui de la santé, demeurer aux mains non seulement du privé, mais de monstres financiers, infiniment plus intéressés par leur propre enrichissement, celui de leurs actionnaires, que par l’intérêt supérieur du peuple suisse ? Oui, la LAMal, depuis trente ans, est un échec monumental. Elle n’a servi qu’à engraisser les Caisses privées, financiariser le système, appauvrir les assurés, jusqu’à leur faire les poches, au-delà de toute décence.

 

Si je combats, depuis toujours, pour l’idée d’une Caisse unique d’assurance-maladie, c’est dans l’intérêt des plus faibles. Mais aussi, avec un dessein très clair de philosophie politique : arracher des mains de géants privés le domaine, si précieux, de la santé des Suisses. Et le confier à un grand organisme d’Etat, juste, égalitaire, soucieux du bien de tous. C’est un choix politique. C’est le mien. J’espère qu’il sera, un jour, celui d’une majorité de mes concitoyens.

 

Pascal Décaillet

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