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  • Petit Grégory, grands gueulards

     

    Sur le vif - Dimanche 29.05.11 - 12.07h

     

    La Soupe recevait ce matin le jeune Valaisan Grégory Logean. Comme d’habitude, lorsqu’elle accueille un UDC, elle lui a laissé un temps de parole moyen de 2 secondes, 766 millièmes, entre deux interruptions gueulardes. Record de Céline Amaudruz battu, à l’arraché.

     

    La Soupe n’a pas interviewé Logean. Elle s’est mise en ondes elle-même, ne laissant pas à l’invité la moindre chance de commencer une phrase. Toute fière de son immense courage. Vous pensez : oser terrasser la bête immonde ! Thomas Mann, contre Hitler.

     

    Cette noble témérité, toute inaudible qu’elle soit, aurait à la limite quelque légitimité si elle s’appliquait indifféremment à tous. Las ! Lorsque l’invité est Vert et bien pensant, ou radical genevois éclairé, c’est une autoroute qu’on lui offre.

     

    Comme d’habitude, la direction de la RTS ne dira rien. Comme d’habitude, le système de Weck, où l’autocensure régente de sa férule l’inconscient des bonnes âmes, fonctionnera. Comme d’habitude, on se retranchera derrière la liberté d’expression.

     

    Et comme d’habitude, l’UDC, le 23 octobre, gagnera les élections.

     

    Pascal Décaillet

     

  • L’homme qui voulait défoncer la NRF

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    Notes de lecture - Dimanche 29.05.11 - 09.14h

     

    248 pages qui nous laissent essoufflés. Bise noire. Folio édite un choix des « Lettres à la NRF » de Céline, quelques-unes dans les années trente, l’immense majorité au sortir de la guerre, dans les années d’exil au Danemark, puis à Meudon. Les lettres étaient sorties il y a une vingtaine d’années dans la collection blanche, j’entends encore Sollers en parler sur une chaîne de radio, les voilà en format populaire, à l’usage de tous.

     

    Bise noire, parce que Céline épistolier, c’est Céline tout court. 248 pages, quelque trois heures de lecture, bonheur brûlant d’une piqûre intense, enfin le rythme, enfin la revoilà, cette petite musique, unique, seule au monde. Oui, le docteur Destouches qui réclame du fric à Gaston Gallimard, vomit le monde, parsème de foutre et de césures des bribes de phrase sans fin, tantôt tendre, tantôt hurlant sa rage, c’est le même mystère du style que le Voyage ou Bagatelles. L’homme, on s’en doutait d’ailleurs, ne prend pas de gants blancs lorsqu’il écrit à son éditeur.

     

    Tout avait très mal commencé, avec la NRF. Ils étaient passés à côté du Voyage, en 1932, et Céline, rapide, avait signé chez Denoël. Rendez-vous manqué, dont Sollers rappelle, dans la préface, qu’il laissera des traces solides. On la sent resurgir, cette sourde rancœur, entre mots d’amitié, flèches de haine, maquignonnages d’argent, suppliques pour paraître en Pléiade, lacération des plus grands, que sont Gide et Proust, parce qu’ils n’auraient rien compris à la musique, ne seraient pas « dedans ».

     

    « Mon cher Editeur et ami.

    Je crois qu’il va être temps de nous lier par un autre contrat, pour mon prochain roman « RIGODON »… dans les termes du précédent sauf la somme – 1500 NF au lieu de 1000 – sinon je loue, moi aussi, un tracteur et vais défoncer la NRF, et pars saboter tous les bachots !

    Qu’on se le dise !

    Bien amicalement votre

     

    Destouches »

     

    Ultime missive. 30 juin 1961. Le lendemain, Louis-Ferdinand Céline quittait ce monde. Sans avoir eu le temps de louer son tracteur. A lire, très vite. Pour la piqûre. Et pour la musique.

     

    Pascal Décaillet

     

    *** Céline - Lettres à la NRF - Folio - 10 mai 2011 - 248 pages.

     

  • Les chemins de traverse d’Eric Leyvraz

     

    Portraits - Samedi 28.05.11 - 10.18h

     

    Nœud papillon ou foulard de gentleman-farmer, il chemine à son rythme, trace le sillon. Si vous le croisez et que vous êtes pressé, ne vous aventurez pas à lui demander ce qu’il pense du nucléaire, vous raterez à coup sûr votre train. Eric Leyvraz, 65 ans cette année, vigneron à Satigny et ancien président du Grand Conseil, est un cinglé des questions d’énergie, qu’il connaît sur le bout des doigts. Cerveau bien fait, incroyable mémoire : l’un des seuls, dans la classe politique genevoise, avec qui on puisse avoir une conversation sur les gouvernements successifs de la Quatrième République, leurs forces et leurs faiblesses, Mendès il connaît, Edgar Faure, Laniel et Félix Gaillard aussi.

     

    L’un des problèmes majeurs des politiciens d’aujourd’hui est leur inculture crasse, y compris sur l’histoire et les fondements théoriques de leurs propres partis. C’est particulièrement valable pour le PDC, où rares sont ceux qui ont vaguement entendu parler de Léon XIII ou du Sillon, du Zentrum bismarckien ou du MRP. Les partis devaient faire passer à leurs postulants des examens d’entrée : qu’on se pique un peu de Fazy avant d’espérer devenir radical, de Tocqueville pour se prétendre libéral, de Guesde, Jaurès ou Willy Brandt avant d’oser se dire socialiste. Ou "du nain vert Obéron qui parle avec sa fée", pour les aspirants climatiques.

     

    Eric Leyvraz est un homme cultivé, dans le meilleur sens du terme. On sent qu’il a beaucoup lu, on devine les vies intellectuelles parallèles de cet ingénieur EPFZ, les chemins de traverse dans des champs d’Histoire et de poésie, le goût de la langue et de la syllabe, qui l’amènent à déclamer des passages entiers d’Hugo. Rien de cela ne peut s’être acquis, au fil d’une vie, sans une époustouflante force de solitude. De celles qui régénèrent. Et conduisent au salut. Avec un petit s, certes. Mais, sur cette terre, c’est déjà pas mal.

     

    Pascal Décaillet