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Liberté - Page 626

  • 2020 : mes voeux pour la Suisse

     

    Commentaire publié dans GHI - 23.12.19

     

    Mon premier vœu, pour la Suisse en 2020, est qu’elle demeure un pays libre et souverain. C’est l’essence même, depuis la Révolution française et les combats héroïques des Soldats de l’An II, de toute nation, nous n’y échappons pas. Souverain, cela signifie que nos lois, démocratiquement votées par le Parlement ou par le peuple, doivent demeurer notre horizon ultime. Le « droit supérieur », c’est l’inféodation à un Empire, je dis non. L’indépendance, condition sine qua non de l’existence nationale, ne signifie ni solitude, ni repli. Notre pays signe des accords avec d’autres, il les négocie, et j’estime pour ma part que tout accord passé en haut lieu doit être ratifié par le peuple. Volontairement, je place la souveraineté en tête de mes préoccupations, pour la simple raison que je suis un observateur pessimiste de l’Histoire des hommes, je crois aux rapports de forces, à la puissance des liens à l’intérieur d’une communauté, et non aux machineries internationales. On a vu ces dernières s’effondrer comme châteaux de cartes dès que resurgit le tragique de l’Histoire, pensez à la SDN.

     

    Mon deuxième vœu est celui de la cohésion sociale. Je veux un pays solidaire, où personne ne demeure sur le bord du chemin. Concrètement, cela signifie des assurances sociales fortes, protectrices de tous, et crédibles. Pour les retraites, nous avons besoin d’une nouvelle donne, un nouveau Contrat social entre générations, d’une puissance comparable à ce que fut l’invention de l’AVS, en 1947. Ce New Deal, c’est à nous de l’inventer, en fonction du génie de notre peuple, c’est un chantier majeur. Quant aux coûts liés à notre système de santé, à commencer bien sûr par les primes maladie, préoccupation no 1 de nos compatriotes, ils doivent être le souci premier de notre classe politique. Si cette dernière continue d’échouer dans ce dossier, alors son crédit, déjà en chute libre, partira en poussière. Les ménages étouffent, les classes moyennes sont prises à la gorge, le travail est beaucoup trop taxé, la révolte gronde.

     

    Mon troisième vœu est celui de la qualité de la vie. Nous vivons dans un pays magnifique, aux paysages incomparables, nous avons des fleuves et des rivières, des lacs, des montagnes, de quoi faire rêver des frères humains venus de latitudes moins nanties. A la protection de l’environnement, j’ai toujours dit oui : ce que je combats, ce sont les prophéties d’Apocalypse autour du thème climatique, tout ce tintamarre étant orchestré pour la propagande d’un certain parti. Mais sur le fond, oui, aimons et protégeons la nature, encourageons nos paysans, donnons-leur les moyens de survivre. La qualité de vie, c’est aussi la conscience et la fierté d’appartenir à un pays de quatre langues. Nous, Romands, plongeons-nous dans la langue et la littérature allemandes. Et surtout, n’oublions jamais l’italien, langue nationale, promesse d’un Sud qui commence déjà chez nous. A tous, je souhaite une excellente Année 2020 !

     

    Pascal Décaillet 

     

     

     

     

     

  • L'Europe, une fois les masques tombés

     

    Sur le vif - Dimanche 22.12.19 - 19.01h

     

    L'Europe politique, ça n'existe pas. Ça n'a jamais existé, même à l'époque carolingienne, même au moment de l'épopée napoléonienne, mille ans plus tard. D'ailleurs, ni la construction de Charlemagne, très vite dépecée par les querelles d'héritage, ni celle de Napoléon, n'ont duré. Le Troisième Reich, n'en parlons pas.

    Alors, quoi ? Alors, il y a, par moments, des poussées d'alliances, entre certains pays du continent. Ce qu'on appelle "construction européenne", après la guerre, ce fut le besoin, principalement pour la France, de se servir à vil prix du charbon et de l'acier allemands, dont la production était demeurée parfaitement intacte, malgré les bombardements. Ce que les Alliés, anglais et américains, avient détruit à dessein, c'est la ville allemande, je me suis déjà exprimé sur le sujet dans ma Série de 2015. La ville, les usines ; mais les mines sont sous terre, ils étaient bien contents d'en prendre le contrôle.

    De cette "mise en commun" du charbon et de l'acier, qui allait à vrai dire dans un seul sens, et constituait la même prévarication, envers l'Allemagne vaincue, que les fameuses "Réparations" d'après 1919, est née une première structure prometteuse, avec l'Italie et le Bénélux, à partir du Traité de Rome (1957). Mais à vrai dire, sans de Gaulle et Adenauer, le Traité de l'Elysée (1963), sans cette Réconciliation des cœurs et des âmes, la construction européenne en serait restée au stade d'accords de libre échange industriels.

    Mais cette étape, capitale, ça n'est pas l'Europe politique. C'est juste un très beau, un très grand moment de l'Histoire franco-allemande, pour mettre fin à un siècle et demi de combats. Occupation de la Prusse par Napoléon (1806-1813), puis 1870, 1914, 1940. Le fondement même de la Cathédrale européenne d'après-guerre ne concerne que deux grandes nations, sur le chemin de la paix. Cette première période, jusqu'à la chute du Mur de Berlin (1989), est belle, enthousiasmante. Dans mon Tagebuch, rédigé en Allemagne en 1974, j'accueillais avec joie et espoir cette réconciliation.

    La chute du Mur scelle la fin de cette période héroïque, pour la simple raison qu'elle en inaugure une autre, qui sera celle de la renaissance de la puissance allemande. Helmut Kohl phagocyte la DDR avec une rare vulgarité, il mène dans les Balkans (en guerre) une politique purement allemande, il jette ses regards vers les marchés d'Europe centrale et orientale, c'en est fini de la gentille Allemagne en rédemption, l'instinct dominateur revient. Pendant ce temps, la France s'affaiblit. Aujourd'hui, face à l'Allemagne, elle ne fait simplement plus le poids.

    Il n'existe pas d'Europe politique, il n'y en a jamais eu. Il y a eu des comportements de trêves et de retrouvailles entre poids-lourds, naguère belligérants. On a agglutiné à une construction abstraite des pays d'Europe centrale et orientale, qui n'y voyaient que l'aubaine de se sortir des griffes de l'Ours russe, mais le mouvement pourra parfaitement, le jour venu, se renverser.

    Il faut cesser de parler d'Europe politique. Il faut lire les événements du continent en fonction ces rapports de forces entre les grands. La France et l'Allemagne, bien sûr, mais aussi la Russie, le monde anglo-saxon. Pour cela, il faut qu'advienne enfin la nouvelle génération d'observateurs politiques : ceux qui, dégagés des mirages multilatéraux, savent décoder l'intérêt bien senti de chaque nation, une fois tombés le jeu des masques et le galimatias des vaines paroles.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Ostpolitik : l'Allemagne choisit son destin

     

    Sur le vif - Samedi 21.12.19

     

    L'Allemagne n'a strictement aucune leçon à recevoir des Américains sur son approvisionnement en énergie. Ni, d'ailleurs, sur quoi que ce soit.

    Trois quarts de siècle d'atlantisme en Europe, particulièrement ravageur sur le destin allemand, ça suffit. Il est temps, largement, que l'Allemagne retrouve le souffle d'un Willy Brandt, celui d'une Ostpolitik des intelligences et des âmes, fondée sur l'Histoire, surtout pas la gloutonnerie vulgaire d'un Kohl, lorsqu'il a avalé d'un coup la DDR, pour lui injecter de force les capitaux de l'Ouest.

    L'Allemagne a raison de regarder vers l'Est pour une partie de ses ressources énergétiques. Et à l'Est, c'est comme ça, il y a un très grand pays, qui s'appelle la Russie. Les nouveaux dominions américains de l'Europe orientale (qui sont dans l'Otan, et n'ont rien à y faire) s'inquiètent de cette collaboration germano-russe. Vieille Histoire, constamment rejouée, sans cesse recommencée. Renseignez-vous sur la Guerre de Sept Ans (1756-1763), vous verrez.

    Les enjeux continentaux sont du ressort des pays du continent européen. Et non d'une grande puissance impérialiste, située au-delà d'un océan, 6000 kilomètres à l'Ouest.

    Et quand on pense que les partisans de l'Union européenne (laquelle, cette fois bien inspirée, condamne l'ingérence américaine) sont les premiers à trouver parfaitement normale l'inféodation de notre continent à l'Oncle Sam !

     

    Pascal Décaillet