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  • Extase de l'âme et saucises à rôtir

     
     
    Sur le vif - Vendredi 19.06.26 - 14.48h
     
     
    On peinerait à trouver en moi un ennemi de la musique. Elle est la passion première de ma vie. Mais désolé, réchauffement climatique ou non, j'ai toujours trouvé qu'organiser fin juin la Fête de la Musique était une erreur majeure.
     
    Écouter de la musique exige une disponibilité totale du corps et de l'esprit. Une ouverture de l'âme. Par 40 degrés, dans des cuves à l'extérieur, en plein soleil, pour moi, non merci.
     
    Ensuite, on peut y aller, paraît-il, pour le côté social, festif, apéritif, draguer, conclure, avec un peu de bol, "sur un malentendu", pourquoi pas. Chacun mène sa vie comme il l'entend.
     
    Dans la fraîcheur d'une église, tourner son âme, une heure ou deux, vers Mozart, Debussy, Richard Strauss ou Béla Bartók, un million de fois OUI !
     
    Mais se faire rôtir dans le vacarme, au milieu des bières, des saucisses et des chips, non merci. Ca n'est ni de mon âge, ni de mon goût.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Le Liban : rien de grave! Juste un immense feu de joie!

     
     
    Sur le vif - Vendredi 19.06.26 - 10.27h
     
     
     
    « Tout le Liban doit brûler », vient d’affirmer le ministre israélien Ben Gvir.
     
    Et ce type reste ministre. Et Netanyahu reste Premier ministre. Et Cassis reste silencieux.
     
    Et le Conseil fédéral se mure dans son silence. Le même silence, fracassant, que pendant les deux années de carnage israélien à Gaza. Le même que face aux exactions quotidiennes des colons en Cisjordanie.
     
    Et nos grands esprits suisses, « humanistes », « philosophes », cultivés, latin-grec, obsédés à l’idée de traquer en Suisse tout ce qui peut rappeler l’Islam, jouant sur l’immonde confusion musulmans/islamistes, face aux vomissures verbales de M. Ben Gvir, ce cher homme qui veut « incendier tout le Liban », ils disent quoi, hein, nos philosophes, humanistes, culture classique, orthographe, notes à l’école ?
     
    Ils disent quoi ? ILS SE TAISENT !
     
    Face à Gaza, ils se taisent. Face aux colons de Cisjordanie, ils se taisent. Face à « l’incendie du Liban », ils se taisent.
     
    Leur niveau à eux, nos chers philosophes suisses, humanités classiques, Erasme, Lumières, c’est de créer des polémiques à propos de bouts de tissu dans nos piscines. Là oui, dans ce sujet essentiel, fondateur, se recroquevillent le centre du monde, l’ombilic de nos préoccupations, l’alpha et l’oméga, la ligne bleue de nos horizons d’attente.
     
    Gaza, rasée. Cisjordanie, honte absolue. Le Liban : rien de grave, juste un immense feu de joie !
     
    Ben Gvir éructe, nos philosophes « humanistes » se taisent. Vous me direz que même Martin Heidegger s’est tu. Alors, va pour le silence : on est couverts !
     
    Gaza pulvérisé, nos philosophes se taisent.
     
    78 ans d’humiliation des Palestiniens, nos philosophes se taisent.
     
    Il leur reste l’acte suprême : nous sortir, dans une magnifique édition brochée, avec apparat critique latin-grec, l’œuvre, la Somme, que nous attendons tous : un monumental Traité du Silence.
     
     
    Pascal Décaillet
    (latin. grec, allemand)

  • Jean-Luc, Evangile et Antéchrist

     
     
    Sur le vif - Jeudi 18.06.26 - 08.57h
     
     
     
    Je ne soutiens en aucune manière Mélenchon, mais il faut bien avouer que sa campagne, lancée des mois avant tous les autres, est exceptionnelle.
     
    Ce diable d’homme sillonne la France. Il est joyeux, métamorphosé par le but à atteindre. Dans ce combat, il jette toute son intelligence, son cœur, son génie oratoire. Pendant que les autres, à gauche comme à droite, en sont encore à se guetter mutuellement dans des sous-intrigues de banlieues florentines, lui se jette corps et âme dans l’action. Il est la flèche de Zénon d’Elée, « cruel Zénon » (Paul Valéry, Cimetière marin), en fusion avec la cible.
     
    Je suis toutes les campagnes depuis la présidentielle 65, de Gaulle - Mitterrand au second tour, en décembre. Nous la suivions, sur la télé noir-blanc de mes parents. Il y en eut d’excellentes (Giscard 74, Mitterrand 81 puis 88), mais aucune n’égale en intensité ce départ en pèlerinage de l’Insoumis. Il ne chemine pas vers l’Élysée : il fonce sur Chartres. Il fuse. Il vole. Il est flèche de feu, il reprend Orléans.
     
    J’ignore absolument où tout cela aboutira dans onze mois. Je suis incapable de dire qui sera le prochain Président. C’est beaucoup trop tôt. Mais une chose est certaine : voilà l’émergence d’un phénomène de l’action et du verbe, mêlés chez lui au point de se fondre l’un dans l’autre.
     
    Comprenons une chose, mes amis. Mélenchon s’appuie peut-être sur des factieux, mais il a un sens profond de la France et de la patrie. Il est, à lui-seul, une levée en masse, il est l’Armée du Rhin, il est Valmy, il est la fougue, il est l’élan.
     
    Face à lui ? À droite, des notables de province, surgis de la Restauration, de Balzac ou du Bordelais de Mauriac. À gauche, des fantômes. Un annuaire de pages blanches. C’est peu. Mais ce magma est capable, dans la panique de la campagne 2027, de réunir contre lui une majorité de bric et de broc, de trucs et de ficelles. Tout cela est beaucoup trop lointain, impossible à prévoir aujourd’hui.
     
    Quant à l’autre, il chemine. Il produit des mots, il est le feu de l’invention, de la culture historique, de la plus démoniaque perversité. Il est Jean et il est Luc, il est Évangile et Antéchrist, il est dogme et hérésie, il est le Bien sanctifié et il est le Mal absolu, il est Ciel, il est Enfer. Il est Genèse, et il est Apocalypse.
     
    Il est déjà, à lui-seul, le verbe et le sel de la campagne, il est pain et levain, il est corps et âme, il est archange et il est diable. Il est ciel et terre, en fusion un soir d’orage. Il vit. Il se bat. Il existe.
     
     
    Pascal Décaillet