Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.06.26
Au fond, le tutoiement est chose magnifique lorsqu’elle révèle une affinité de cœur, d’estime, un élan du désir, une relation de sang ou de chair, une étincelle de complicité, une fraternité d’enfance, de combat, de parcours. On se tutoie dans la famille, entre amis, entre amants, entre copains d’armée, de clubs sportifs, de groupes musicaux, ayant vécu ensemble des choses fortes. Et ça, c’est beau, c’est humainement vrai, c’est une part de reconnaissance humaine, en ce qu’elle a de puissamment contemporain.
Ce qui peut parfois choquer, c’est de voir se tutoyer deux êtres de pouvoir, ne défendant pas des intérêts communs. Là, oui, les questions fusent. Pourquoi, cette familiarité ? Qu’ont-ils en commun, ces deux-là ? Quel cénacle d’ombre les réunit ? Dans l’adversité, se ménagent-ils ? Et si, dans le danger suprême, ils en venaient à défendre leur propre corporation, le cercle de leur pouvoir commun, plutôt que ceux dont ils ont, chacun, séparément, la charge ?
Ainsi, la Révolution française se méfiait, à juste titre, des Emigrés. Ces nobles qui, en temps de guerre de la France révolutionnaire contre les puissances coalisées, avaient choisi le territoire de l’ennemi, pour retrouver d’autres nobles, adversaires de la France. Cela, ben sûr, mérite le mépris des patriotes. Ce tutoiement-là, d’exclusion de classe et de caste, est à des années-lumière de ceux de deux humains qui, librement, se reconnaissent amis.
Pascal Décaillet