Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.06.26
La lecture de Léon XIII ne nous dispense évidemment pas de celle de Karl Marx. Le diagnostic du Pape italien, né huit ans avant l’auteur du Capital, et mort vingt ans après lui, rejoint, en sévérité face au capitalisme spéculateur, de nombreux points de l’analyse marxiste. Mais les voies de guérison proposées sont radicalement différentes.
Marx construit toute sa réflexion sur le principe de lutte des classes. Il fut, comme on sait, appliqué, 34 ans après sa mort, dès Octobre 1917, par les Soviets. Puis, par les régimes communistes du vingtième siècle. On a vu le résultat.
La pensée de Léon XIII, elle, ne veut pas casser la société humaine. Elle vise, avec toute l’utopie que cela peut évidemment inclure, à édifier des sociétés cohérentes, humaines, orientées sur l’épanouissement de l’individu. Mais aussi, sur la cellule familiale, sur le temps libre, à côté du travail, pour s’instruire, réaliser ses passions. En un mot, vivre.
Les épigones de Léon XIII ? Tout un univers ! Les multiples sources de ce que deviendra, en Europe, la démocratie chrétienne. Mais aussi, Marc Sangnier (Le Sillon), Emmanuel Mounier (Esprit), et tout un courant à la fois très progressiste sur le plan social, et pétri d’une vision profondément spirituelle de l’être humain. Au milieu de mille autres clefs de lecture, dont il faut, bien sûr, aussi se servir, il y a là une voie. A la fois douce, nuancée, et souriante. L’irruption d’un Léon XIV la sortira de l’oubli.
Pascal Décaillet