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  • Réhabilitation d'un homme d'honneur

     

    Sur le vif - Vendredi 16.06.17 - 14.40h

     

    La Cour de justice annule l'arrêté du Conseil d'Etat du 22 juin 2016, sanctionnant le chef des opérations de la police, Christian Cudré-Mauroux. En lien avec la manif sauvage du 19 décembre 2015.

     

    Dans cette affaire, qui suinte le fusible depuis le début, dont le Conseil d'Etat ne sort pas grandi (j'use d'un euphémisme), et que nous n'avons cessé, ici ou dans GHI, de dénoncer comme relevant du plus pur arbitraire du Prince, comment ne pas se féliciter de cette réhabilitation judiciaire ?

     

    Juste bizarre que la Cour informe aujourd'hui. Et pas, par exemple, hier.

     

    Quant à certains journaux de la place, qui embrassaient jusqu'à l'étreindre la cause du pouvoir, ironisant sur la thèse du fusible, cirant et lustrant les pompes du ministre, accablant un homme à terre...

     

    Vous ne vous souvenez pas ?

     

    Moi, si.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Messieurs les Tessinois, tirez les premiers !

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    Edito du Giornale del Popolo - Paru en première page de l'édition de ce matin - Vendredi 16.06.17 - Sous le titre : "Stavolta partitte in vantaggio"

     

    Conseiller fédéral, démissionnaire au 31 octobre prochain, Didier Burkhalter laissera le souvenir d’un ministre simple et rigoureux, respectueux des gens, toutes choses que les Suisses aiment beaucoup. Une image a fait le tour du monde : celle de ce magistrat suprême d’une démocratie occidentale, attendant sagement son train, sans la moindre escorte, sur un quai de gare. Imaginez M. Macron, Mme Merkel, dans une telle situation. Ne parlons pas de MM Trump ou Poutine ! Cela, cette humilité, cette dignité dans l’exercice de la fonction, est à porter au crédit du conseiller fédéral sortant. Le pouvoir ne lui est pas monté à la tête, cela mérite un vrai bravo.

     

    Le legs, c’est une autre affaire. Au Département fédéral de l’intérieur, puis surtout aux Affaires étrangères, Didier Burkhalter n’a pas été un révolutionnaire. On parle souvent, avec une sorte d’extase convenue, de sa présidence de l’OSCE, mais enfin, il faudrait déjà commencer par démontrer que cette organisation sert à quelque chose. Puis, dégager, dans la très difficile question ukrainienne, en quoi la présidence suisse, à part autocélébrer ses propres qualités d’hospitalité diplomatique, a fait avancer les choses. En Ukraine, les fronts fondamentaux, entre russophones attachés à Moscou, et occidentaux souhaitant se rapprocher de l’Union européenne, n’ont pas vraiment bougé. On se gardera donc de tout triomphalisme : on a multiplié les rencontres diplomatiques, on n’a pas fait, pour autant, avancer le dossier. Le politique ne doit-elle pas, avant tout, se jauger à l’aune des résultats ?

     

    Reste la succession. Oh, nous avons le temps ! M. Burkhalter a démissionné le 14 juin, son successeur sera élu le 20 septembre par l’Assemblée fédérale, il entrera en fonctions le 1er novembre ! D’ici là, beaucoup d’eau peut couler, sous beaucoup de ponts. Quelques noms, bien sûr, commencent à être articulés : M. Cassis, au Tessin, actuel chef de groupe, fonction stratégique, homme connaissant à fond la machine fédérale (comme Pascal Couchepin, en 1998, lorsqu’il fallait trouver un successeur à Jean-Pascal Delamuraz), parlant les langues, représentant enfin le Tessin après 18 ans (M. Cotti est parti en 1999). Bref, le candidat idéal ! Seulement voilà, vous connaissez tous l’adage : « Qui entre Pape au Conclave en ressort Cardinal » ! Rien de plus tétanisant, donc, dans le système suisse, que cet horrible statut de favori du premier jour. Il faut vivre avec, risquer de tout voir s’effondrer, endurer des coups qui peuvent pleuvoir, pendant trois mois. Bonne chance, M. Cassis !

     

    A Genève aussi, d’où j’écris ces lignes, nous avons une locomotive. Un turbo ! Il s'appelle Pierre Maudet, a juste 39 ans, a déjà siégé dix ans dans un exécutif (cinq ans à la Ville de Genève, cinq ans au Canton), il fait tout juste, il est travailleur, intelligent, synthétique, il a de la vision, et même de l’humour. Tout au plus pourrait-on disserter sur l’extrême longueur de ses dents, sujet de thèse pour stomatologue, tant elles rayent le plancher ! L’homme n’a pas peur d’afficher ses ambitions, il n’a pas que des amis. Bref, un tempérament. Et puis, ce matin (jeudi 15), j’écoutais à radio l’excellente conseillère aux Etats saint-galloise Karin Keller-Sutter, à laquelle l’Assemblée fédérale, dans un moment de fatigue sans doute dû à la chaleur, avait cru bon de préférer M. Schneider-Ammann. J’écoutais cette dame d’une rare qualité, et me disais que le système suisse, décidément, avait la singulière spécialité d’écarter les meilleurs.

     

    En conclusion, côté succession, il est beaucoup trop tôt pour dire quoi que ce soit de solide. Mais je crois que le Tessin part avec un avantage : 18 ans sans conseiller fédéral, c’est long. Nous sommes un pays à quatre langues, chacune doit être respectée, la diversité est notre richesse, ces facteurs-là sont essentiels. Laissons donc passer quelques jours : il fait beau, il fait chaud, l’été va bientôt nous enrober de torpeur. Il sera bien assez tôt pour revenir parler de politique, ce que je fais toujours avec un immense plaisir pour mes amis du Sud des Alpes.

     

    Pascal Décaillet

     

  • France : une Chambre de groupies

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.06.17

     

    Au risque de déplaire et de casser l’ambiance, je vais expliquer ici pourquoi le raz-de-marée des troupes macroniennes, à l’Assemblée Nationale, n’est pas une bonne nouvelle. Ni pour la France, ni pour l’équilibre des pouvoirs, ni surtout comme modèle politique, dont il paraît qu’il faudrait s’inspirer, « parce qu’il dépasse les clivages traditionnels ». D’abord, parce qu’en Histoire, rien ne dépasse rien, jamais. La noirceur du pouvoir, le tragique des destinées, tout cela disparaît puis revient, nulle génération n’est épargnée, nul progrès n’est linéaire. Mais aussi, surtout, parce qu’en faisant du Palais Bourbon, pour cinq ans, une Chambre d’enregistrement de l’Elysée, les électeurs, hélas, anéantissent le rôle essentiel de contre-pouvoir qui doit être celui de l’institution parlementaire, dans un pays où cette dernière, par tradition monarchique, n’a jamais été bien puissante, sauf sous les Troisième et Quatrième Républiques.

     

    L’erreur majeure, c’est le quinquennat. Faire coïncider (depuis 2002) le temps parlementaire avec le temps présidentiel, c’est arracher aux élections législatives leur vie propre, soit l’addition de 577 combats locaux, un par circonscription. Au lieu de cela, on commence par élire le Président (en mai, tous les cinq ans), puis, en juin, on lui donne les moyens de gouverner. Evidemment qu’on ne va pas le désavouer en plein état de grâce, un mois après l’avoir élu ! Du coup, la législative n’est plus que la confirmation d’une élection monarchique, autour de laquelle tout s’articule. On élit M. Macron, on estime qu’il faut lui donner sa chance, et du coup on compose, pour le servir, une Chambre de groupies, à ses ordres.

     

    Ça n’est pas pour parvenir à cela que s’est forgée, lors de la Révolution française, la représentation nationale. Pas pour confirmer sagement les édits de l’exécutif ! Une bonne Assemblée doit avoir son existence propre, sa logique, elle ne doit rien devoir à l’exécutif. Elle est là, au contraire, pour le contrôler, le rappeler à l’ordre s’il dérape, au besoin le censurer. Il est sain qu’elle entretienne avec lui un rapport tendu. Voire conflictuel : de cette dialectique peuvent jaillir des étincelles favorables à l’intérêt supérieur du pays. Toutes choses, hélas, qui feront défaut à la France dans les cinq ans qui viennent. Du coup, la Chambre étant aux ordres, l’opposition, les colères, les ruminations se déplaceront dans la rue.

     

    Dès cet automne, les choses sérieuses vont commencer avec la réforme de la loi sur le travail, et vous verrez, l’état de béatitude du présent printemps sera vite oublié. Les vraies fractures de la société française resurgiront, les onze millions d’électeurs du Front National, aussi. Sans compter l’équivalent, côté gauche radicale. Alors, on commencera à réaliser à quel point l’opération Macron aura, dès le début, fait office de tour de magie et d’illusions. Mais il sera trop tard. Il faudra aller jusqu’au bout de la législature. Cinq ans, c’est parfois très long.

     

    Pascal Décaillet