Liberté - Page 87
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Les petits, on les méprise. Les nababs, on les courtise !
Sur le vif - Mercredi 20.11.24 - 13.56hDepuis 19 ans que je suis entrepreneur, ma vie a changé. Le quartier où se trouve mon bureau, dans la zone industrielle de Carouge, est truffé de petits artisans, entrepreneurs, indépendants, tous métiers confondus. Ce sont ces gens-là, depuis 19 ans, que je fréquente, que je rencontre, avec qui je bavarde, au coin de la rue. Eux, et pas mes pairs. Pas des journalistes, surtout pas ! Pas des intellos. Juste des bosseurs, qui font tourner leur boîte.Je viens d'en rencontrer un, il y a une trentaine de minutes. Lui et son entreprise vont devoir déménager, à cause du PAV. On les a avertis qu'ils allaient devoir dégager, alors qu'ils sont là "depuis plus d'un siècle". Aucune autre précision. Le bleu total. Voilà comment l'administration traite les gens qui se lèvent le matin, pour faire vivre l'économie genevoise. Les petits, on les méprise. Les rupins des multinationales, on les courtise. Ce cirque me donne la nausée.Quant à moi, je continuerai, plus que jamais, dans mes débats, mes éditos, mes commentaires, à traiter les VRAIS PROBLÈMES DES GENS, qui sont de fins de mois et non de fin du monde, qui touchent le concret de la vie, l'industrie, le pouvoir d'achat, la santé, le logement, la pression fiscale à Genève. Le wokisme, ou même d'ailleurs l'anti-wokisme, je laisse à d'autres.J'ai mieux à faire. Plus concret. Plus urgent. Plus réel.Je vous salue.Pascal Décaillet -
France : le vertige amer du déclin
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.11.24
J’aime et admire la France. Pour son rôle dans l’Histoire. Pour ses écrivains, ses poètes. Tenez, je suis par exemple un amoureux de la musique française (Rameau, Berlioz, Debussy, et tant d’autres), que je tiens pour largement sous-estimée, et qui vient pour moi immédiatement après la musique allemande et autrichienne. Et puis, la France, ce sont de bouleversants paysages, si variés, une gastronomie, des vins, un art de vivre que nous adorons tous. Mais aujourd’hui, comme beaucoup de Suisses romands, j’ai mal à la France. Je souffre pour ce grand voisin, si important pour nous, face à l’ampleur impressionnante de son déclin. Politiquement, elle ne pèse plus. Stratégiquement, elle s’est effacée avec la défaite de 1940, et ne s’est pas relevée, malgré les mirages gaulliens de puissance nucléaire. Économiquement, elle a bazardé sa sidérurgie, sa métallurgie, délocalisé des fleurons, elle s’est désindustrialisée de façon épouvantable. Financièrement, elle est endettée jusqu’au cou, et c’est gravissime. Mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien.
Nous, petite Suisse, pays sept fois moins peuplé que la France, minuscule, en superficie, en comparaison, dotés d’une défense stratégique quasiment inexistante, désert industriel à cause des errances des quarante dernières années, nous n’avons aucun intérêt à la faiblesse de la France. Tout au plus pouvons-nous nous prévaloir d’un système décentralisé, d’une démocratie directe unique au monde, qui donne le pouvoir aux citoyens, et d’une non-appartenance bienheureuse à la machinerie bureaucratique de Bruxelles. Mais ne commettons pas l’erreur, celle de la France justement, de vouloir projeter notre système sur les autres pays. Chacun a son génie propre, la France est centralisée pour des raisons historiques bien précises : pendant des siècles, le pouvoir royal a lutté avec acharnement pour s’imposer face aux grands féodaux, la Révolution et la République jacobine ont accentué cette tendance, c’est ainsi. Il faut savoir analyser un pays dans sa diachronie, entendez sur la durée historique. Pour cela, il faut lire, lire, et lire encore.
Notre petit pays n’a pas de leçons à donner à la France. Tout au plus pouvons-nous regretter que cette grande nation, naguère si inventive, soit devenue un temple du bavardage. Les chaînes privées, toutes tendances politiques confondues, sont devenues des moulins à paroles vaines, des usines à polémiques, des combats de coqs où prospèrent des « chroniqueurs » qui ne livrent nulle chronique, juste se surexciter sur les sujets du jour, tout et n’importe quoi, juste occuper le terrain de la parole. Dieu merci, ce microcosme de snobinards parisiens, cooptés, consanguins, qui n’en peuvent plus de tenir salon, ne reflète pas la France ! Il y a les régions, il y a le pays rural, il y a la Province, laborieuse et silencieuse, il y a le savoir-faire des travailleurs. La France n’est évidemment pas morte, elle sommeille. Ce grand pays, ami, mérite tellement mieux que cette torpeur. A quand son grand réveil ?
Pascal Décaillet
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Impôt auto : n'attendons rien des politiques !
Sur le vif - Mardi 19.11.24 - 15.19hA part l'UDC et le MCG, aucune proposition des partis, sur la hausse hallucinante de l'impôt auto, pour la session du Grand Conseil de jeudi et vendredi, ne prend la mesure de la colère de la population. Les partis gouvernementaux, eux, se montrent totalement déconnectés du peuple. La palme au PLR, qui veut juste échelonner le paiement (sans en contester le montant). Mais LJS, parti du ministre, ne fait pas mieux, avec une tiède proposition de plafond fiscal. La gauche, quant à elle, rase les murs en sifflotant.Je vais être franc. Nous sommes dans une situation où nous n'avons pas grand chose à attendre du Parlement. Ce dernier, à Genève, est beaucoup trop... gouvernemental ! Il faudra faire agir la démocratie directe. Mais surtout, le peuple genevois doit faire entendre sa colère. Pourquoi la gauche, si ritualisée en processions, en aurait-elle le monopole ?Bref, le peuple ne doit pas trop faire confiance, dans cette affaire, à une classe politique bien trop sage. Et surtout, ne strictement rien attendre des partis gouvernementaux.Il faudra faire toute la lumière. Savoir QUI, à un degré quelconque de l'échelle, administration ou contrôle politique, a trompé les Genevois. Le peuple doit aller chercher en lui-même les ressorts de sa colère. Nous sommes dans un cas parfait de déconnexion totale du politique avec les préoccupations populaires, la première d'entre elles étant la fin du mois, et non la fin du monde.Pascal Décaillet