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Liberté - Page 1439

  • Marie-Hélène Miauton: l'étincelle de la différence

     

    Sur le vif - Lundi 14.02.11 - 12.02h

     

    Dans les colonnes du Temps, par la grâce d’une colonne, une femme, une plume, un style. On aime ou non, une chronique n’est surtout pas là pour être appréciée de tous. Moi, j’aime. La plume, c’est Marie-Hélène Miauton. Le verbe est pesé, la forme cristalline, l’envoi précis, ajusté.

     

    Comme tout chroniqueur qui ose, Mme Miauton est truffée d’ennemis. C’est bien la preuve de son talent. Les passants, les gentils, ceux qui ne prennent aucun risque, veulent ménager leurs pairs, la presse romande, hélas, en regorge. Alors, de grâce, que vive, et vive encore, la douce acidité de Mme Miauton. Qu’elle continue de froisser, irriter, grattouiller, chatouiller, qu’elle dépare et dérange, qu’elle heurte et tranche. C’est aussi là, depuis Théophraste Renaudot, l’une des fonctions de la presse.

     

    Et ses ennemis, qu’ils l’attaquent par le verbe et par l’esprit. A en juger par certaines sécrétions récentes, ils semblent également dépourvus de l’un que de l’autre. Et, comme tous les médiocres, n’ont plus qu’un argument à brandir : celui de la disparition. « Elle nous dérange, qu’on la chasse ! ». Belle preuve de tolérance, venant des milieux qui s’en réclament tant. Et, à la première occasion, réactivent toujours le même réflexe : le Berufsverbot.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • Forces de nuisance

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 14.02.11


     

    A une faible majorité de 53%, les Genevois ont donc dit non à l’amnistie fiscale. C’était le projet de toute la droite. C’était, aussi, celui du Parlement. Le président radical du Conseil d’Etat, l’an dernier, s’y était, pour d’insondables raisons, opposé. Olivier Jornot parlait hier de « trahison ». Merci, Monsieur l’ex-président.

     

    ******

     

    A une écrasante majorité, samedi à Zurich, les délégués du PLR ont adopté le coup de barre à droite en matière migratoire. Sanctifiée par la presse romande, une poignée « d’humanistes » s’est fait totalement minoriser. Mais on a continué à ne donner la parole qu'aux « humanistes ». Les autres, on ne veut pas les entendre. Merci, les humanistes.

     

    *****

     

    Au terme d’une excellente législature au National, le libéral Christian Lüscher se porte candidat aux Etats, histoire de reconquérir, pour la droite, au moins l’un des deux sièges détenus par la gauche. Au plus haut niveau du parti radical genevois, qui n’est pas celui de la présidence mais des deux magistrats élus, on s’y oppose férocement. Et on lance ainsi la machine à perdre. Mme Maury Pasquier et M. Cramer ont ainsi de belles années devant eux. Merci, Messieurs du plus haut niveau. Et bonne chance pour la fusion : torpillée par les égos, elle bat tellement de l’aile que plus personne n’y croit.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

     

  • La pureté, le miasme, la grande illusion

     

    Sur le vif - Dimanche 13.02.11 - 09.55h

     

    Il paraît qu’ils sont humanistes. Et les autres, la majorité écrasante des autres, ils seraient quoi ? Déistes ? Animalistes ? Végétaliens ? Des irradiés du Minéral ?

     

    « Humanistes », c’est le mot, moutonnièrement utilisé, repris, copié, collé par les journaux romands pour qualifier le quarteron de protestataires qui, au sein du parti libéral-radical suisse, avaient fait savoir, par annonces dans les journaux, qu’ils n’étaient pas d’accord avec le projet de nouvelles lignes directrices de leur parti sur l’immigration. En Suisse romande, on n’a parlé que d’eux. Ils étaient Antigone, le parti national était Créon, ils étaient la pureté, le parti incarnait la souillure. Ils étaient les « humanistes ». Rien d’humain, à l’autre camp, n’était concédé.

     

    Le problème, c’est qu’en Assemblée des délégués, hier à Zurich, c’est le coup de barre à droite qui a été choisi. À une majorité extrêmement claire. Pas la moindre ambiguïté. Le parti national a tranché.

     

    Mais dans la presse romande, ce matin, on continue de parler des humanistes, ces sublimes perdants. On continue de leur donner la parole. Une parole qu’au final, on n’aura quasiment pas octroyée à l’autre camp, celui de la victoire écrasante d’hier, à Zurich. Car enfin, si le PLR entend durcir sa politique migratoire, c’est peut-être qu’il a des raisons. Bonnes ou mauvaises. Mais au moins, qu’on lui laisse le loisir de les exprimer.

     

    Peut-être, cet épisode étant passé, pourrait-on s’interroger sur les véritables intentions de certains « humanistes ». Une piste, au hasard : à quel jeu joue tel candidat à l’exécutif genevois en multipliant les sujets de désaccord avec son parti national ? Et, surtout, en les rendant publics de façon si ostentatoire. Se forger un blason d’humanisme ? Ou, plus prosaïquement, s’imaginer qu’il ira ainsi quérir les voix d’une partie de la gauche municipale genevoise, le 17 avril prochain ? Si c’est son calcul, il se trompe : il arrive que la droite vote pour la gauche ; la réciproque est infiniment plus rare. Georges Pompidou l’avait expliqué assez fermement – en lui tapant sur les doigts – à son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, au lendemain de son discours de 1969 sur la « Nouvelle Société ».

     

    Au reste, il n’est pas sûr qu’on puisse durablement survivre en politique en multipliant les attaques contre son propre camp. Cela laisse des traces. Et il y a des gens qui ont de la mémoire.

     

    Pascal Décaillet