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  • Les Artificiers du Matin Calme

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    Sur le vif - Mercredi 13.05.15 - 17.33h

     

    Exécuté au canon anti-aérien. Le Matin Calme, réveillé en trombe par un tir de DCA, dirigé contre le ministre de la Défense, lui-même. La méthode est raffinée, elle réhabilite avec une rare délicatesse l’usage d’une arme dont on parle un peu moins, en Europe, depuis la signature de la capitulation par les Allemands, le 8 mai 1945. Mais jusqu’à cette date, dans le ciel de Berlin, elle faisait, comment dire, fureur.

     

    Exécuté à la DCA, pour avoir juste un peu somnolé pendant un défilé militaire. C’est un peu rude, évidemment, surtout quand on pense qu’un Moritz Leuenberger, par exemple, a roupillé quinze au Conseil fédéral, continue dans d’augustes conseils d’administration, et que nul ne songe à lui en chercher la moindre noise. Le Soir de sa carrière, tout comme le Zénith, aura été tout aussi calme que le Matin des lointaines Corées.

     

    Et puis, pensez-vous, s’il fallait passer à l’arme lourde tous les responsables, en Suisse, qui, peu ou prou, somnolent dans leurs fonctions… Ou se contentent juste de gérer. Ou d’administrer. Ou de cadastrer. Ou de distribuer des prébendes culturelles aux oboles tendues des associations, chaque décembre, entre Saint-Nicolas et Noël. Vous imaginez : le ciel de notre pays ne serait plus qu’un feu croisé de missiles. Ce serait tous les jours le 1er Août. Ou pire : les Fêtes de Genève. Mais je vous laisse. Mes paupières, rien que d’imaginer la scène, se font pesantes. Et demain, j'aimerais conserver quelque légèreté. Pour l'Ascension.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Et si on inventait autre chose ?

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.15

     

    Des affiches, des sourires, des tronches. Tous, l’air sympa. Des campagnes, des stands, des raclettes, des saucisses. Du blanc de messe. Des grappes de militants, qui tentent de vous harponner. Des ballons, pour les enfants. Des annonces dans les journaux, des slogans. Des attaques, des missiles. Des baisers de Judas. Des chats, des chiens, des photos de famille, sur les réseaux sociaux. Ça fait un moment que ça dure, ce système. Les supports changent, en fonction de l’évolution des techniques, mais au fond, voilà bientôt deux siècles que le principe demeure : le citoyen délègue à d’autres le pouvoir de décider à sa place. Siéger en son nom. Dans le délibératif d’une commune (Conseil municipal, à Genève), le législatif d’un canton (Grand Conseil), ou celui de la Confédération (Conseil national, Conseil des Etats). Cela s’appelle la démocratie représentative. D’aucuns nous décrivent ce système comme inégalable, inattaquable : on n’aurait jamais fait mieux. Je ne suis pas certain de partager ce point de vue.

     

    Nous fonctionnons encore comme au temps des diligences. A l’époque où le système de délégation parlementaire se met en place (autour de la Révolution française, puis deux siècles, riches de soubresauts, jusqu’à aujourd’hui), la plupart des gens ne savent pas lire, n’ont pas grande idée de la vie politique de leur pays, ne connaissent pas les lois, seraient incapable d’argumenter, du haut d’une tribune. Alors, on délègue. A des gens instruits, combatifs, courageux, sachant s’exprimer. Et il faut bien dire qu’en ce temps-là, l’invention des parlements fut un progrès exceptionnel par rapport aux systèmes d’Ancien Régime. De sujet, vous deveniez citoyen. En élisant vos députés, vous participiez à la vie du pays. D’abord, seulement les hommes. Puis, beaucoup plus tard (1945 en France, 1971 au niveau fédéral en Suisse), les femmes. Aujourd’hui encore, ma foi, à part rêver à livre ouvert (ce à quoi je m’aventure ici), comment concevoir un meilleur système ?

     

    Il faudrait pourtant, doucement, commencer à inventer autre chose. Juste après l’antenne, ce dimanche 10 mai vers 18.45h, à Uni Mail, je discutais avec Pierre Conne, candidat PLR non-élu, mais fort bien placé, et ayant mené une belle campagne. Et il y a eu un moment, très fort, où ce paisible sexagénaire, ce gentleman aux yeux bleus, m’a glissé : « Il faut que les jeunes inventent autre chose. Nous sommes au bout d’un système ». Je crois qu’il a raison.

     

    Le lieu, certes, l’ambiance, avec cette surabondance de candidats, heureux ou déçus dans le jeu de miroirs de leurs ambitions, tout cela se prêtait à un sentiment de trop-plein, presque de nausée. Allons-nous, pour l’éternité, laisser se développer, comme une machine à Tinguely, la mécanique recommencée de ces cirques électoraux ? Candidats, assemblées, affiches, coups bas, alliances de dernière minute, promesses ? N’est-il pas temps d’inventer un nouveau système démocratique, où le citoyen, la citoyenne, serait en prise plus directe avec les décisions à prendre ? Je ne parle ici, vous l’avez compris, ni de demain, ni d’après-demain. Mais d’une évolution, dans les générations qui viennent, de notre rapport à la citoyenneté. En attendant, bonne chance à tous les élus communaux 2015-2020. Et surtout, bon courage !

     

    Pascal Décaillet

     

  • LRTV : Mme Savary insulte le privé

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    Sur le vif - Samedi 09.05.15 - 16.58h

     

    J’adore l’Italie. Je crois que c’est mon pays préféré. Celui de Toscanini et de Pasolini. Mais il y a une chose que je n’ai jamais supporté, depuis un sacré moment, c’est le niveau des télévisions privées, à la Berlusconi. A longueur d’antenne, des jeux débiles sous forme de shows, avec un bateleur et des filles en maillot de bain. Momifiées dans leur maquillage. Cela, non pas une heure par jour, mais des heures, en continu.

     

    Je déteste. Lorsqu’on dispose d’un espace public (une longueur d’onde TV, ou une concession), lorsqu’on a cette chance immense, on offre aux gens autre chose que cela. On leur parle de politique, de culture, d’économie, de livres, de sport, et de plein d’autres choses, bien sûr aussi de loisirs, mais toujours dans l’idée de leur proposer  du contenu. Ils aimeront ou non, certains vous apprécieront, d’autres vous rejetteront, c’est normal, c’est la vie. Mais au moins, on prend le risque du sens. Le modèle audiovisuel Berlusconi, c’est le vide sidéral. Juste faire du fric. Caser des programmes, avec des jeux, des grandes roues, des sourires et des maquillages de façade, entre deux tranches publicitaires.

     

    Donc, si on me parle d’une « télé à la Berlusconi », pour moi, c’est une insulte. C’est hélas ce qu’a fait hier soir, à Forum (RTS), la conseillère aux Etats vaudoise Géraldine Savary, dans un débat qui l’opposait à Claude-Alain Voiblet sur la LRTV (votation fédérale du 14 juin prochain). Le problème n’est pas ici de savoir ce qu’il faut voter dans ce scrutin, mais de décrypter l’usage d’un mot sciemment jeté dans l’espace sonore, dans le flux d’un débat. Ce que nous proposent les adversaires de la LRTV, affirme Mme Savary, c’est « une télévision à la Berlusconi, avec un transfert de toutes les activités commerciales vers les télévisions privées, et un affaiblissement total du service public ». Cette référence à Berlusconi nous a été servie deux fois, dans un débat de sept minutes et demie : Mme Savary, femmes de lettres, qui connaît le poids des mots, avait dûment prémédité son effet. Elle savait que ce nom propre, tellement parlant, serait la partie la plus captatrice de son discours, dans les oreilles du public. Et ça a d’ailleurs parfaitement marché, puisque j’écris ce billet.

     

    Ce qui ne va pas, ce qui doit être dénoncé avec la dernière énergie, c’est de tenter d’instiller dans l’esprit du public l’équation « TV privées (en Suisse) = TV Berlusconi ». Ca ne va pas, pour la simple raison que c’est totalement faux. Prenez Canal 9, La Télé, Léman Bleu : ces chaînes produisent, aujourd’hui déjà, davantage d’émissions de « service public », au prorata de leurs puissances de frappe régionales, et avec des moyens financiers dérisoires, que la SSR. Ces chaînes collent, jour après jour, avec de toutes petites équipes qui se donnent sans compter, à l’actualité politique, économique, sociale, culturelle, sportive de leurs zones de diffusions respectives. Elles se concentrent, elles, sur l’information, dans toute sa diversité, le débat. Elles donnent la parole aux artistes, tous domaines confondus. On aime ou non, chacun est libre de son jugement, mais de grâce qu’on ne vienne pas nous brandir cette équation scandaleuse entre TV privées suisses et système médiatique Berlusconi.

     

    Madame Savary, je vous en veux. Parce que vous êtes une femme intelligente, vous connaissez les mots, leur pouvoir, leur force de frappe sur l’imaginaire. Ce mot-là, vous nous l’avez sorti à dessein. Vous savez parfaitement à quel point il est mensonger. Le système Berlusconi, ce sont des médias uniquement tournés sur le fric et la pub, ils gomment le sens, insultent le public. Les médias privés en Suisse, en partenariat avec des microentreprises (je sais de quoi je parle) qui se donnent sans compter au service du sens, du reflet de la vie d’une région, n’ont strictement rien à voir avec les miroirs à pognon du Cavaliere. Vous le savez très bien, et c’est pour cela que je vous en veux.

     

    Pascal Décaillet