Jeudi 13.08.09 - 12.05h
Ils finissent tous, un jour ou l’autre, par se déclarer candidats.
Et nous savions, dès le début, qu’ils finiraient tous par le faire.
Et ils savaient que nous le savions.
Et ils nous ont quand même joué, tout l’été, la comédie-de-celui-qui-se-tâte. « C’est si important, vous comprenez, je dois consulter ma famille, mon parti, mes oncles, mes tantes, ma secrétaire, ma fanfare ».
Et au final, les voilà tous.
Deux membres d’un même parti cantonal, le parti libéral genevois.
Deux membres d’un même parti cantonal, le PDC fribourgeois.
Et quelques autres, dont un marionnettiste donnant de premiers signes de Parkinson, et que son parti ne semble pas considérer, au point qu’il l’aurait voulu lui, comme le Messie.
À part ça, la vie est belle, la montagne sublime, la Combe d’Orny demeure un paradis, et le 16 septembre, l’air de rien, est encore bien loin.
Pascal Décaillet
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Non, il ne s’agit pas d’élire un ministre de la Santé !
Mardi 11.08.09 - 19h
Monsieur X, ou Madame Y, le 16 septembre, héritera-t-il du Département de Pascal Couchepin ? Sans doute, bien sûr, tant on imagine mal l’un des six autres se précipiter sur le casse-tête des assurances-maladie.
Sans doute, mais au fond nous n’en savons rien. Le débat du 16 septembre ne consiste en aucune manière à trouver un ministre de la Santé, mais à élire un conseiller fédéral. Titulaire du septième du pouvoir exécutif. Responsable collégial de l’ensemble des décisions du gouvernement. Un esprit ouvert, ample, ayant parfaitement le droit – et même le devoir – de s’occuper des Départements des autres, d’y fourrer un peu son nez, de demander à l’interne des explications. En cela, un conseiller fédéral est beaucoup plus qu’un ministre : il est le gouvernement, divisé par sept. Enfin, c’est du moins cela que devrait être notre exécutif, plutôt que la juxtaposition de sept fiefs, où règne l’accord tacite : « Je te fous la paix, tu me fous la paix ».
Il est donc, dans la logique de nos institutions, faux de faire porter le débat du 16 septembre uniquement sur l’avenir de la santé, de la culture et des assurances sociales en Suisse. L’enjeu est beaucoup plus large : trouver l’homme ou la femme qui, par sa stature, sa culture, l’ampleur de sa vision, la richesse de ses horizons, pourra le mieux contribuer, sur l’ensemble des dossiers, à faire avancer notre pays. Une fois le nouveau conseiller fédéral élu, le collège se réunira et se répartira les Départements. Rien n’empêche un remaniement, une redistribution des compétences, encore moins la reprise du DFI par l’un des six restants, fût-il amateur de défis ou candidat au suicide.
À cet égard, étranges sont les déclarations que vient de faire Urs Schwaller (dont on apprécie tout de même qu’il ait recouvré l’usage de la parole) à la RSR, en mettant l’accent sur « les 15% annuels de hausse des primes maladie à éviter ». Le sans-doute-futur-candidat-du-PDC, chouchou absolu (avec Didier Burkhalter) du sérail médiatique parlementaire, a donné une image bien sectorielle de ce que doit être une ambition gouvernementale. Et manqué une occasion de prendre un peu d’altitude. Peut-être un petit 4000, avec départ de la cabane à 2 heures du matin, en compagnie de son président de parti, aiderait-il le sénateur fribourgeois à découvrir, quelque part près des étoiles, le vertige de l’Alpe.
Pascal Décaillet -
Et si le groupe osait le putsch ?
Mardi 11.08.09 - 13h
Fulvio Pelli tient le parti libéral-radical suisse. D’une main experte et précise. Il en est à la fois le marionnettiste, la figure principale, visible et invisible, le mécanicien, le réparateur, il actionne tant de fils en même temps, sans s’emberlificoter, que sa dextérité émerveille. Il eût fait, à coup sûr, un neurochirurgien d’exception. Ou un félidé de race, quelque part sur une colline.
Il tient le parti. Mais tient-il le groupe ?
Le groupe, oui. L’ensemble des élus libéraux-radicaux des Chambres fédérales. Cette instance qui devra désigner, d’ici quelques jours, un ou deux candidats parmi les quatre officiels et le joker, qu’on appellera le Sauveur. Ce groupe, dont il n’est pas le chef, et où il ne sera, comme conseiller national, qu’un votant parmi les autres.
À ce groupe, il dit : « Surtout, faites comme vous voulez, ne vous préoccupez pas de moi, faites comme si je n’étais pas là, les enfants. Simplement, sachez que, si vous avez besoin de lui, Papa est là. Mais Papa préférerait ne pas intervenir. Il ne le fera qu’en cas d’extrême urgence, si vous deviez considérer comme capitale son entrée en scène ».
Hypothèse : et si le groupe, tout bien réfléchi, décidait de se passer de Papa ? Un ticket double, mais sans lui. Vous imaginez la tête de Papa, l’effondrement de son crédit, la ruine de sa stratégie ?
Alors, bien sûr, tout le calcul de Papa, qui voit (avec Machiavel) la politique comme un rapport de forces, c’est d’être, de facto, à ce point indispensable à la victoire que le groupe n’oserait jamais se passer de lui. Parce qu’il aurait, lui, les voix de l’UDC. Parce qu’il a préparé ses réseaux depuis des années. Et puis, enfin, parce qu’il est le père, et que le parricide, ça n’est pas bien.
Ça n’est pas bien, le parricide, mais c’est très courant en politique. Rien de plus dangereux qu’un enfant, rien de pire qu’un fidèle, rien de plus atroce qu’un proche : les premiers, ils chercheront à vous étouffer. C’est triste, mais c’est ainsi. Et la lutte pour le pouvoir s’avère un miroir d’une extraordinaire cruauté. Il faut juste le savoir. Et dire les choses telles qu’elles sont.
Cela dit, pas grand souci pour Papa. L’hypothèse est très peu probable. Tout devrait rentrer dans l’ordre. Et l’heure de Brutus et Cassius, sans doute, remise à une date ultérieure.
Pascal Décaillet